‹ uvres poétiquesChapitre 22 sur 79 · M, t'aller celant · texte numérisé non relu

M, t'aller celant

DES CHANGEMENS DE LA BERGERE IRIS 8l

Ne m'allègue point tes raisons,

Car ce ne sont que trahisons

Qui preuuent comme tu sçais feindre :

Ces raisons se perdent en Tair,

Quelle raison peut consoler

Celle là que i'ay de me plaindre ?

Ne m'allègue plus ton serment Ny l'absolu commandement Dont ta mère t'auroit contrainte, Car des lors que quelque deuoir Dessous l'Amour prend du pouuoir, Tel Amour n'est plus qu'vne feinte.

le sçay qu'vne mère le peut.

Aussi sçay-ie qu'elle ne veut Te forcer à party contraire, Ny te contraindre à le deuoir.

Et bien qu'elle en ait le pouuoir Son nom luy défend de le faire.

Encor' crois-ie qu'elle le peut, Mais c'est ton humeur qui le veut :

Las ! Iris, ton obeyssance T'est fort fauorable en ce point.

Tu veux bien, ne le celé point, Que ta mère ait ceste puissance.

Et bien par son commandement Quitte moy, prens vn autre amant, Non pas par le pouuoir contraire

Z07. M, Qui peuvent — 208. M, Tes raisons se fondent — 210. A, , Celle la. Nous corrigeons wvec B, D. — 211. A, C, F, son serment. Nous rrigeons avec M, B, D. — 215. M, Dessus — 216. M, n'est plus rien ic feinte — 219. M, au party — 220. M, debvoir — 230. M, aultre

82 LE QVATRIESME CHANT

De ta mère, ains par ton défaut :

Fay-le-donc, non puis qu'il le faut, 234 Mais bien puis que tu le veux faire.

Las ! mais cesse, esprit inconstant, Cœur rusé, de m'aller flattant De ie ne sçay quels miens mérites :

Si i'en ay, las ! ie n'en sçay rien, Mais quoy que ce soit, ie voy bien 240 Pour tout cela que tu me quittes.

Tu vantes mes perfections.

Effets de mes affections.

Par tes paroles flateresses Qui las ! ne me seruent de rien, Car en fin. Iris, ie voy bien, 246 le voy bien que tu me délaisses.

Penses-tu par tes feints souspirs Et par tes menteurs desplaisirs M'asseurer que ton cœur retienne Désormais de l'amour pour moy, Si desia, si desia ie voy 252 Que t^ rie veux plus estre mienne ?

Encor' d'ailleurs il paroist bien Que mon amour ne t'est plus rien, Toy mesme m'ayant suppliée D'effacer ton nom dedans moy.

Iris, c'est peu d'Amour à toy 258 Que de vouloir estre oubliée.

233. B, D, qui le faut — 239. M, ie scay bien — 245. M, ie sca bien — 253. M, daillieurs f h''''

Puisse-ie aussi bien t*oublier Comme tu m'en viens supplier, Et comme encor' tu le mérites, Mais ie ne puis bien qu'oublié, Et bien que l'en sois supplié, Et mesme bien que tu me quittes.

Encor' ay-ie moins de douleur De ressentir vn tel malheur.

Malheur las ! par ta faute extrême.

Quand parmy si peu de pitié.

Mais plustost tant d'inimitié On me dit encor' que l'on m'aime.

Est-ce auoir de l'Amour en toy

De feindre encore que pour moy

Ma flame en ton cœur n*est point morte ?

Car en fin. Iris, mon tourment

Ne vient pas d'aimer seulement,

Mais d'estre aimé de ceste sorte.

Hélas ! deuois-tu m'enflamer

Puis que tu ne pouuois m'aimer

Que de la façon que tu m'aimes ?

Tu le iuras, ô foible foy.

Quand Iris a iuré par toy.

Ses sermens estoient des blasphèmes.

Puis qu'au malheur de mes amours Tu me refuses ton secours, Helas ! de qui le puis-ie attendre !

|i 259. D, Puis-je {vers faux) — 269. M, Et parmy tant d'inimitié — 70, M, L'on me dit — 273. M, Ta flamme — 276. M, de telle sorte

84 LE QVATRIESME CHANT

Iris, si ie ne Tay de toy :

Et qui prendra pitié de moy 288 Puis que tu dédaigne d'en prendre ?

Donc au lieu de me secourir Toy-mesme tu me fais mourir, Rude & cruelle recompence !

Car sans chercher d'autre support Il faut que ie coure à la Mort 294 Puis que tu cours à l'Inconstance.

Et bien ingratte, i'y courray, Et fort librement ie mourray, Puis que mon tombeau te peut plaire, Car si ma foy, ny ma douleur, Ne peuuent vaincre mon mal-heur, 300 C'est à la mort seule à le faire.

Et puis que ie te vay perdant A quel bien m'iray-ie gardant Suruiuant à ces maux extrêmes ?

Las ! pense en me manquant de foy, Iris que ie te pers par toy, 306 Me perdant encor par toy-mesme.

Puis que tu voulois me quitter Tu ne deuois pas m'arrester.

Me trahissant par l'apparance. Aussi pleurant ton changement le m'excuse par ton serment 312 En m'accusant par ma créance.

288. M, Si tu (lesdaigne de la prendre — 297. M, mon tombeau 1 peut faire — 298. M, ni mon malheur — 299. M, craindre ma douleu — 304. M, pense me manquant — 306. M, Et me pers encor par mo mesme — 307, B, quicter — 312. M, Et m'accuse par ma croyance

Helas ! vrayment sot que ie suis, le suis cause de mes ennuis, En m'estant deceu pour te croire, Las ! c'est par là que i'ay du mal.

Mais par là, cœur tres-desloyal, Tu n'auras iamais de la gloire.

En lieu de penser au pouuoir De ta mère, pense au deuoir Dont peut t'obliger la constance.

Cet Amant que ton œil a pris, Mais bien dont ton cœur est épris.

T'en a-t-il osté la puissance ?

Tu crois donc que c'est bien aimer Que de se pouuoir enflamer Du premier qui se passionne De ton œil qui paroist si doux ?

Mais ayant de l'amour pour tous.

Tu n'en peux auoir pour personne.

As-tu promis à ton Amant Par vn plus solemnel serment Que ton cœur luy sera fidelle.

Que ceux que me iura ta foy.

Ta foy, mais en quel lieu de toy Ceste vertu logeroit-elle ?

De ceste foy, cœur inconstant.

Désormais ie te vay quittant :

Car comme serois-tu tenue

317. M, B, D, cœur trop desloyal — 319. M, Au lieu — 320. M, ttvoir — 324. Lei éditions ont : a-il. M. porte : a'il. Nous évitons V hiatui. Y 333. M, seroit

86 LE QVATRIESME CHANT

De deuoir me garder la foy Que tu n'as iamais eue en toy, 342 Et qui t'est encor' incogneuë ?

Mais quant à moy i'en ay trop eu, Et me suis aussi trop repeu De la tienne trop menteresse, le t'ay promis de viure tien, Et pour ne te manquer en rien 348 Ma mort dissoudra ma promesse.

Bons dieux, qu'vn grand aueuglement Trouble l'œil de mon iugement !

Helas ! faut-il qu'encor ie t'ayme ?

Et que ie te garde ma foy ?

Comment puis-ie plus estre à toy, 354 Puis que tu n'es plus à toy-mesme ?

A ces mots mon cœur se fendit, Et le regret me défendit De me plaindre plus de mes peines, Mais la rage de mes douleurs.

Apres la voix voulant des pleurs, 360 Fit sourdre en mes yeux des fontaines.

Cher amy, te vois-ie pleurant ?

(Dit lors Iris en souspirant.

Voyant ma bouche refermée :) Mal-heureux estât où ie suis.

Si la cause de mes ennuis 366 Ne vient que d'estre trop aymée.

340. M, ta foy — 341. M, eu dans toy — 353. M, Comme puis ie - 354. M, a moy mesme — 355. M, le cœur me fendit

Mais las ! te voudrois-ie tromper.

Et par Tinconstance eschaper

Du beau nœud dont tu me tiens prise,

Puis que sous ta fidélité

Mon heureuse captiuité

Me plaist mieux qu'ailleurs ma franchise ?

Mais que puis-ie où ie ne puis rien, Et que contre mon propre bien Il me faut cesser d'estre tienne ?

Que dis-ie tienne ? helas ! mon cœur.

On me tient sous telle rigueur Que ie ne puis mesme estre mienne.

De grâce pour l'amour de moy Ne crois point si mal de ma foy, Ne m'accuse point d'inconstance Parmy mes constantes douleurs :

Cesse tes souspirs & tes pleurs Cessant ta mauuaise créance.

Par trois souspirs elle cessa,

Et mon cœur aussi commença

Par trois souspirs à luy respondre :

Nos propos estoient my-souspirs,

Et parmy tant de desplaisirs.

Les siens sembloient les miens semondre.

l'ay vrayment raison de cesser Mes larmes, qui n'ont peu forcer (Dis-ie alors), ta rigueur de prendre

369. M, Du pouvoir dont — 373. B, D, ou ne puis-ie rien — 377. Aj en telle rigueur — 381. M, pa3 d'inconstance — 384. M, croyance — 393. M, la rigueur

88 LE QVATRIESME CHANT

Quelque pitié de mes douleurs, Mais plustost finiront mes pleurs 396 Que le suiet de les reprendre.

Tu ne veux pas, mais las ! pourquoy, Que te voyant manquer de foy, Ny que ie te nomme pariure, Ny que ie m'en aille attristant ?

Helas ! & tu veux bien pourtant, 402 Tu veus (dis-ie) que ie l'endure.

De quel beau tiltre, & de quel nom Puis-ie nommer ce faict, sinon D'inconstance ou de perfidie ?

Noms moindres encor' que l'effet.

Et si ton peu d'amour le fait, 408 Permets que ma douleur le die.

le l'appellerois cruauté.

Si ton cœur n'eust esté domté ladis par ma perseuerance.

Mais comment peut-on mieux nommer En vn cœur qui cesse d'aymer 414 Cet effect, sinon qu'inconstance ?

Quelque chose aussi que ce soit, Helas ! mon seruice en reçoit Vn si misérable salaire.

Qu'en fin si rien peut empescher Qu'Amour me puisse retoucher 420 Cet acte seul le pourra faire.

jours

395. M, finiront mes yeux. Le mot jours a été ajouté dans rinterîign comme il est indiqué. — 396. M, rcprandre. Faudrait-il lire répandre ? — j 406. M, Non moindres — 407. M, l'a fait — 409. M, l'appelerois 412. M, Mais comme — 419. M, ne puisse retourner

Las ! pensé-ie encor' d'estre Amant, Mov qui dois penser seulement Comment ie me puis voir deliure Du mal qui me va martyrant ?

Si ie ne le puis qu'en mourant Mon remède est de ne plus viure.

Or mon Iris puis qu'il te plaist Que mon destin soit tel qu'il est, Et que mon malheur ne te touche, C'est à la mort de me guérir :

Mais permets qu'auant que mourir le prenne vn baiser de ta bouche.

Sur ces mots m'estant aduancé, D'vn long baiser ie la pressay, Sucçant vne nouuelle flame :

Et lors son baiser m'inspira Vn doux souspir qui m'asseura Qu'elle m'aymoit encor' en l'ame.

En ce baiser par l'Amour deu.

Par moy pris, par elle rendu.

Nos âmes mesmes se baisèrent :

Et nos yeux aussi se touchans.

Nos larmes ensemble espanchans.

Nos larmes ensemble meslerent.

Et de rechef en m'embrassant.

Et de cent baisers me pressant.

Las ! (me dit-elle) hé quel remède !

Puis demy-morte entre mes bras, Las ! (me dit-elle) ne meurs pas.

Mon espoir me promet de l'ayde.

! 421. M, e«tre amant — 422. M, doibs — 447. M, et quel remède

go LE QVATRIESME CHANT

Ouy si tu vis plus constamment, (Luy dis-ie alors) car autrement Il me faudroit vn cœur de cuyure, Pour viure en te voyant sans foy :

le puis tout pour Pamour de toy, 456 Si ce n'est que ie ne puis viure.

Lors ie sortis tout furieux, Et ressuyant mes moites yeux le contrefis meilleure mine, Semblable au criminel pourtant Oui demy mort feint le constant 463 Alors qu'au supplice il chemine.

Misérable inclination Que d'auoir tant d'afFection Pour ce sexe foible & muable.

Oui ne sçait que c'est d'en auoir, Et qui ne le peut pas scauoir, 468 Tant le ciel l'en fit incapable.

Quand ie vay pensant à cela le veux grand mal à celuy-là, Celuy, dis-ie, qui sans prudence,

452. M, dis-ie lors — 458. M, mes moulies {pour mouillés?) yeux — 461. M, faist le constant — 462. A, C, F, Alors qu'on le meine au supplice. Nous corrigeons cette défectuoûté de rime d'après M, B, D, E. La variante que nous rejetons offre une curieuse preuve de Jiliation entre les troit éditions publiées par Toussaint du Bray. Il est étonnant que l'on n'ait pM remédié à cette évidente bévue de A dans les tirages successifs. La présenct du mot chemine au M prouve cependant que le poëte n*est pour rien data l'aherrance de rime. — 463-468. Cette strophe est reproduite h la fin de h seconde édition de /'Antidote d'Amour de Iean Aubery (DelfF, 1663), avec deux variantes : 464. auoir de l'afFcction, comme dans M j 468., fait incapable. -^

(Ainsi puis-ie bien l'estimer) Oza premièrement nommer Du nom de femme la Constance.

Aussi vrayment quiconque il soit, Il paroist qu'il ne cognoissoit Leur ame incapable de flame, Ou de fidélité, sinon Qu'il vouloit leur donner au nom Ce qu'elles n'ont iamais en l'ame.

Celuy soit tousiours tourmenté Qui pouuant viure en liberté D'vn tel cordage s'encheuêtre :

Bien est indigne de tout heur Quand il se rend leur seruiteur Celuy qui peut estre son maistre.

Elles ayment en nous pourtant De voir vn courage constant.

Sans sçauoir que c'est de constance :

Vn pauure aueugle loue ainsi La clarté, sans sçauoir aussi Que s'en est par expérience.

Auec tant & tant de souspirs.

Et tant d'impatiants désirs.

Ces inconstantes dissimulant.

Le iurans mesme par serment

De brusler éternellement

Dans le feu dont elles nous bruslent.

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