‹ uvres poétiquesChapitre 25 sur 79 · M, le roc -- 555. F, de pieres — 556. M, Dessoubs · texte numérisé non relu

M, le roc -- 555. F, de pieres — 556. M, Dessoubs

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LE CINQVIESME CHANT

DES CHANGEMENS de la bergère Iris

TovT le Ciel sembloit allumé

Des rais du Soleil enflamé

Qui faisoit décroistre l'ombrage,

Et l'air épuisant toute l'eau

Qui sourdoit près de cest Ormeau

En faisoit sourdre en leur visage.

Donc ces Bergers pour se sauuer Du chaut qui les venoit trouuer, Et voyant par tout l'ombre moindre, Gaignerent vn bois d'alentour, Si couuert, que mesme en plein iour En tout temps le iour semble poindre.

Entre les arbres plus espais.

Et sous qui pour prendre le frais.

Tous trois ils se venoient estendre,

Titre. M, Cinquiesme poezie | de la Cynegerie {sic) represantée j par I Bergère ( Iris. | — 2. E, r'enflamé — 5. M, près de ce ruisseau — t M, trcuver — 10. M, aux bois — 11. M, a plein jour — 12. M, I iblait poindre

LE CINQVIESME CHANT

Philene apercent quelques vers Qu'vn If dont ils estoient couuers Monstroit dans son escorce tendre.

S'approchant il y leut cecy :

Chère Ozilis mon cher soucy.

Considère que mon ofFence De la seule enuie est l'effet.

Et que du mal que tu m'as fait Tu m'as fait faire pénitence.

Bien qu'on ait peu dire de moy Que mon désir conceu pour toy Print sa volée vn peu bien haute.

Pourtant on cognoist par le cours De mes misérables amours.

Bien plus de mal'heur que de faute.

Voyant ta diuine beauté, C'eust esté trop d'impiété De n'en estre point la victime :

Et d'autre costé i'ay cogneu, Par le mal qui m'est aduenu.

Que mon seruice estoit vn crime.»

Lors Daphnis qui l'alloit suyuant.

Voila (dit-il) qui va preuuant Que l'Amour aussi me surmonte :

Mais acheue nous désormais Ton discours, & ie te promets Qu'après ie t'en feray le conte.

17. E, estoient ouucra — 23. M, B, D, mal que l'on m'a faict i 28. M, on cogneu — 40. M, Mais achevez

Pour satisfaire à ton désir Ce me sera bien du plaisir, De raconter (luy dit Philene) Le mal qui me va consumant, Et croy que ton contentement Est vn doux soûlas à ma peine.

M'estant donc ainsi retiré Si triste, & si désespéré, Du logis de ceste volage, Quittant l'espoir & la raison, Vains remèdes pour la saison, le me perdis de mon vilage.

la l'ennuy me persécutant.

De tous les hommes m'absantant, le fuyois toute compagnie.

Heureux si les pouuant quitter l'eusse peu de moy m'absanter, Moy-mesme estant ma tyrannie.

Puis-ie bien encor m'endurer, (Disois-ie) & de moy m'asseurer ?

O rage ! ô défiance extrême !

Ce que se sont deux ennemis Quand en champ clos ils se sont mis.

L'estant seul moy-mesme à moy-mesme.

Craintif, & tramblant ie me suis,

Tout animé ie me poursuis.

Tant de moy mon mal-heur se iouë,

47. M, crois — 55. M, me persequntant — 61. M, encor endurer — •4. D, Ce que ce sont — 6y. B, D, ie me fuis

98 LE CINQVIESME CHANT

Fuyant ie ne puis m'eschapper, Suyuant ie ne puis m*atrapper, 72 Comme vn Ixion sur la roue.

Ainsi de moy mal asseuré, Contre moy mesme coniuré, Tout plein de furie & de rage, le voulois sur moy me vanger, Moy-mesme afin de m'outrager, 78 Contre moy me donnant courage.

le coulay beaucoup de tels iours Que tous mes esprits estoient sours Au conseil que la raison donne A ceux qui sont en desespoir, Pour de personne n'en auoir, 84 Ne voulant aussi voir personne.

Si ie prenoy quelque repos, Venant à songer aux propos Que m'auoit tenus ma Bergère, Pensant tous ces mots vn par vn Ce ressouuenir importun 90 Me faisoit entrer en colère.

Il est vray, disoy-ie à part moy, Qu'Iris, ceste fille sans foy, Puis qu'il faut que ie m'en souuienne, Disoit qu'elle vouloit mon bien.

Et que moy voulant estre sien 96 Elle vouloit estre aussi mienne.

73. M, de mon mal — 75. M, de fureur et — 88. B, D, vn pour vn

Ces mots doiuent-ils reuenir Désormais dans mon souuenir, Au temps que la belle infidelle Oui les dit n'en a plus pour moy, Et qu'elle ne pense en sa foy Oue pour ne plus penser en elle ?

Pourquoy veux-ie donc y penser, Pour en y pensant m'ofFenser ?

Puis que ce penser me deuore Il m'est trop resté de raison, Et le pis en ceste saison.

C'est qu'il m'en reste tant encore.

Mais venant à penser après Combien elle fit de regrets Lors que ie me separay d'elle :

Ce trompeur penser me flattant M'alloit à la fin promettant Que son cœur me seroit fidelle.

Puis repensant d'autre costé Que l'ingrate m'auoit osté Ce qui me restoit d'espérance, le recognoissois clairement Que ie me flatois follement D'auoir ceste sotte créance.

Car ayant ces pensers receu.

Tout aussi tost i'estois deceu Par leur absence trop soudaine,

97. M, doibuent -— 107. M, Et le pris — I20. M, croyance — 122, 4, I'estois tout aussytost deceu

IfBllOrfiECA

100 LE CINQVIESME CHANT

Paymois fort de les posséder, Mais pouuant si peu les garder 126 Leur venue augmentoit ma peine.

Comme des oyseaux passagers Ces doux plaisirs, mais trop légers.

Me promettoient par leur venue Mon Prin-temps deuoir arriuer Mais helas ! c'estoit vn Hyuer, 132 Leur tromperie estant cogneuë.

De la façon qu'ils retournoient le cognoissois qu'ils ne venoient Que pour m'annoncer quelque orage.

Ainsi que ces oyseaux de mer.

Qui lors qu'elle doit escumer, 138 Paroissent comme pour présage.

Pauure disois-ie que ie suis, Qui me flattant en mes ennuis, Me force moy-mesme de croire Aux beaux yeux qui m'ont abusé, Trouuant encor' trop peu ruzé 144 Du sucre au fiel qu'ils m'ont fait boire.

Plaisirs si chers, pensers si doux.

Las ! pourquoy vous enfuyez-vous ?

Permettez au moins qu'on vous goûte.

Et puis après vous en allez j Pourquoy retournez-vous aislez 150 Si vous venez auec la goûte ?

130. M, (lebvoir — 137. M, doibt — 141. M, Me forçant — 14 M, Treuvant — 144. B, D, qui m'ont fait boire — 145. M, Penser* chers, pensers si doux — 149. M, aylés 1,

DES CHANGEMENS DE LA BERGERE IRIS lOI

Vous n'estes pas si tost venus,

Vous n'estes pas mcsme cognus,

Ou'on vous voit soudain disparoistre :

Las ! faictes vous mieux ressentir,

Permettez auant que partir

Au moins qu'on vous puisse cognoistre.

Ou si vous voulez m'absenter, Puis que c'est pour me tourmenter, N'approchez iamais de mon ame, le vous ayme mieux loin que près.

Puis que vous venez tout exprès Pour mettre de l'huile en ma flame.

Fuyez, autheurs de mon esmoy.

Qui faictes en logeant chez moy Que ma douleur est plus extresme.

Et que ie pers en vous perdant Ce qu'à grand' peine possédant le n'ay pas quand ie vous ay mesme.

Réduit en ce piteux estât.

Sans qu'aucun espoir me restât, Ma rencontre estoit dommageable

156. M, Qu'on vous puisse au moins recognoistre — 157. M, vous ulez absenter — 164. M, en venant chez moy — 167. M, grand paine • 168. A, F, le n'en ay pas {vers faux). Nous corrigeons d'après M,

D. — 169-180. Dans M ces deux strophes sont remplacées par la strophe '•vante :

Réduit en ce piteux estât

Sans espoir qu'aulcun m'arrestat,

Ayant sceu que ce mariage I Ne plaisoit point à mon Iris,

' Et que les parens de Charis

Ne l'en pressoient pas davantage.

102 LE CINQVIESME CHANT

A ceux qui m'alloient approchant, Le bon-heur mesme en me touchant 174 Pouuant deuenir misérable.

Mais à la fin ie retournay, Quelque espoir m'ayant ramené, Ayant sçeu que ce mariage Ne plaisoit point à mon Iris, Et que les parens de Charis 180 Ne l'en pressoient pas dauantage.

Aussi (pour dire en vérité) Son visage tout attristé.

Et sa couleur souuent changée, Quand elle oyoit parler de moy, Monstroit qu'en cognoissant ma foy 186 Mon mal la rendoit affligée.

Car aussi-tost qu'en quelque part (Comme bien souuent le hazart Me fit trouuer en sa présence) Ceste infidelle me voyoit.

Son œil radoucy m'enuoyoit 192 Des œillades de repentance.

L'œil d'Iris ouuert dessus moy, Cognoissant entière ma foy, La fit esmouuoir de reprendre Mon cœur qui la foy lui gardoit, Que sa légèreté perdoit, 198 Mais ma constance luy fit rendre.

188. M, hasard — 189. M, treuuer — 191. F, m'ennuyoit D, Mon cœur que la foy — 197. M, Qucsa bergerettc

Ce cœur bruslé, dit mon Iris, Vray Phénix de ma flame épris Doit reuiure, il faut que i'anime Ce feu que i'ay faict amortir, L'allumant par le repantir Puis que Testeindre fut vn crime.

Face mon bon-heur que tousiours Il soit l'obiect de mes amours.

Et que la seure cognoissance Que i'ay de son feu, désormais Puisse esteindre en moy pour iamais De toute autre Amour la semence.

Ainsi se repantoit Iris,

Soit qu'elle desdaignait Charis,

Et que son humeur inconstante

Ne fust pas d'aymer plus long temps,

Ou que ses désirs inconstans

Rendissent sa flame plus lante.

Le bon heur voulut tant pour moy.

Lorsqu'elle estoit en cest esmoy,

(Las ! quel heur ! qu'en sortant de naistre

L'Amour en trois iours m'enuia)

Que Clorille la conuia

En vn bal où ie deuois estre.

le fus plus d'vne heure à resuer, Ne sçachant comme m'y trouuer, Ny la mine qu'il faudroit prendre,

199. M, démon Iris — 201. M, doibt — 207. M, la seule cognoissance — 212. D, dedaignast — 215. A, F, ces désirs. Nous corrigeons d'après B, D. — 219. A, Y ponctuent quel heur ? Les autres éditions ne ponctuent pas. D donne Las ! que l'heur — 220. M, L'amour pour tousiours — 222. M, debvois — 225. D, qui faudroit

104 LE CINQVIESME CHANT

Si comme il pouuoit aduenir le venois à l'entretenir, 228 Mais en fin ie m'y voulus rendre.

le tremblay tout quand ie la vis, Et sentis tous mes sens rauis.

Et deuins froid comme vne glace, Et ne sentant pas seulement Dans mon cœur cet estonnement, 234 II parut aussi sur ma face.

Elle me voyant transporté, Rougit aussi d'autre costé, Quand elle me vit auprès d'elle.

Et son teint fut si vif rendu.

Par son vermeillon respandu, 240 Qu'elle ne fut iamais plus belle.

le dis alors à mes désirs.

Allez tous auec mes souspirs Faire vn humble hommage à ma Dame, S'il luy plaist de vous receuoir.

Pour mieux me le faire sçauoir 246 Vous logerez dedans son ame.

Si peut estre d'vn œil moins doux Elle ne fait point cas de vous.

Afin que tost ie me deliure.

Et mes iours long temps retardez.

Montez au Ciel & m'attendez 252 Où ie dois aussi tost vous suiure.

231. M, le deviens : B, D, E, le deuins — 233, M, ces estonnements — 239. M, B, D, Par ce | M, vcrmillion : B, D, vermeillon — 250. M, De mes iours — 252. M, doibs

O qu'ils furent les bien venus Si tost qu'ils luy furent cogneus, Comme elle me le fit entendre Lors que pour me le confesser Elle me vint prendre à dancer.

Ce que ie n'ozois entreprendre.

Apres que nous eusmes dancé, Aussitost qu'elle m'eust laissé, Près d'elle i'allay prendre place, Armant mes yeux d'vne langueur, Qui pouuoit eschauffer son cœur, Quand mesme il eust esté de glace.

Car l'Amour lors que i'approchay Dans l'vn d'eux s'estoit embûche Auec ses attraits & ses charmes.

Et dans l'autre ouuert à moitié Il auoit logé la Pitié, Et cet œil estoit plein de larmes.

Alors la voulant accuser

Elle ne se peut amuser

D'ouir long-temps ceste harangue.

Et ie croy qu'Amour son vainqueur

De mes yeux vola dans son cœur.

Ou pour le moins dessus sa langue.

Car se mettant sur le discours Du triste estât de nos amours, Epreignant quelque larme feinte,

Z53. B, D, les Liens venus — 263. D, Que pouuoit — 264. M, Il t été — 265. M, dez que i'approchay — 276. M, dessoubs sa langue 277. M, se mestant — 278. M, D, de mes amours — 279. M, Et ;umt quelque larme

I06 LE CINQVIESME CHANT

Elle me dit auec serment Que c'estoit pour moi seulement 282 Qu'Amour auoit son ame atteinte.

Qu'aussi pour me garder la foy Elle auoit pour l'amour de moy Fait dissoudre son mariage, Bien qu'il fust desia résolu, Et que l'ayant ainsi voulu 288 On n'en parloit pas d'auantage.

Qu'en fin elle m'asseuroit bien Qu'il ne s'en feroit iamais rien.

Et qu'on ne l'y pourroit contraindre Par mille discours mensongers Emportez par les vents légers, 294 Me forçant de n'en plus rien craindre.

Que ie ne deuois diuertir Mon amour, ny me repentir D'auoir eu tant de mal pour elle, Puis qu'après ce mal esprouué.

Pour salaire i'auois trouué 300 Dans vne fille vn cœur fidelle.

Helas ! ie ne me peus garder De me laisser persuader A ces paroles menteresses.

Bien qu'il deust estre mal aisé.

Puis qu'elle m'auoit abusé (^ Cent fois par des mesmes promesses.

286. M, résolu, a-vec /'u ajouté au-dessus du mot. — 294. M, Ni forçant à— 295. M, debvois — 299. M, treuvé — • 306. M, par seij blables promesses : D, par de mesmes

Sur ce discours le Bal finit, Où nostre amour se reiinit Auec mille & mille blandices, Mais helas ! en ce temps icy C'est renouueler mon soucy Que de penser à ces délices.

Ce ne fut lors qu'ardeur de nous, Dont les feux estoient aussi doux Qu'ils estoient de mauuais présage, Ainsi quVn grand chaut en esté Est d'ordinaire redouté Parce qu'il couue quelque orage.

Si dans vne bullette d'eau Qui s'enfle dessus vn ruisseau.

Mourant si-tost qu'elle est naissante.

Mon bon-heur estoit reserré.

Il ne seroit moins asseuré Qu'en l'ame d'vne fille aimante.

Dans trois iours Charis de retour Mit à l'enuers tout cet amour, Liant si bien son mariage, Qu'en fin ie cogneus clairement Qu'il falloit mourir seulement, Et non espérer dauantage.

Aussi n'ayant autre désir, Le desespoir me vint saisir Auec vne si grand' foiblesse,

315. M, Qu'il ne fust qu'vn mauvais — 316. M, chaud — 318. B, ^f Par ce qui — 323. M, Il serait autant asseuré — 324. F, amante — 33. F, floiblesse

I08 LE CINQVIESME CHANT

Que réduit à l'extrémité Dans le lict ie fus emporté, 336 Pasmé de rage & de détresse.

Lors m'égarant en mes propos Sans nourriture & sans repos, Et repaissant ma fantasie De ce qui l'alioit offençant Mon mal tousiours se renforçant 342 En fin ie tombe en frenaisie.

Mais ceste fureur me laissa Sur la minuict qui deuança La triste & maudite iournée Que l'ingrate & pariure Iris Pour s'epouzer auec Charis 348 Deuoit estre au Temple menée.

Si tost que ce mal m'eut quitté.

Mes pensers d'vn autre costé

Plus cruels me vindrent reprendre, 1

Me faisans désirer le iour, I

Dont le trop paresseux retour /

354 A mes yeux se fit trop attendre. 1

Mais i'eusse esté bien fortuné ^

S'il ne fut iamais retourné.

Puis qu'il retournoit pour me nuire :

Car lors i'ouys les instruments Auec qui ces heureux Amants 360 Au Temple se faisoient conduire. *

^^7-372. Ces six strophes manquent dans M. A la suite du 'vers : ' Pasmé (le rage et de détresse /e manuscrit reprend : Enfin mon esprit estonné — 338. A, F, sans propos. Nous corrigeons diaprés B, D.

O Dieux ! m'escriay-ie tout haut, En me releuant en sursaut, Et si lors ma mère accourue A ce grand cri que ie iettay, Par force ne m'eust arresté, le m'allois ietter dans la rue.

le fis pourtant vn tel effort, Oue du lict ie tombay mi-mort, Car alors ma douleur extresme.

Me faisant à la mort courir, M'empescha seule de mourir.

Me faisant sortir de moy-mesme.

En fin mon esprit estonné En sa place estant retourné, Ma foible & pesante paupière Ouurant & refermant mon œil Me fit voir en peur le Soleil, Et son odieuse lumière.

Mes amis depuis m'ont conté Que me leuant tout transporté.

De rage ayant l'ame saisie, le fis mille sanglants regrets.

Retombant aussi-tost après En ma première frenaisie.

Ayant donc mesme auec honneur Souffert ceste extrême fureur.

Sans dormir toute vne semaine,

368. A, F, tlemy-mort {"vers faussé) : B, C, D, E, mi-mort. Nous rrigeons. — 378. B, En son — 379. M, Mes amis m'ont depuis — 382. *, C, F, mille sanglots regrets. Nous corrigeons d'après M, B, D, E.

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