M, Phrenesie — 385. D, auec horreur
IIO LE CINQVIESME CHANT
le fus secouru du sommeil, Et mes propos à mon resueil 390 Firent voir mon ame plus saine.
Alors sans plus me tourmenter le taschay de me mieux porter.
Bien que la mort fust mon enuie.
Mais ie voulus encor guérir.
Pour reuoir auant que mourir 396 L'Ingrate qui m'ostoit la vie.
Pasle, en fin, foible & languissant, La chambre & le lict délaissant, le fus voir ceste neufue femme, Qui caressant de mille apas Son mary couché dans ses bras, 402 De baisers nourissoit son ame.
Charis de plaisir éperdu, Baisant dans ses bras estendu jj
Sa bouche faicte d'vne rose, Repassoit son heureuse main Bien souuent dessus son beau sein, 408 Et bien souuent sur autre chose.
Ha veuë ! ha vie ! helas ! quel dueil
Me vint alors saisir par Fœil ! (
Le seul penser me désespère :
le sortis donc tout furieux.
Ne voulant dVn œil enuieux
Profaner vn si doux mystère. I
390, M, Furent voir — 391. M, tormenter — 394. M, guarir - 396. M, ottoit — 406. B, D, F, Repaissoit — 408. B, D, E, Et pli souuant — 414. M, Prophaner
Que si lors ie ne mouru point, Et si les voyant en ce point, Mon ame de douleur touchée Ne s'enuola point de mon corps, Las ! pensez que la rage alors L'y retint par force attachée.
Quoy (dis-ie après tout transporté) l'ay donc veu l'ingratte beauté, Oue durant trois ans i'ay seruie, Adorer vn nouucau vainqueur, Helas ! si i'ay si peu de cœur D'où me reste encor' tant de vie ?
Mon cœur peut-il sans s*émouuoir, Ou de rage, ou de desespoir.
Endurer quVn autre iouysse.
Et s'esioûisse de son bien, Bien helas ! dont il n'a plus rien Que la mémoire pour suplice ?
Suplice à bon droit mérité.
Puis qu'auec tant de lascheté Il a ceste iniure soufferte.
Il n'a deu ce bien posséder.
Et puis qu'il a peu le céder.
Et puis qu'il en souffre la perte.
Et vous, yeux plus lasches que luy, Qui voyez dans les bras d'autruy, Celle qui me rend misérable,
i 415. M, mouru : F, mourus : C, mourut — 419. M, Las pensés que - 420. M, La retint — 437. F, le celer
112 LE CINQVIESME CHANT
Tournez vos regards pour le moins, Et ne vous rendez point tesmoins 444 Du crime dont il est coupable.
Pourquoy n'ont peu mes longs malheurs Auec tant de torrens de pleurs Toute vostre lumière esteindre ?
Et pourquoy ce peu de clarté Qui vous reste, m'est-il resté 450 Pour voir ce que ie n'ozoy craindre ?
Pour voir, sans que ie l'eusse craint, Qu'Iris a laschement esteint Dans son ame l'ardeur si sainte De mon feu qui luy fut si doux :
Ha ! traistres ! seroit-ce point vous 456 6*^^ P^^ ^^^ pleurs l'auriez esteinte ?
Si c'est vous, las ! ie n'en sçay rien. Mais pour le moins le crois-ie bien :
Helas ! auec trop d'apparence :
Et d'autant que pour me fâcher.
Bien que vous le puissiez cacher, 462 Vous me monstrez ce qui m'offence.
Vous me monstrez son lict foulé Vous me monstrez son poil meslé, Sa coiffure toute pressée, Ses yeux de plaisir languissans.
Ses tétons encor tremoussans, 468 Et sa robbe toute froissée.
443. M, pas tesmoins — 444. M, coulpable — 446. D, Pour qui n'o peu — 453. A donne fainte, contre tous les autres textes^ y compris M. Ni adoptons de préférence la leçon commune de M, B, C, D, E, F, saincte