‹ uvres poétiquesChapitre 33 sur 79 · LES VANITEZ DE FLORIDE I · texte numérisé non relu

LES VANITEZ DE FLORIDE I

Tu sçais que ce sont eux qui t'ont mis en la face Tant de rares beautez, que ceste heureuse glace

Te va représentant, Et qu'eux mesmes ravis dVn si parfait ouurage Ont confessé depuis qu'ils n'ont plus le courage

D*en faire encor autant.

Oue si Venus t'eust veuë en la vieille querelle Qu'autresfois en gagnant le prix de la plus belle

Elle vit terminer, Elle eust quitté pour toy sa première espérance, Et n'eust peu demander ce prix en ta présence,

Ny Paris luy donner.

Mais bien qu'en ce vieil aage elle ait peu faire gloire D'auoir eu d'vn berger pour marque de victoire

La pomme à ce dessein, Les Dieux qui iugent mieux des beautezque les hommes Pour vn plus grand honneur t'ont donné les deux pommes I Que l'on voit en ton sein.

Tu dois donc te loiier des attraits admirables Et de tant de vertus, dont les Dieux fauorables

Ont voulu te doiier.

Sans te vanter ainsi de ta froideur extresme. Indigne qualité dont vne glace mesme

Craindroit de se loiier.

Quitte donc le dessein d'vne si folle guerre Sans prendre le conseil de ce morceau de verre

Qui te trompe auiourd'huy.

Et sans que ta froideur te donne plus d'audace, ;Croy que ton cœur n'estant comme luy que de glace.

Est foible comme luy.

Et s'il n'est point encor ouuert de mille bresches, C'est d'autant que iamais ie n'ay lasché de flesches

Exprès pour le toucher, Et que contre mes coups ta defence estant vaine, La pitié seulement que l'eusse eu de ta peine 84 A peu m'en empescher.

Mais [puis] qu'en te mocquant ainsy de mon empire Tu crois auoir mespris que les traits que ie tire

N'ont peu t'assuiettir, Il faut donc par ton mal t'oster ceste créance, Et pour te mieux monstrer désormais ma puissance 90 Te la faire sentir.

Lors pour dompter le cœur d'vne beauté si dure Et lui faire essayer de ses traits la pointure.

Contre elle il les poussa :

Mais retournans sur luy d'vne force nouuelle De tous les mesmes traits qu'il tira dessus elle 96 Luy-mesme il se blessa.

A la fin ne sçachant à quoy plus se résoudre Il s'eslança dans elle ainsi comme vne foudre,

Pour s'en rendre vainqueur.

Mais entrant par les yeux il fut pris au passage. Sans auoir peu depuis sortir de ce seruage 102 Pour voler dans son cœur.

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