P, Lyon^ 16 18, donne correctement ce 'vers
D*ov vient que sans effort i'ay rompu tous mes fers, Et que le souuenir des maux que i'ay souffers
Me paroist vn mensonge ?
le ne tiens plus Fillis pour Tastre de la Cour, Et ses perfections ne me semblent quVn songe.
Non plus que mon amour.
Maintenant i'en ay honte en ne la voyant pas Auec ceste douceur & ces diuins appas
Qui la rendoient si belle, Au contraire ie voy que ces charmes sont faux. Et que tant de beautez que i'admirois en elle
Sont autant de deffaux.
Le Soleil ny Tamour ne sont plus dans ses yeux, Elle n'a plus d'attraits, dont i'ay creu que les Dieux
L'auoient si bien pourueuë.
Aussi tout estonné ie sors de ma prison. Et confesse qu'Amour m'auoit osté la veuë,
Pour m'oster la raison.
4. R, Phylis : SM, Filis — 8. R 1627 etc.^ ses diuins appas — 10. SM, R 1627 etc.^ ses charmes
* Les dix -huit pièce» qui suivent figurent dans le Nouueau Recueil de 1609 (voir à la Bibliographie, p. xxx). Elles y occupent les pp. 335 à 385, dans l'ordre où elles se retrouvent ici.
Autrement qui croiroit que sans aueuglement l'eusse peu si long-temps vivre si constamment
En ce honteux seruage, Et que dans ces liens ou i'estois enfermé Mon cœur eut si long temps enduré cet outrage 24 S'il n'eut esté charmé ?
le me veux mal pourtant des pleurs que i'ay perdus, Et de tant de souspirs laschement depandus
Pour si peu d'importance.
Et veux dés-maintenant en horreur d'vn tel iour Qu'on me voye à iamais pleurer de repentance, 30 D'auoir pleuré d'amour.
le veux en oubliant mes premières douleurs Que pour ce seul regret la source de mes pleurs
Désormais soit ouuerte, f
Bien que ie doiue encor oublier cet ennuy Et m'esioûir plustost de ceste heureuse perte 36 Q^c ^6 ^^is auiourd'huy.
Aussi bien ie connoy que i'ay cru sans raison Que la mort seulement m'ouuriroit la prison
Où i'estois misérable, le le connoy vrayment, & pour mon reconfort l'esprouue qu'vn despit n'en est que trop capable 42 Sans courir à la mort.
22. R 1638, dans ses liens : SM, dedans ces lieux — 23. SM, eus — 24. SM, R, n'eust — 26. R 1627 etc., espendus : SM, espandus — 33. SM, soit couurte (i/V)
Car si tost que mes yeux ont esté decouuerts,
Mes fers en mesme instant se sont tous entr'ouuerts
Sans faire résistance, Fay foulé par dédain les lacs où i'estois pris, Et ce quVn autre Amant eut fait par inconstance,
le l'ay fait par mespris.
Adieu donc, ô Fillis, c'est le vouloir des Dieux Qui m'ostent le bandeau qui me couuroit les yeux.
Que ie vous abandonne, Receuez cest adieu que ie treuue si doux. Et prenez ce congé, puis que ie vous le donne
En le prenant de vous.
Quant à moy maintenant sans peur de m'abismer le me riray des vents, & des flots de la Mer
Assis sur le riuage.
Et verray de bon cœur quelque esclaue trompé Hériter de ma chaisne, & mourir au seruage
Dont ie suis eschappé.
Mais ne vous vantez plus de ma captiuité, Car la gloire du ioug que mon cœur a porté
Vous doit estre interdite.
Mon seul aueuglement vous en oste l'honneur, Et ce que vous pensez auoir eu par mérite
Vous l'eustes par bon heur.