‹ uvres poétiquesChapitre 40 sur 79 · POVR LA NAISSANCE DV DVC DE RETELOIS I · texte numérisé non relu

POVR LA NAISSANCE DV DVC DE RETELOIS I

V ces mots de trop d'aise épandant quelques larmes Ct meslant des souspirs à ces iustes souhaits, Llle refit encor' sur luy les mesmes charmes Qu'elle auoit des-ja faits.

*uis voyant le Soleil vers les riues du Gange ^ous rapporter le iour dans vn char tout doré, Llle s'en retourna d'auprès de ce bel Ange Qu'elle auoit adoré.

TiRSis près dVn ruisseau de ses larmes troublé. Tirant du fond du cœur maint souspir redoublé, D'vn pasle teint de mort ayant la face peinte, 4 Faisoit ainsi sa plainte :

Daphné, puis que mes pleurs, & ma longue amitié N*ont peu depuis trois ans t'esmouuoir à pitié. C'est en vain que ie cherche encor' de l'espérance 8 En ma perseuerance.

Apres tant de désirs & de feux si constants, le voy bien que tu veux que la perte du temps Que i'ay mis à t'aymer, soit encore suyuie 12 De celle de ma vie.

Mais puisque pour finir vn si cruel tourment Il ne me reste plus qu'à mourir seulement. Pour sortir tout d'vn coup d'vn malheur si funeste I i6 Faison[s] ce qui nous reste.

Titre. P, Le Martyre et la Constance de Thyrsis — 5-8. P présente leçon suivante :

Puisque les vains souspirs de ma longue amitié, A l'ingrate Daphné n'ont peu faire pitié, Ayant perdu le temps ie perds encor la vie

Pour l'auoir bien seruie. ^

On voit que l'auteur a refondu la matière pour en faire deux stropk dans NR. — 9-12. P, cette strophe manque. — 13-16. P,

Car puisque pour sortir d'vn si fascheux tourment l'ai tenté tous moyens fort la mort seulement. Essayons pour guarir d'vn mal qui nous moleste Le moyen qui nous reste.

O toy, fille du Ciel, belle Mcre du iour A qui l'œil de Cephale a fait sentir l'Amour, Tesmoigne, claire Aurore, à ma Nimphe cruelle Comme ie meurs pour elle.

Ainsi disoit Tirsis, quand l'Aurore annonceant Le retour du Soleil sur les monts paroissant, Avec vn vaze d'or plein de perles liquides Rendoit les prez humides.

Echo qui fit entendre Se cognoistre sa voix A Daphné qui faisoit vn bouquet dans les bois, La fit toute frémir rendant son ame atteinte Et d'amour & de crainte.

Et luy faisant tourner les yeux de ce costé Où Tirsis immoloit sa vie à sa beauté, L'amour Se la pitié luy donnèrent enuie De luy sauver la vie.

17. R 1627 omet le mot fille ainsi que la virgule après toy. — 18. R 627, n'a fait. Ces fautes d'' impression ont été éliminées dans les éditions ubséquentes. — 19. P, Tesmoigne (claire Aurore) à ma Nimphe cruelle

Semoit dans l'air serain de l'or auec des roses Entre ses dois escloses.

— 25. P, Echo qui fit ouyr ceste dolente voix — 26. P, dans vn bois, — •.7. P, La fit frémir de peur, rendant — 28. P, De pitié par la crainte.

— 29-32. P donne pour cette strophe :

Lors tournant le regard de ses yeux radoucis Où l'appeloit la voix du mal-heureux Thirsis, La pitié de sa mort dont elle eut eu le blasme, Luy mit l'amour dans l'âme.

Aussy quand elle vit vn cousteau dans son poing, S'auanceant à grand pas Se s'escriant de loing, Attans, mon cœur (dit-elle), vne autre recompence 36 Est deuë à ta constance.

Tirsis, tournant la teste & voyant acourir Geste ingrate beauté qui le faisoit mourir, Cheut pasle à la renuerse, ou rauy d'alegresse, 40 Ou pasmé de foiblesse.

Helas ! que deuint elle, en voyant son Amant Estendu comme mort, sans poux, sans mouuement, Et ressemblant les fleurs quant l'hyuer, ou Torage 44 Leur ont fait quelque outrage ?

Tel estoit, quand la mort eut fermé ses beaux yeux^ Ce mignon tant aymé des Nymphes & des Dieux, Qui couché sur des fleurs dont il accrut le nombre 48 Fit Tamour à son ombre.

Geste bergère alors se ietta dessus luy.

Ne sachant s'il falloit en cest extresme ennuy

33. P, En voyant vn cousteau tout nud dedans son poing, — 34.' P, Laissant tomber ses fleurs & — 35. P, Attens, Thirsis (dit-elle) | recompense — 37. P, accourir — 38. P, Sa Daphné, dont la voi» l'empeschoit de mourir — 39. P, raui — 4I-44. P,

Quand Daphné fut venuiî elle vit son Amant Qui tiroit A la mort, sans pouls, sans mouuement^ Et semblant vne fleur alors que la tempeste Luy fait pancher la teste.

— 45-60. Ces quatre itrophei remplacent la strophe suivante de P : Lors attachant ses yeux immobiles sur luy Ayant le cœur serré de regret & d'ennuy. Elle se laissa cheoir tremblante & désolée, Sur son Thirsis colee.

Secourir son berger pour le faire reuiure, Ou moiu^ir pour le suiure.

Ainsi vit-on Venus embrasser ce Chasseur Ou'un lict incestueux fit naistre de sa sœur. Quand le sang que versoit sa blesseure mortelle Fit une fleur nouuelle.

Telle se peut-on feindre, en semblable douleur L'amoureuse Daphné sans voix, & sans couleur, Sembler toute mourante, ou plustost de la sorte Qu'on l'eust peu croire morte.

î Car ne sachant du tout quel remède choisir, Elle baisoit Tirsis, mais helas ! sans plaisir, , Et comme on peut baiser vne personne aymée I • Au cercueil enfermée.

A la fin le poussant & luy serrant la main, Hâ (dit-elle) Tirsis, en l'appellant en vain, , Est-il vray qu'en mes bras il puisse estre possible Que tu sois insensible ?

61. P, Et ne sçachant — 62. P, Elle le rebaisoit, et le point d'exclama- ^1 omis. — 63-64. P,

Taschant par ses baisers plains d'amoureuse flame De luy redonner l'ame.

A la fin le poussant, & l'appellant en vain Et sur ses yeux mourans passant sa belle main, Vis d'icelle, ô Tyrsis, & si tu ne veux viurc Attens ic te vais suiure.

Hé ! pourquoy m'as tu dit autrefois si souuent Qu'auec vn seul baiser ie te rendroy viuant, Si te baisant sans cesse, & mourant sur ta bouche 72 Tu n'es plus qu'vne souche ?

Mon cœur, ouure les yeux, parle à moy mon berger. Ou ta Daphné croira que tu fus mensonger, Et que sans iugement elle fait ceste plainte 76 Pour vne ame si feinte.

Las ! Tirsis, tourne au moins ton regard deuers moj

Pour voir mes tristes yeux qui fondent dessus toy, ;

Qu'au moins auant ta mort ta bouche me console |

80 D'vne seule parole.

Lors Tirsis recouurant ses sentiments perdus, Secouru par les pleurs qu'elle auoit espandus, Ouurant & refermant sa pesante paupière 84 Eut peur de la lumière.

69-72. Dans le remaniement de i6oç le poëte a fait une seule siance ces deux stances de P :

Mais pourquoy m'as tu dit autrefois si souuent ^u'auec vn seul baiser ie te rendroy viuant Puisqu'en t'en donnant mille, helas, quoy que ie face, le te sens tout de glace ?

Tu disois qu'en m'oyant souspirer seulement. Les rochers & les bois prcndroient du sentiment. Es-tu plus insensible aux souspirs de ma bouche, Qu'vn marbre, ou vne souche ?

— 73. P, Thirsis, ouure les yeux, — jy. P, Las mon cœur tourne moins — 78. P, qui pleurent dessus — 81. P, sentimens — 83. Ouurit & referma — 84. P, Trop foible à la lumière. '

Cestc Amante qui vit ce premier mouuement En Tceil de son Berger ouuert si lentement En reprenant sa plainte, helas ! Tirsis, (dit-elle) Voy Daphné qui t'appelle.

Las ! si tu vis encor, comment sans me parler Sens-tu dedans ton sein mes larmes s'escouler ? Au moins pour m'en donner vne preuue nouuelle Voy Daphné qui t'appelle.

Hélas ! & s'il est vray que malgré ma rigueur Ta flame ait conserué sa première vigueur, Si ton ame en retient encor quelque estincelle Voy Daphné qui t'appelle.

Tirsis oyant la voix & le nom de Daphné Se voulant releuer recheut tout estonné, Descouurant d'vn souspir sa vie à son Amante , Dessus luy languissante.

Enfin se sousleuant auec vn peu d'effort Et r'entr'ouurant les yeux auec vn doux transport. Il vit & reconnut la Nimphe qu'il adore Qui le baisoit encore.

85. P, La bergère qui vit — 86. P, de son Thirsis — 88. P, apelle, 93-94- P,

Helas, & s'il est vray Thirsis que dans ton cœur Les flames de mes yeux soient encor' en vigueur,

95. P, Si ton âme en conserué encor' — 101-104. P, ces -vers Tiquent.

Ceste Amante à ce coup le voulant redresser Se courba toute à terre afin de Tembrasser, Et luy se releuant la retint embrassée 108 Contre le sein pressée.

Alors sans plus songer à leurs ennuis passez Ils se tindrent long-temps doucement embrassez, Succeants par des baisers leurs âmes sur les roses 112 De leurs léures descloses.

Tirsis en longs souspirs encor vn coup pasmé, Par vn si court malheur heureux et bien aymé, Receut ainsi d*amour la chère recompense 116 De sa longue constance,

Lors oubliant tous deux leurs ennuis escoulez Ils se tindrent muets bouche à bouche colez.

— III, P, Succeants

MISE AV DEVANT DE SES METAMORPHOSES TRAD VITES PAR M. ReNOVARD

VIDE, c'est à tort que tu veux mettre Auguste

Au rang des immortels, on exil nous apprend qu'il estoit trop iniuste

Pour auoir des autels.

ussi t'ayant banny sans cause légitime

Il t'a desauoûé, t les Dieux l'ont souffert pour te punir du crime

De Tauoir trop loué.

t vrayment il falloit que ce fust vn barbare i De raison depourueu,

DUT priuer son pays de l'esprit le plus rare Que Rome ait iamais veu.

t bien que la rondeur de la terre & de Fonde

Obeyt à sa loy, deuoit-il iuger qu'il n'auoit rien au monde Qui fust si grand que toy.

f Titre. NR porte de ses Metamorph. — 9. RPD, Il faloit que ce ftJst cruel, un barbare

Mais ni ton nom fameux iusqu'aux hors d'où l'Auror

Se leue pour nous voir, Ny tes iustes regrets, ny tes beaux vers encore 20 Ne peurent Témouuoir.

O combien s'affligea la Déesse d'Erice

Des plaintes que tu fis.

Et de voir vn Tyran faire tant d'iniustice 24 Au maistre de son filz !

On tient qu'à ton départ les filles de Mémoire

Se vestirent de dueil.

Croyant que ce mal-heur alloit mettre leur gloire 28 Dans le fond dVn cercueil.

Le Tibre, de regret quittant sa robe verte.

Publia sur ses bors, Qu'il n'auoit iamais fait vne si grande perte 32 Q^'il ^^ faisoit alors.

Et qu'il eut moins d'ennuy lors qu'en la Thessalie

La fureur des Romains Versa le meilleur sang de toute l'Italie j

36 Auec ses propres mains. ^

Ses Nymphes qui souloient s'assembler à la Lune

Pour chanter tes beaux vers, Le laissèrent tout seul, pour suyure ta fortune 40 Au bout de l'vniuers.

20. TM, DP, RPD, Ne peuuent... — 28. TM, fonds | RPD,| cercueil. — 37. RPD, qu'on voyoit s'assembler...

t ie crov qu'aussi-tost qu'en laissant son riuage

Tu te mis dessus l'eau, oy-mesme tu les vis durant tout ce voyage

Autour de ton vaisseau.

u ne les vis pas seul, les Scites qui les virent

En furent esbahis, : nous ont tesmoigné comme elles te suiuirent

lusques dans leurs païs.

Ijx qui n'ont rien d'humain que la forme de l'homme, I Les voyans en ces lieux,

royoient auec raison qu'on eust banny de Rome 1 Les hommes & les Dieux.

[: fut lors que leur ame autrefois impassible I Et sans nulle amitié,

oprit en leur escole à deuenir sensible , Aux traits de la pitié.

que leurs yeux nourris de sang & de carnage En se rendants plus doux 5 sentirent mouillez, & trouuerent l'vsage De pleurer comme nous.

Mme on vit qu'en ce temps leurs roches se fendirent

En t'oyant souspirer, qu'en s'amolissant leurs glaces se fondirent Afin de te pleurer.

D, leur pays. — 57. TM, de sang & de courage — 61. D, Mesme 3 mi qu'en ce temps les rochers se fendirent

Mais lorsque la pitié vit les roches contraintes

De prendre vn cœur de chair,

. Tu sceus qu'vn seul Auguste insensible à tes pleinte

68 En prit vn de rocher. m

Hé ! comment veux-tu donc qu'oubliant des exempi

Si pleins de cruautez, Nous vantions sa clémence, & lui donnions des temp" 72 Qii'il "'^ point méritez ?

Romps plustost les autels esleuez à sa gloire,

Et les employant mieux Oste luy le Nectar que tu luy faisois boire 76 A la table des Dieux.

Et n'attens plus de luy, ny de ton innocence

Ce que tu t'en promets, Aussi-bien le Climat où tu pris ta naissance 80 T'a perdu pour iamais.

Car les Dieux irritez ne se peuuent résoudre

De rendre ce bon-heur ^

A ce pays ingrat, plus digne de la foudre ~

84 Que d'auoir cet honneur.

On dit que l'Amour mesme en fut cause en partie.

Tant il eut de pouuoir.

Et qu'il vint tout exprès au fond de la Scitie 88 Te le faire sçauoir.

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