‹ uvres poétiquesChapitre 41 sur 79 · TM, Qui n'a point... — 83. TM, plus digne que la foudre · texte numérisé non relu

TM, Qui n'a point... — 83. TM, plus digne que la foudre

J qu'il estoit alors bien changé de visage,

Et de ce qu'il estoit, iand tu prenois le soing de luy monstrer IVsage

Des flesches qu'il portoit.

n'auoit plus ses traits, il n'auoit plus ses armes.

Son arc, ny son flambeau, îureux si simplement pour essuyer ses larmes.

Il eust eu son bandeau.

Û le vit-on iadis quand sortant de Cytere, 1 Ayant les yeux ternis,

E le poil tout poudreux, il vint trouuer sa mère I Qui pleuroit Adonis.

[luy qui sans pitié Feust peu voir de la sorte

!l Que tu le vis alors,

urroit voir d'vn œil sec le cercueil où l'on porte Son père entre les morts.

lis outre sa douleur en sa face despeinte

Qu'il ne pouuoit celer,

paroissoit encor' qu'vne secrette crainte

L'empeschoit de parler.

f se voyant nommer l'auteur de ta misère Il n'osoit t'approcher, ]: craignoit iustement tout ce que ta colère Luy pouuoit reprocher.

loo. TM, Qu'il pleuroit Adonis : RB, Que pleuroit.

Tu recognus sa crainte & luy faisant caresse

Pour chasser son ennuy, La pitié t'empescha d'augmenter sa tristesse 116 En te plaignant de luy.

Aussi ce doux accueil luy rendant le courage

Il reprint ses esprits, Pour te conter ainsy le suiet du voyage 120 Qu'il auoit entrepris.

Mon Maistre, te dit-il, sçachant combien ie t'ayme

Par zèle & par deuoir.

Tu peux iuger de Taise, & du plaisir extresme 124 Que i'ay de te reuoir.

Mais si ie viens si tard en cette solitude ■•

Où Ton t'a confiné |

C'est la peur seulement, & non l'ingratitude ^28 Qui m'en a détourné.

Car depuis ton exil tu m'as tousiours fait craindre

De m'approcher de toy.

Le Ciel m'estant tesmoin qu'il ne t'oit iamais plain( 132 Sans te plaindre de moy.

Comme si recherchant par vne plainte iniuste

D'auoir du reconfort.

Tu pouuois excuser la cruauté d'Auguste 136 Pour m'en donner le tort.

115. TM, La pieté t'empescha... — 122. TM, Par le zcle Se dé — 123. RPD, Tu iuges rie la ioye, & du

butesfois si tu crois la vengeance capable

D'adoucir ton ennuy, ne refuse point de me dire coulpable De la faute d'autruy.

Iais las ! si sans courroux tu vois dans mon visage ! Combien ie suis changé,

[jel tourment me peux tu désirer dauantage Pour estre mieux vangé ?

; te suffit-il pas de sçauoir que ma gloire,

Mourant de iour en iour, h reduitte à tel point que ie n'oze plus croire

D'estre encore l'Amour ?

l qu'ayant négligé durant ta longue absence

1' Les traits que ie portois,

tyant ce que ie suis, ie pers la souuenance

] D'estre ce que i'estois ?

vois que i'ay perdu les marques immortelles Que ie soulois auoir, ^que ie ne me suis reserué mes deux celles Que pour te venir voir.

^ pense pas pour tant que ces ruisseaux de larmes I Qui coulent de mes yeux,

[ vueillent coniurer de me donner des armes Pour aller dans les Cieux.

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