‹ uvres poétiquesChapitre 43 sur 79 · D, l'attend · texte numérisé non relu

D, l'attend

STANSES 1

CoGNOissANT vostrc humcur ie veux bien ma Siluie,

Que passant vostre temps I

Auec tous les Amants dont vous estes seruie '

4 Vous les rendiez contens.

La Mode de la Cour m'estant si bien cognuë,

Pourrois-ie auoir douté Ou'on peut viure en ce temps plus chaste et retenue 3 Auec tant de beauté ?

Fapreuue vos plaisirs & qu'il vous soit loisible

D'en iouyr bien à point, J

Car donnant tant d'amour il seroit impossible 12 Q^c vous n'en eussiez point. lA

Mais puisque ce péché point de blasme n'apporte

Quand on le cache bien, le voudrois seulement que vous fissiez en sorte i6 Oue ie n'en sçusse rien.

Titre. P a cette rubrique au-dessus du mot « Stanses » : Il permet à (lame d'en aimer d'autres que luy, pourueu qu'il n'en sçache rien. CS e^ RS inscrivent : Stances sur une jeune courtisane. — 3. CS, RB, don vous estes suiuie

7. DP, R 1627, etc., RB, Qu'on pût viure — 9. P, l'approuuc | Rj qu'il vous soit possible — 13. CS, puis que le péché — 16. P, sceussc

STANSES j-<»

Celle qui fait du mal se peut dire innocente

En le tenant caché Mais quand on fait du mal & qu'après on s'en vante,

Un fait double péché.

Ne vous vantez donc plus de ce qu'il faudroit taire

De peur dVn mauuais bruit Descouurant en plein iour ce que vous n'osez faire ^ Smon qu'en plaine nuict.

En le disant ainsi vous serez difFamée

Des contes de la Cour, Au lieu qu'en le taisant vous seriez estimée

De faire bien l'amour.

Faites qu'en vos façons on puisse recognoistre

^ Vn plus chaste entretien,

Lapparance y suffit, il faut feindre de l'estre. Et puis n'en faire rien.

Receuez tous les iours ce plaisir ordinaire

De quelque Amant discret Et cessans de le dire & non pas de le faire.

Tenez le plus secret.

A tous sales discours que vos lèvres soient closes ^ Et par vn geste feint, '

. S il en faut escouter faites changer en roses Les lis de vostre teint.

I i8. P, £n cachant son pcché, — 19.20. P,

Mais on fait double mal, quand d'Jn mal on se vante, Qui doit estre caché.

— 24. es, RB, Sinon en pleine nuit. — 20 RR FoV discours.. — 72 es RR Ï-. • ^* ' ^^''" 'î" «" vos

i^. »>-3, Kt5, tt puis n'en faictes n'en ^^ ne r>

quel amant — ^6. P Ten^-^ U ;., ~ ^'^' ^^^ ^^

jv- X , i enez ic leu secret.

Vn autre lieu requiert de ne faire pas conte

Des rapports dVn ialoux, Et quittant cet honneur chasser encor la honte 44 Bien loin d'auprès de vous.

Soubs les rideaux tirés ces paroles lassiues,

Ces ris délicieux, Ces contes affetez, & ces façons naïfues 48 Vous siéront beaucoup mieux.

Qu'alors autour de vous la chambre retantisse

De souspirs amoureux, Goustant ce que Tamour en ce doux exercice .2 A de plus sauoureux.

Ou'en serrant vn Amant dVne amoureuse estrainte

Sur vostre sein colé, DVn mignard tremblement on voye à chasque attainte ^ Vostre lict esbranlé.

Pour le moins, ma Siluie, en quittant vostre couche

Gardez que ce péché En vos libres discours par vostre propre bouche

Ne vous soit reproché.

Pourueu qu'on ne le sçache & que la renommée

Ne vous aille blasmant.

Soyez si vous voulez tout le iour enfermée

Seule avec vn Amant.

45. P, lasciues - 5°. P. CS, De baisers amoureux. - 55- P, cl^^<î« — 58. es, que le péché - 64. RB, Seule avec votre amant.

STANSES 155

Mais faignez d'estre chaste & ne faites pas^gloire,

De me sçauoir trahir, Me déclarant vn mal que ie ne veux pas croire S De peur de vous hayr.

Car i'enrage de voir quVn Page vous apporte

Si souuent le bon iour, Pendant qu'vn autre encor attend à vostre porte

De vous voir à son tour.

DVn despit bien ardent, il faut que ie Tauouë

le me sens embrazer, Voyant tous les matins encor sur vostre iouë

L'empreinte dVn baiser.

Vostre lit plus foulé qu'il ne deuroit paroistre

Pour n'auoir que dormy, Et vostre poil meslé me font trop recognoistre

Le ieu d'vn autre Amy.

Lors voyant loin de vous la honte estre bannie, le deuiens si ialoux " Que ie voudrois mourir, mais pour vous voir punie Ne mourir qu'auec vous.

65. RB, d'estre sage — 67. DP, R 1627 etc.^ RB, Me décelant vn

mal... — 72. P, Le petit mot d'amour. — 73. P, aduouë — 76. P,

r>La marque d'vn baiser. — "jj. P, Votre poil plus meslé qu'il — 79. P,

|£t vostre lict foulé — 80. CS, Les marques d'vn Amy. — 81-84. Cette

yttrophe manque dam P. On la trouve cependant dam tous les recueils imitations

amplifications de NR.

jr5 STANCES

Couurez bien vos amours, sans craindre que i'estime

Qu'on se doiue fascher, Ny que Ton puisse encor vous reprocher du crime gg Que vous pourrez cacher.

Que si ie vous surprens me faisant ceste iniure

Vn iour à Timpourveu, Soustenez qu'il est faux iusqu'à tant que ie iure -,, De n'en auoir rien veu.

Car alors reputant pour des songes friuoles

Tout ce qui sera fait, Et démentant mes yeux pour croire à vos parolles ç5 le seray satisfaict.

87. P, Et que l'on — 88. RS, pourriez — 95- RS, Et demendant mes yeux : P, desmentant

O Dieux ! qui vit iamais d'Amant si déplorable, Ny de SI rude essay dVne ferme amitié, Que celuy qui me rend d'autant plus m'iserable Que le me rends moy-mesme indigne de pitié ?

Car voyant tous les iours que la beauté que i'aime Fait dessein sur Aminte afin de l'engager, Au lieu de le chasser, ie le conduis moy-mesme 5 Et l'muite à me nuire au lieu de m'en venger.

Et par compassion voyant son ame esprise D'vn bien que ie pourrois luy faire abandonner, Pour^luy mieux tesmoigner que ie le fauorise, le m'en priue moy-mesme à fin de luy donner.

Las ! que croira l'Amour du tourment que i'endure Smon^que ceste feinte est vn crime en efFet, '

Et qu'en causant mon mal ie luy fais vn ini'ure D'auoir si mal vsé du bien qu'il m'auoit fait ?

Il le croira vrayment, voyant que ie désire Vn bien que sa faueur m'auoit fait acquérir, Et me reprochera de soufl^rir un martire Dont il auoit permis que ie peusse guérir.

S- DP, que la Belle que i'aime

j çg STANCES

Car en pouuant guérir ie fais tout le contraire, Et ce quVn autre Amant outré de passion Feroit par desespoir en semblable misère, 24 le le fay par respect, & par discrétion.

Mais après tant d'efForts la rage qui m'emporte En me comblant l'esprit de honte & de regret. Me blasme qu'en souffrant une douleur si forte 28 le me monstre insensible en faisant le discret.

Et qu'en cet accident si plein de violence. Et qui semble outrager ma fidelle amitié, Cet iniuste respect si plein de patience 32 Est digne de mespris plustost que de pitié.

Il est vray, mais ce mal est cause de ma gloire. Et bien que iustement ie m'en puisse douloir. Pour empescher ma plainte, il me suffit de croire 36 Que celle qui le veut m'oblige à le vouloir.

SONNET

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