TM, B, D, Pour reuoler aux Cicux
Car ie viens seulement en ce pays sauuage
Pour estre plus content, Et t'oster le désir de reuoir le riuage 164 Où le Tibre t'attent.
Mais Rome en t'oubliant se rend si fort ingrate,
Que les loix du Destin Te lairroyent plustost voir ou le Gange, ou l'Eufratç 168 Que le fleuue Latin.
Fay donc ce qu'il ordonne Se puisque c'est la France
Qu'il t'a voulu choisir, Permets que la raison t'oste la souuenance 172 De ton premier désir.
Et de fait qu'auiourd'huy la France est embellie
De tant de doux esprits, Oue selon ton mérite elle rend l'Italie 176 Digne de ton mespris.
C'est là que le Soleil ne voit point naistre d'homme
Que l'on puisse blasmer D'ignorer ce bel Art que tu monstrois à Romme 180 Pour sçauoir bien aymer.
165. TM, D, Mais Rome en te chassant s'est tant inontré ingrî^
— 170. ii^id. Qui t'a voulu... — 173-176. Dans RPD cette strophe rrtj la forme suivante :
N'est-ce pas auiourd'huy qu'on la voit embellie
De tant de beaux esprits Qu'elle peut beaucoup mieux que l'iniustc Italie
Te donner ton vray prix .-'
— 173. RB, Et de fait auiourd'huy...
jcut cœur est si sensible & leur ame si prompte
A receuoir ma loy, Qu'ils me font desdaigner les Autelz qu'Amatonte
A veu faire pour moy.
!^es Dames d'autre part y sont si bien pourueûes
De grâces & d'apas, Oue mesme allant au Ciel après les auoir veiies
Le Ciel ne me plaist pas.
t^ais entre ces beautez tu verras aparestre Ce bel Astre Lorrain, Due la France adora quand elle le veit naistre
(Sur les riues du Clain.
. Foy mesme en regardant ceste belle RENEE I Oui n'a rien de mortel,
Fu pourras auoûer que la ville d'^î^née i N'eut iamais rien de tel.
Telle estoit ta Daphné quand tu la fis si belle
Que son œil me rauit, it força le Soleil de courir après elle
Aussi tost qu'il la vit.
\ussy quand ie la voy son bel œil me consume,
Et me semble si beau, '^ue pour le voir tousiours i'ay perdu la coustume
De porter mon bandeau.
[C'est elle qui respand dessus les hors de Seine
Cette douce poison Qui se coule dans l'ame, & luy fait prendre en haine | 208 Les loix de la raison.]
Mais la rare beauté dont elle est si vantée
Par tout cest Vniuers, Ne se verra iamais bien dignement chantée 212 Si ce n'est par tes vers.
Quitte donc tes Romains que ton ame charmée
Ne fait que souspirer, Pour voir ceste Princesse à qui ta renommée 216 Te fait tant désirer.
Va trouuer les François où le Destin t'appelle
Pour finir ton malheur, Et quitte de bon cœur ta langue maternelle
Pour apprendre la leur.
Cependant RENOVARD t'ofFrant vne retraite
En ce lieu bien-heureux, Te promet sa faueur, & d'estre l'interprète 224 De tes vers amoureux.
C'est celuy dont la plume auiourd'huy me fait croire
Qu'il eust eu soin de moy.
Si le Ciel qui t'auoit reserué cete gloire 228 L'eut fait naistre auant toy.
205-208. Cette statjce ne figure pas dans les recueils (NR, DP, R, CM) En revanche elle figure dans toutes les éditions de TM et dans B, D. — 219. RPD, Et quitte sans regret ta langue maternelle
It que pourras tu craindre ayant la cognoissance
DVn Esprit si parfait, Lt pour qui les neuf Sœurs se plaisent plus en France
Qu'elles n'ont iamais fait ?
I^insi disoit l'Amour, quand tu luy fis responce
Que n'ayant plus de chois Vu suiuois le Destin, & la douce semonce I D'vn peuple si courtois.
^ien donc heureusement acquiter ta promesse
Où la France t'attant, Lt ne diffère plus de voir vne Princesse
Qu'Amour te loUa tant.
îens voir tant de beautez, dont le Ciel qui l'adore
A voulu la douer, 'our les loUer toy-mesme & pour m'aprendre encore Comme il les faut loiler.