CLORIS SE DEFFENT CONTRE DORINDE I
le mal qu'il t'a fait & dont ie te voy plaindre En t'en prenant à moy fa feit haïr sa flame, & m'a tousiours fait craindre De tomber sous sa loy.
lec de tels discours pouuant finir sa peine
S'il eut voulu guérir, luy pensois oster ceste espérance vaine
Qui le faisoit mourir.
lis il croyoit qu'amour ayant sur moy victoire
Le secourroit vn iour, moy d'autre costé ie ne pouuois pas croire
Qu'il deut mourir d'Amour.
si n'aurois-ie point de blasme de sa perte S'il eut creu mes propos, t ceste place icy ne seroit pas ouuerte Pour receuoir ses os.
lasmez donc Alcidon de sa perseuerance
Sans m'en donner le tort, pgnoissant sa folie en sa longue constance
Aussy bien qu'en sa mort.
t l'accusant tout seul de la fin de sa vie
Qu'on me veut reprocher, achez qu'aux furieux la mort est vne enuie
Qu'on ne peut empescher.
91. R 1642, la flame | P, M'a serui de conseil pour m'aduertir de lindre — 103. R 1642, Car cette place — 105. P, de sa longue impruace — 107. P, Cognoissant son erreur en sa folle constance — 109-1 12.
Cette strophe manque. — 109. DP, Et l'accusons
Par l'aide de Venus vn Amant vit vn iour L'Idole qu'il aymoit dans son lit animée, Au contraire ie voy par le courroux d'Amour 4 Ma Fillis toute viue en rocher transformée.
Son cœur sembla tousiours vn rocher en rigueur, Mais ceste dureté dans ses membres infuse En gaignant tout son corps s'escoula de son cœur, 8 Son cœur contre elle-mesme estant vne Méduse.
Ou ie croy que l'Amour de mes pleurs se seruant, Et les rendant pareilz à ces eaux d'Eurimene Qui changent en cailloux ce qu'elles vont lauant, 12 Se soit ainsy seruy de mon mal pour sa peine.
Car autrement son cœur s'amolissant vn iour Se fust laissé gaigner par ma perseuerance, Si contre tous les traits que luy tiroit Amour i6 Sa seule dureté n'eust esté sa constance.
le sçay que l'action & l'apparence aussi i
Peuuent faire douter qu'elle soit vne Idole, Mais comme on l'oit parler, les Rocs parlent ainsi, 2o Le bruit Se l'air frappé leur donnant la parole.
[e ne m'estoniie point quand ie la vois marcher, \ cause que ie sçay que dans la mer profonde riphis vit autrefois mouuoir vn grand rocher 3ui choquoit les vaisseaux & couroit dessus l'onde.
I^omme dans son visage au lieu de deux beaux yeux 3n voit des feux ardants où se bruslent nos âmes, '\insi dans la Sicile on voit en diuers lieux \u sommet des rochers luire de grandes flames.
[}omme sur les rochers on voit naistre des fleurs \insi de mille fleurs on voit sa face pleine, it ses beaux yeux encor' se fondre tout en pleurs !3omme on voit d'vn rocher couler vne fontaine.
)a bouche a les deux bords de corail rougissant, Lt dessus son beau sein la neige est releuée, ^insi sur les rochers le corail va croissant, ^insi sur les rochers la neige est conseruée.
Laissant donc les raisons que ie pourrois chercher ?our prouuer ce miracle aduenu de nostre âge, .1 suflit de sçavoir qu'elle fut vn rocher !^ntre qui sa rigueur me fit faire naufrage.