Texte : belles
Et telle que dans vn nuage Qui la couuroit toute à Tentour, A regret faisant son voyage L'Aurore ramena le iour,
235 Lors qu'en ceste iniuste querelle
Où pour vne femme infidelle Les Troyens furent deconfis, Toute pasle, Se toute changée Elle eut veu les bords de Sigee
240 Tous rouges du sang de son fils.
Les Grâces toutes désolées De voir vos plaisirs au cercueil, Seroient paintes décheuelees Auec de longs habits de dueil :
2AC Les Amours pleurans auec elles,
Et s'arrachans toutes leurs aisles Prés de vous seroient peincts encor',
^ Et de vos larmes respanduës
Trop belles pour estre perdues
250 Ils rempli roient des vases d'or.
La pauure France en agonie, Pourtraite en ce mesme dessein, D'vn teint de mort toute ternie Auroit vn couteau dans le sein,
2 et Les yeux mourans, la bouche perse,
On la verroit à la renuerse.
Aussi loing d'espoir de salut Qu'elle estoit, lors que sur sa riue Le Clain la vit presque captive
260 Perdre le meilleur sang qu'elle eut.
Mais bien qu'on la peut croire morte Selon tout iugement humain, le voudrois pourtant faire en sorte Qu'elle vous peut tendre la main, Et vous donner quelque asseurance De ceste infaillible espérance Qu'elle auroit de pouuoir guérir De ceste blesseure mortelle, Pourueu qu'ayant quelque soin d'elle Il vous pleust de la secourir.
Hé ! que pouuoit-elle mieux faire Sentant desia faillir son poux.
Et qu'elle auoit le sort contraire Que recourir du tout à vous, Qui par vn miracle visible Auez fait, que tout inuincible De sa cheute se releuant A la façon de quelque Anthee, On la voit aussi redoutée Comme elle estoit auparauant ?
Car il est vray que nostre histoire Ne sçauroit auecque raison Vous refuser l'entière gloire De son entière guerison, Ny taire d'vn iuste silence Que c'est vostre seule prudence Qui retient encor' dans les fers Les sanglans Démons de la guerre.
Qui pour désoler nostre terre Se déchainoient dans les Enfers.
Aussi ne le peut elle taire, Au contraire elle dit par tout Que c'est vostre soin tutelaire Qui tient cet Empire debout,
295 Et qu'à vostre seule requeste
La faueur du Ciel toute preste De complaire à vos volontez, Désormais ne lairra plus luire Tous les Astres qui peuuent nuire
300 Au cours de nos prosperitez.
Face le Destin fauorable Qu'vn si grand bon-heur espéré, Par vne issue indubitable Rende vostre Nom adoré,
305 Et qu'en la bonace asseuree
D'vne Paix de longue durée, Le François doucement nourry Esgale vn iour sans manterie La Régence de sa MARIE
310 Au règne de son grand HENRY.
Ainsi par la bouche des hommes Receuant des vœux Immortels, Puissiez-vous au siècle où nous sommes Toute seule auoir des Autelz :
315 Ainsi le Temps puisse sans cesse.
Par vne Immortelle leunesse Conseruer la pure blancheur De ce beau teint, où dans la nege Les Roses ont le Priuilege
320 De se nourrir en leur frescheur.
Ainsi tousiours dVn soin propice Puissiez-vous voir les Elemens Conspirans pour vostre seruice Obeïr à vos mandemens, Et sans que rien vous importune, Tenant la mauuaise Fortune Dans vne éternelle prison, Rendre vostre gloire si grande Qu'à tout iamais elle commande Dessous Tvn Se l'autre Orison.
CHANSON
Si c'est vn crime que l'aymer L'on n'en doit iustement blasmer Que les beautés qui sont en elle, La faute en est aux dieux Qui la firent si belle :
6 Mais non pas à mes yeux.
Car elle rend par sa beauté Les regards, & la liberté Incomparables deuant elle.
La faute en est aux dieux Qui la firent si belle :
12 Mais non pas à mes yeux.
i & 2. Biùl. Nat., Ms. 12724//-. —
Si c'est vn Crime de l'aimer
Il n'en faut j justement blasmer
On n en doitj
2. AC porte : L'on en doit. Le sens exige la particule négative, qui
nous trouvons du reste dans les deux autres recueils qui reproduisent c, couplet. RECUEIL 1680, On n'en doit — 4. Nous rejetons les -vers /ormatt. refrain vers la droite avec le recueil de 1680. — 6, 12, etc. recuiii 1680 et Ms. cité. Et non pas à mes yeux.
7-12. Dans le recueil de 1680 — le seul des recueils poétiques outri AC qui contient cette chanson — la deuxième strophe manque.
^ Sur cette chanson voir Introduction, pages xxxii, xxxiv, xxxîx et xl
CHANSON 197
le suis coupable seulement D*auoir beaucoup de iugement Ayant beaucoup d'amour pour elle.
La faute en est aux dieux
Oui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.
Qu'on accuse donc leur pouuoir, le ne puis viure sans la voir, Ni la voir sans mourir pour elle.
La faute en est aux dieux
Qui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.
AV BERGER SIREINE
C'est trop celé les traicts piquans Qui te blessent depuis cinq ans Par Foubly de ton infidèle, Ton silence accroist ton malheur, Pourquoy caches-tu ta douleur Si tu l'aimes pour l'amour d'elle ?
Muet tu te laisses brûler Voulant encor' dissimuler De sentir le mal qui te touche.
Craignant qu'en souspirant vn peu Dans toy ne s'esteigne ton feu En luy donnant air par la bouche.
Aussi n'as-tu versé tes pleurs Afin qu'Amour vit tes douleurs, Bien plustost par la seule craincte Que dans toy leur humidité.
Comme contraire qualité i8 Ne rendit ceste flamme esteincte.
17, Le texte porte : constraire
^ Pour les œuvres d'écrivains du temps dont les dix pièces suivantes sont tirées, voir la Bibliographie, pages xxxvi et xxxvii. I
AV BERGER SIREINE I99
Erreur contraire à ce dessein, Car voulant garder en ton sein Par ta foy ta flamme immortelle, Tu Testeins par ta propre foy, C'est la laisser mourir par toy Que te laisser mourir par elle.
Commence donc de souspirer, Sireine, pour luy donner air Sans auoir craincte de l'esteindre, Plains-toy cessant de tant pleurer, La foy t'ayant faict endurer, La raison t'en doit faire plaindre.
Si l'Amour eut deu voir ton mal.
Mieux qu'en tes pleurs ton cœur loyal Eut desia peu luy faire apprendre.
Mais aueugle il ne peut sçauoir Ce qu'en tes pleurs il ne peut voir Si ta voix ne luy fait entendre.
Ne crains point. Berger, qu'auiourd'huy Tes souspirs n'aillent iusque à luy, La pitié t'oste ceste craincte.
Et croy qu'oyant ton amitié L'Vniuers esmeu de pitié Se fera l'Echo de ta plaincte.
le sçay qu'Amour em-malicé De mille flesches t'a percé, Tes blessures me l'ont faict croire, Mais tous les traicts de ton malheur Qui t'ont causé tant de douleur, 48 Seront seuls les traicts de ta gloire.
Car le fer de ces Traicts poinctus Au Ciel grauera tes vertus, Le Bois prenant fueilles nouuelles S'ira changeant en lauriers verds.
Et pour voler par l'vniuers 54 Les Empennons seront tes ailes.
LE BERGER PHILENE A MONSEIGNEVR D'VRFÉ
SoucY du Ciel, cœur généreux, Oui dans ces beaux vers amoureux Fais plaindre le Berger Sireine, Ces vers rendent son mal si doux QuVn chacun peut estre ialoux De n'auoir enduré sa peine.
Pour m'esiouyr en mon tourment,
le vay quelquesfois présumant
Qu'en ces vers tu m'as voulu peindre,
Et m'estime bien fortuné
Du mal que l'Amour m'a donné
Puis que par eux ie puis m'en plaindre.
le me pense heureux auiourd'huy De ce qu'il m'a tant faict d'ennuy Pour vne infidèle que i'aime, Et parmy mes malheurs diuers l'aime tant ma peine en ces vers Que pour eux ie l'aime en moy-mesme.
Aussi dans ce triste discours Il m'y semble voir mes amours En Poubly de ma belle ingratte, Ce m'est trop de presumption, Mais las ! en telle affliction 24 Permets moy qu'ainsi ie me flatte.
l'y voy Sireine plein de foy, Non pas plus fidèle que moy, l'y voy son cœur remply de flamme, Le mien est autant enflammé, le l'y vois encor bien aimé, 30 le le fus autant de ma Dame.
Tout dVn coup il est affligé, le fus tout de mesme outragé.
Oublié de celle qu'il aime.
Pareil subiect de mes ennuis.
Et bref ce Sireine ie suis 36 Autant que Sireine luy mesme.
le me mire en luy cependant Que ie vay le iour attendant.
Car pour accuser la meurtrière Qui fut aueugle à mes amours, Et mit en ténèbres mes iours, 42 le verray bien tost la lumière.
LE BERGER PHILENE A MONSEIGNEVR dVrfÉ 2O3
Lors ceux qui verront mes tourmens
Nous Jugeront égaux Amans
En subiect, ainsi qu'en martyre,
Et que l'esgalant en malheur,
Vray compagnon de sa douleur, ^
le ne luy cède qu'en bien dire.
En ce poinct il fait mieux que moy.
Mais ce bien-dire vient de toy, De toy l'Apollon de nostre aage :
Que Sireine est heureux Amant, Puis qu'Apollon plaint son tourment Quand le traict de l'Amour l'outrage.
[A lEAN AVBERRI