‹ uvres poétiquesChapitre 72 sur 79 · B, D, haleine : E porte haine · texte numérisé non relu

B, D, haleine : E porte haine

le me figure ton trépas Et me semble voir ton courage, Luitter avec tes foibles bras, 44 Contre la fureur de Forage.

le croy que tu disois tousiour, O Mer rends ta rage moins forte :

Mon cœur est la nef de l'amour, 48 Adore le Dieu que tu porte.

Voudrois tu cruel Elément En te monstrant ainsi contraire Perdre au mesme gouffre Fenfant 52 Dont tu as fait naistre la Mère ?

Sauuez ces brandons amoureux, Saincts chœurs des Deitez marines ?

Depuis quVn iour les mesmes feux c6 Peuuent eschaufFer vos poitrines.

Alors inexorable mer N'ayant ny des yeux, ny d'oreilles :

Tu ne voulus point calmer, 60 Pour tant d'amoureuses merueilles.

Ains aueugle à ses deux ruisseaux Et sourde à son dernier langage.

Tu perds ses pleurs dedans tes eaux, 64 Et sa voix au bruit de l'orage.

Ainsi trahissant mon espoir, De Pinconstance de ton onde ; Tu faits vn iniuste manoir, Au plus constant amant du monde.

Mais, que nous vas tu séparant, O mer, si l'amour nous empare ?

Ou, pour quoy nous serre tu tant Amour, si la mort nous sépare ?

Non, non, fay parade à noz yeux, O mer dVne infâme victoire :

Amour portera dans les Cieux, L'heur de nostre innocente gloire.

Borne ça bas noz ieunes ans O mer, contre nous animée :

Amour sur les aisles du temps, Estandra nostre renommée.

Bref figure nostre malheur, Sur ton foible Tableau de verre :

Amour engrauera nostre heur :

Au plus fort airain de la terre.

Ainsi par les flots trop osez Nous serons soubs Tonde mortelle Et par ceux d'amour opposez, Nous entrerons dans ta nacelle.

Semblables à ce matelot Qui courant ton humide empire Fut précipité par vn flot, 92 Par l'autre remis au Nauire ;

En vain doncques toy, & le sort, Vous armez pour nous de furie : k

Leandre m'a donné sa mort 96 Et ie luy donneray ma vie.

Immortel Phœnix des amans, Approche tes closes paupières j Faits naistre des rayons viuants 100 Dedans mes mourantes lumières.

Brusle le bûcher de tes os, Au Soleil que ton Ame adore ; A fin qu'en dépit d'Atropos, 104 le te puisse baiser encore.

Bref, renouuelle ton ardeur.

Dans cête flame non commune Faits vn prodige de bonheur, 108 Du monstre de ton infortune.

Mais las ! suis-ie aueugle à mes maux ? Suis-ie insensible à ses attaintes ?

Flattant mes asseurez trauaux 112 Auec des prosperitez faintes ?

Faire naistre Leandre mort, Sont ce pas des vœux téméraires ?

L'arrachant des mains de la mort, Par des efFects Imaginaires ?

Accuser la mer, & les vents, Excuser l'amour, & l'orage ; D'où s'originent mes torments, N'est ce pas chérir mon dommage ?

O Dieux ! qui aviez fait pour nous L'heur d'vne si belle aduenture :

Pourquoy si tost le portez vous.

Du berceau à la sépulture ?

Vous pouuiez donner présageant Le naufrage de ma fortune ; Ou plus de crainte a mon amant.

Ou moins de courage à Neptune.

Pendant qu'elle parloit aux Dieux, Amour d'vne façon diuine, Faict sortir vn nil de ses yeux, Vn mont Gibel de sa poitrine.

Ce fleuue va noyant sa voix.

Et ses yeux s'embrasent d'enuie :

D'aller toucher avec ses doigts.

Si ce beau corps n'a point de vie.

Alors portée de fureur, Les créneaux de la tour eschelle :

Cherchant à dessain la hauteur, 140 Pour rendre sa cheute immortelle.

Ou bien peut estre qu'à son tour Elle veut qu'en la terre ronde, Le miracle de son amour, 144 Paroisse aussi bien que dans l'onde.

Montée donc sur cet Autel, Son cœur faict le dernier office ; Quand auec vn dueil immortel, 148 Acheue ainsi son sacrifice.

O mer, cache mes membres morts, O Ciel, monstre ma viue flame.

Et toy Leandre de ton corps, 152 Faicts vn sépulcre de mon Ame.

Haletant ces derniers sanglots Comme elle eust la teste baissée :

Sauta pour amour dans les flots 156 Auant que la mort l'eust poussée.

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