‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 112 sur 117 · L^ESCALADE. 3O · texte numérisé non relu

L^ESCALADE. 3O

Quand mon regard les perd sous le taillis plus noir, Je les devine encore en cessant de les voir.

Voici qu'un vent rapide écarte un peu les branches : Le vert sombre des houx trahit leurs vestes blanches Un rocher, par moment, me les cache, et soudain J'ai revu, bondissants, le chevreuil et le daim. On s'arrête ; et vers moi, durant la courte étape, Prompt à me rassurer, un long hourra s'échappe. Et j'applaudis, heureux témoin de leur essor; Et du fond de mon cœur je les exhorte encor.

Courage ! enfants, montez où je ne puis atteindre ! J'ai fait ce que j'ai pu, j'ai montré le chemin ; Je suis las, l'heure approche où mon feu va s'éteindre ; C'est à vous de me tendre une vaillante main.

C'est à vous d'emporter mon âme sur vos ailes. D'annoncer une aurore au soir qui va finir ; C'est par vous, par vos yeux, ô mes oiseaux fidèles, Que mes yeux et mon cœur plongent dans l'avenir.

A vous voir sur ces monts, souples, joyeux, alertes. Altérés d'inconnU) fuir à travers les bois.

Je sens, avec l'air vif de ces cimes désertes, Courir dans mon vieux sangles ardeurs d'autrefois.

]0^ LE LIVRB d'un PÈRE.

Ma feunesse rcYient, mais sereine, apaisée ; C'est la même chaleur avec un jour plus pur, C'est un ciel à midi, s'humectant de rosée, C'est l'arbre encore en fleur couronné de fruit mûr.

Un flot de TÎe en moi de partout s'insinue, Comme un présent du ciel et comme un don de vous ; Je sens, de ma saison tout à coup revenue, La Yerdure aussi fraîche et le parfum plus doux.

Quand le chêne au tronc creux n'a d'entier que l'écorce,

Ainsi l'abeille y fait sa divine liqueur ;

Il sera consolé d'avoir perdu sa force...

Le chêne, au lieu de sève, a du miel dans le cœur.

Volez donc, posez-vous sur toutes ces merveilles. Sur ces fleurs des hauts lieux qui vous restent ouverts, C'est de vous que j'attends, ô mes chères abeilles, La sève de mon âme et le miel de mes vers.

Allez sur les sommets d'où la clarté ruisselle. Cueillir plus haut que moi votre part d'idéal ; Emportez de ces bois quelque vertu nouvelle.

Pour en fiiire aux aïeux un tribut filial.

Chantez, jeunes oiseaux, le chêne va se taire! Ce qu'ébauchait ma vie, à vous de le finir.

Puisse grandir en vous notre âme héréditaire. Et mon père, attendri, par vos mains me bénir.

Que m'importent mes jours si près de disparaître, Enfants, mes seuls objets d'espérance ou d'effroi!

i'bsgaladb. |0S

J'aime en vous l'avenir, tous ceux qui doivent nahre Et tous ces morts sacrés que je sens vivre en moi.

De ma mère aux doux yeux vous Ctes le sourire, A travers nos soucis, la grâce et le bonheur ; Sang de l'auguste aïeul qui se plut à m'instruire, Vous êtes le devoir et vous serez Thonneur.

Marchez donc vaillamment pour que je me repose, Et partis de la pierre où lassé je m'assieds, Parvenus sur ce pic baigné de vapeur rose, Voyez-moi de bien haut et dans l'ombre à vos pieds.

Que cet âpre sentier sourie à votre audace f Prenez pour but ces lieux d'un difiScile accès, Où les intérêts vils n'ont pas marqué leur trace. La gloire est dans l'effort. Qu'importe le sucent I

Le pèlerin d'en haut souvent tombe ou chancelle ; Il se heurte, il se brise à l'obstacle maudit; Mais, tandis que son corps s'use à la rude échelle, Son esprit la dépasse et son âme grandit.

Montez dans la douleur, sûrs de la récompenK ; Quand le but invoqué s'enfuirait devant vous, Vers le faite entrevu de tout homme qui pense^ Montez d'un pas plus ferme et plus hardi que aouf «

Saisissez donc, enfants, ce flambeau de la vie ; Tandis que les vieillards se querellent entre eux, Partez, jeunes coureurs, purs de crainte et d'envie. Éclairant sous vos pas l'avenir ténébreux.

Page 1