‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 2 sur 117 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

« Si l'on peut des moissons augurer les vendanges. L'année aura rempli nos celliers et nos granges, Et — narguant le dicton — quoique riche en beaux foins. En beaux blés, en beaux fruits, ne le sera pas moins. Voyez mes quatre chars ployant sous leur faix d'herbes !... Et les seigles voisins sont déjà mis en gerbes. Et sur la li^e épaisse et haute du froment L'épi laiteux et vert s'incline pesamment.

Dans la vigne, à nos pieds, se montrent, par centaines, Les promesses des ceps, hélas ! trop incertaines ; De noyaux duveteux les pêchers sont couverts ; Mes jeunes cerisiers sont plus rouges que verts.

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Chère vigne ! c'est moi, tout scuf, <^î l'ai plantée !

Si yoas les aviez vus, du bas de la montée,

Mes pêchers, en avril, par un jour de soleil!

Le sol gris en était tout jaspé de vermeil.

Pour admirer ce champ, qui brillait entre mille,

Chaque samedi soir, au retour de la ville,

Pernette m'arrêtait, là-bas, sur le sentier

D'où l'on voit le manoir et le domaine entier.

Car j'ai su m'arrondir ma petite province.

J'y suis maître, et j'habite au milieu, comme un prince,

J'ai tout ce qui s'étend de la vigne au ruisseau :

Ces trèfles, ces froments, ces prés bien pourvus d'eau,

Ces chanvres près du bord courant le long des aunes,

Et là-haut, sous les pins, ces seigles déjà jaunes.

Ma forêt qui verdoie, au nord de la maison.

Avec ces rochers noirs finit à l'horizon.

Jadis un taillis maigre, un fourré de broussailles,

Prolongeait au couchant le bois jusqu'aux murailles ;

Que j'ai mis là d'argent, de sueurs et d'ennui !

Mais cent tonneaux de vin en coulent aujourd'hui,

£t ma vigne, si haut sur les monts reculée,

Y miirit sans subir ni brume ni gelée.

Tant l'héritage entier, sur un sol attiédi,

Reçoit uo bon soleil du levant au midi. »

Ainsi parla, joyeux de lui vanter sa terre, Le père de Pernette à la mère de Pierre ; Autour d'eux, les parents, les voisins familiers, Montaient vers la maison le long des grosdllert.

Et, disant ce qae tooa avaieat dans la pensée, La mèn du garçon vantait la fiancée :

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