VI. Il
82 PERNBTTE.
Sera percé du fer comme ce Dieu lui-même!
Ua soldât agit bien, qui meurt pour ce qu'il croit, Qui s'arme faible et seul pour l'honneur et le droit, S'arrache pour combattre à ses moissons prospères, Et frappe l'agresseur du tombeau de ses pères. Pourquoi ce noble orgueil verse- t-il tant de sang, Tant de sang inutile et surtout innocent?
Dans la plus juste caus?, il faut être économe Des morts et des terreurs et des larmes de l'homme, Et ne porter de coups que dans les rangs épais, De ces coups forls et sûrs qui décident la paix. Qu'importe à tout l'État que notre humble village Ait, à l'écart, son jour de gloire et de carnage ? Tout se décide ailleurs! Et nous avons frappé Un hôte indifférent, pour une nuit campé.
Qui dans nos champs a peine eût laissé quelque ornière Disparue au matin sous l'herbe printanière.
Qui sait, après ce coup de ton bras généreux. S'ils ne reviendront pas irrités et nombreux, Craignant l'exemple, ardents à l'effacer bien vite. D'autant plus forts, hélas ! que nul ne nous imite ? »
Prompt à juger les cœ jrs d'après son cœur vaillant, Pierre étendit la main et dit en tressaillant. Comme s'il engageait le sol par sa promesse Et s'il prêtait serment pour toute la jeunesse :
(( Tous feront comme nous, cher pasteur, je le sais !
Tous ont frémi de voir souiller le sol français.
Chacun se lèvera qui peut tenir une arme !
Nous avons ce matin poussé le en d'alarme.
Et, des plus hauts clochers jusqu'aux plus humbles toits ^
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Le vigilant honneur l'a répété cent fois.
Nul n'accepte ce joug, ne veut, plus que moi-même,
Voir sa ville et sa mère et la vierge qu'il aime
Servir docilement le barbare odieux,
Et s'allumer pour lui le foyer des aïeux.
Non ! La cité, les champs, ces bois dont j'ai le culte,
Du pas de l'étranger rejetteront l'insulte.
Le sol tremble! Et, plutôt que souffrir cet affront,
Les monts d'où je descends sur nous s'écrouleront.
— Amis, dit le docteur à la franche figure, Gai convive, toujours, et favorable augure.
Pas de si noir présage, assez de grands combats ! Tout va plus simplement aux choses d'ici-bas. Moi, j'en lève la main, sans me croire prophète, La paix entre les rois, la paix est déjà faite. J'ai comme vous l'horreur du soldat étranger; Mais nos coups de fusil n'y peuvent rien changer. Qu'un paysan de plus se révolte et qu'il meure. Nos destins, malgré nous, sont réglés à cette heure. Donc, plus de ces terreurs et de ces fiers courroux ! Nos vaincus, j'en suis sûr, ne songent plus à nous, Et tout le régiment, replié sur la ville.
Les chefs étant d'accord, y va dormir tranquille. Faisons comme eux ! Et puis, de la même façon, Célébrons les exploits de ce vaillant garçon Qui rentre, aimé de tous, dans son pays en fête, Et par droit de naissance et par droit de conquête. Puis, comme tout roman, dès lors qu'il finit bien, Se clôt par un hymen où l'on n'épargne rien.
Prodiguant les lauriers, les myrtes en trophée. Marions dès ce soir le prince avec la fée. »
On sourit : la ga!té du rayonnant vieillard S'insinuait au cœur avec son franc regard :
Et l'on accepta vite, après tant de secousses, Le repos de l'esprit sur ces images douces.
Ainsi, dans les douleurs, prompte à se décevoir, L'âme aspire ardemment une lueur d'espoir, Comme la fleur trempée un rayon qui Pessuie, Comme la terre sèche une goutte de pluie, Après ce long exil, l'un près de l'autre assis, Ces braves gens voulaient oublier leurs soucis : Les amis retrouvés avaient tant à se dire !
On avait tant pleuré, qu'il fallait bien sourire !
A son grave discours, le prêtre aux cheveux blancs N'ajoutait que des mots tendres et consolants. Tel, sous un front serein rêvant au sort contraire, Au milieu de ses fils, heureux de les distraire, Gardant pour lui tout seul, dans le joyeux manoir^ L'austère ennui du doute et le soin de prévoir. Propice à tous les jeux, de sa voix douce, un père Leur montre à l'horizon quelque étoile prospère ; Tel l'aimable curé, sans donner de conseil, Prenait sa bonne part de ce jour de soleil.
Mêlant aux longs espoirs quelque sage pensée, Et louant tour à tour Pierre et la fiancée.
Mais, tout en le gardant sur ce sentier fleuri, Le bon pasteur tremblait pour son troupeau chéri. A ses yeux prévoyants l'horizon restait sombre;. Proche ou lointain, l'orage était là-bas, dans l'ombre, Et malgré lui, hanté de lugubres tableaux,
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Son cœur rêvait àe guerre et de hasards nouveaux. L'homme de noble sang applaudissait ; le prêtre Se répétait an fond les paroles du Maître :
(( Qui du glaive se sert, par le glaive périt. 1» Et le doute anxieux rentrait dans son esprit. Tremblant des fiers desseins de ce fils de son âme, A ses propres leçons il en jetait le blâme, Et sentait à la fois l'orgueil et le remords De l'avoir fait pareil à nos pins vaillants morts.