X.E8 NOCES. III
La terre, à larges flots, exhalait autoar. d'eux L'âpre encens du genièvre et des pins résineux, Et mille odeurs des buis et des fleurs d'humble taille Sous les pieds des soldats broyés dans la bataille, Et qui, pareils aux cœurs tendres et gémissants, Plus ils sont écrasés, plus ils donnent d'encens. L'air, vaguement chargé de soufre et de salpêtre, Fumait encore autour des longs taillis de hêtre. Attestant, sous le ciel paisible et radieux.
Les noirs combats de l'homme à travers ce beau lieu
Autour des fiancés le groupe so resserre;
Les fronts plus tristement se baissent vers la terre.
Mais, sur le vœu qu*émet le chaste bien-aimé,
On observe pour lui le rite accoutumé.
Le poêle nuptial, formé de branches vertes,
Tient d'un pudique abri les deux têtes couvertes ;
Le prêtre unit les mains des pâles amoureux ;
Le verset solennel est récité sur eux,
Et l'époux à l'épouse, en se penchant vers elle,
A du mystique anneau mis la chidne éternelle.
Puis le guide sacré, comme en face du port, Exhorta cet amour plus puissant que la mort :
« Renoncez vaillamment au songe de la vie, Du véritable hymen la mort sera suivie :
Enivrés l'un de l'autre en un monde plus beau, Vous l'irez consommer au delà du tombeau; Vous n'en tarirez pas les douceurs infinies ; Dans leur vol immortel vos ftmes sont unies ; Et, rentrés à jamais dans le pays natal.
Vous trouverez en Dieu votre lit nuptial. »
Un silence profond suivit ces mots du prêtre ; Les pleurs même cessaient, hélas ! prêts à renaître ! Les amants, les époux, dans leur rêve exaucés, A la face du ciel se tenaient embrassés.
Et, de leur chaste oubli respectant le mystère. Les yeux se détournaient du couple solitaire. Eux, sans rien voir, perdus et seuls dans l'univers, S'étreignaient, s'appelaient de mille noms divers. Comme deux pâles fleurs que nul soleil n'essuie Se collent feuille à feuille à travers une pluie. Leurs visages, leurs mains, leurs lèvres sans couleur Se joignirent longtemps, cimentés par les pleurs. Leurs larmes, en tombant, qui se confondaient toutes, Sur leurs cheveux mêlés roulaient en mêmes gouttes.
Tels furent, ici-bas, sans autre lendemain, Le salut et l'adieu de ce funèbre hymen.
Les amis, cependant, comptaient chaque minute. Croyant venu l'instant de la dernière lutte.
La mère avait saisi la main de son enfant; Les soupirs du jeune homme allaient en s'étouffant, Et, dans ses yeux, semblait s'éteindre avec la fièvre Le regard... La parole hésitait sur la lèvre. Cet assaut de la mort sur le vaillant blessé Par son sang vigoureux fut encor repoussé; Il mil son autre main dans la main de sa veuve, Et dit à haute voix, sans fléchir sous l'épreuve :
« Sois béni Dieu, vers qui je m'en vais sans effort,