VI. i
Ij8 lE LIVRE d'un père.
Et mets ma tasse de tilleul Près de moi sur la cheminée.
Reste assis là, sur mes genoux ; Laisse chômer ton écritoire.
Causons tous deux, embrassons-nous ; Chacun contera son histoire.
Dis-moi nos courses d'autrefois, Tes frais souvenirs de campagne ; A t'entendre parler des bois Je me croirai sur la montagne.
Je reverrai Tazur du ciel, L'émail des prés dont Dieu me sèvre, Ces fleurs où je prenais mon miel Renaîtront pour moi sur ta lèvre.
Cher compagnon, venu trop tard !
Mes pieds ne peuvent plus te suivre.
Tu n'as vu de moi qu'un vieillard ; Tu me connaîtras par mon livre.
Je grave aujourd'hui dans tes yeux Une image austère et sans charme, Et |e mêle à tes premiers jeux L'ennui de mes dernières larmes.
Tu reverras, sur tes vieux jours, Dans les scènes de ton enfance.
Ce père qui souffrait toujours, Mais que soulageait ta présence.
LE PETIT OARDB-MALADB. I39
Doucement tu te souviendras Qu'au bruit de ton rire sonore, Quand il te prenait dans ses bras, Sa gaité s'éveillait encore.
Quand il parlait à ta raison, Tu savais déjà le comprendre...
Cher petit, remets ce tison Et la bouilloire sur la cendre.
Reviens à ton poste chéri ;
Baise encor mon front que tu presses ;
Pour ce soir me voilà guéri...
Et Dieu te rende tes caresses!
Mars 1873.