L'ENFANT GRONDÉ
Je t'ai grondé!... trop fort peut-être!
Et je me sens tout soucieux En voyant grossir dans tes yeux Ces deux larmes que j'ai fait naître.
Je m'étais trop vite irrité D'un tort pur de toute malice :
C'est oubli, c'est légèreté, Et ton cœur n'était pas complice.
Je t'aurai dit, dans mon émoi, Quelque vive et dure parole...
Mon bon enfant que je désole, Va ! j'en souffre encor plus que toi.
l'enfant gronda. 141
Qu'il en coûte d'être sévère !
Tâche, ami, de te souvenir Du chagrin que se fait ton père Quand il faut gronder et punir.
Garde sa douloureuse image Dans ton petit cœur bien aimant ; Si tu songes à ce moment, Tu seras toujours, toujours sage !
Oh oui ! c'est la dernière fois Que tu fais mal et que je gronde.
Tu m'as bien compris, je le vois ; Tu relèves ta tête blonde.
Tu t'élances sur mes genoux...
Viens, viens ! c'est moi qui te rappelle ; Vite, oublions notre querelle.
Mon cher petit, embrassons-nous !
Mai 187$.