‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 46 sur 117 · LE BON CHEVAL GRIS · texte numérisé non relu

LE BON CHEVAL GRIS

Bon cheval gris, si doux, si sage, Toi qui portais, quatre à la fois, Mes chers petits et leur bagage, Tandis qu'à pied, le long du bois, Je suivais l'heureux équipage...

Bon cheval gris, si doux, si sage, Tu mérites plus d'une page Dans nos histoires d'autrefois.

Bien loin, bien loin par les vallées, Sur les hauts plateaux verdoyants, Que d'heures ga!ment écoulées A l'air vif, sous les cieux brillants, Et combien d'étapes doublées

l66 LE LIVRE d'un PÈRE.

Grâce à tes pieds sûrs et vaillants !

Lorsqu'ils trottaient dans la bruyère, Comme jadis les quatre preux, Sur la monture coutumière Aucun n'était las ou peureux.

Celui qui demeurait à terre Se suspendait à ta crinière, Dans les sentiers durs et pierreux.

Quand tu croyais reprendre haleine Sur un gazon fin et luisant, A l'ombre, au bord de la fontaine Où l'on goûtait en s'amusant^ Quelque aîné, désobéissant.

Pour faire, tout seul et sans gêne.

Un temps de galop dans la plaine.

Sautait sur ton dos complaisant; Ou bien, durant une heure entière, Chantant, riant d'un rire fou, Toute la blonde fourmilière.

Qui par devant, qui par derrière, Grimpait de tes pieds à ton cou.

Aussi que de mains empressées, Au retour du bon cheval gris, T'apportaient le foin par brassées, Et t'offraient, à l'envi dressées, Ta part de sucre et de pain bis !

Mais Dieu sait tout ce qu'il endure De tous ces démons d'écoliers !

Page 1