‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 47 sur 117 · LE BON CHEVAL GRIS · texte numérisé non relu

LE BON CHEVAL GRIS

Et jamais une égratignure N'attrista leurs jeux familiers, Le grand galop sur la verdure, Le trot à travers les halliers...

Car tu réglais ta souple allure Sur râgc de tes cavaliers.

Tu souffrais, sans te troubler guère, Leurs bonds et leurs cris argentins ; Tu semblais, indulgent compère De ces mille tours enfantins, T'en réjouir à ta manière.

Et comprendre l'émoi du père Au milieu de tous ces lutins.

Et lui, le distrait, le poète, Ecuyer des plus maladroits, Par ton esprit, 6 noble bête!

Combien l'as-tu sauvé de fois.

Quand, vers l'azur levant la tête, Sans voir les périlleux endroits.

Sur ton dos il était en quête D'une rime, au tournant du bois !

Les soirs où je fais ton histoire,

C'est à grand 'peine, on peut m'en croire.

Que de pleurer je me défends.

Va ! tu méritais la victoire

Sur ces vains coureurs triomphants ;

Si je pouvais donner la gloire.

J'éterniserais ta mémoire,

Bon vieil ami de mes enfants !

l68 LE LIVRE d'un PÈRE.

Te voilà mort, mon vieai fidèle !

Au néant on t'a condamné ; Mais à Dieu mon cœur en appelle.

Je suie sûr qu'il t'avait donné Une part de l'âme étemelle.

Car la bonté ne périt pas, Et l'être en qui Dieu l'a placée L'emporte au delà du trépas.

Elle vit comme la pensée.

Âimez-la, mes petits chéris, Dans la plus humble créature ; Aimez-la chez les grands esprits, C'est leur essence la plus pure ; C'est la fieur, le joyau sans prix, C'est la perle de la nature.

Aimez-la dans ce bon cheval.

Qui la possédait sans mélange ; Dans le chien, ce héros étrange Qui meurt pour un maître brutal :

Elle met le pauvre animal Au niveau de l'homme et de l'ange.

Oui, bon gris, nous te reverrons Sur des montagnes bien plus belles, Où nous aurons de grandes ailes, De vives clartés sur nos fronts ; Et, joyeux, nous galoperons Sur des bruyères immortelles.

Et là viendront nous entourer,

LE BON CHEVAL GRIS. l6p

Et courir en troupe légère, Ceux qui fureut bons sur la terre.

Ces chiens qui nous ont fait pleurer, Ceux de Lamartine et d'Homère.

Octobre 1874.

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