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« Je suis d'un antre temps, sans être encor bien viçox. Je labourais etn paix \e champ de mes aTeax^ Lorsqu'un grand vent souffla, messager de tempête ; Nos montagnes tremblaient de la base à la crête ; L'air de tous les côtés nous je.tait en couraat Des mots où respirait quelque chose de grand. Un immense frisson de crainte et d'espérance A travers tous les cœurs circulait par la France. Tout sillonné d'éclairs le ciel semblait plus beau. Chacun sentait en soi naître un homme nouveau ; Et, durant ce travail plein d'ardente liesse^ Chaque douleur plus vive apportait sa promesse. Tout à coup retentit le pas de l'étranger Et grondèrent ces mots : La patrie en danger ! Alors il se passa je ne sais quel prodige :
Le souvenir encor m'en donne le vertige :
Des villes, des hameaux, des forêts, des sillons, Les hommes surgissaient, volaient en tourbillons, Jeunes et vieux; c'était la nation entière.
Un fleuve humain roulait ses flots à la frontière. Nous partions, nous courions en chantant, en pleurant : La Marseillaise en feu planait sur ce torrent. On se ruait pieds nus, sans pain, à l'arme blanche ; Les canons se taisaient noyés sous l'avalanche. Moi, je fis comme tous ; et, sans tarder d'un jour. Je quittai ma maison, ma vigne, mon amour, Celle qui dana ses flancs portait déjà Pernette, Et je passai le Rhin, croisant la baïonnette. Je marchais hardiment, fier, presque sans émoi, Comme si les boulets ne pouvaient rien aur moi ; Tant nous avions au cœur une ivresse héroïi^ue ! Et cinq «ns je servJU aiosi Id République.
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Rentré dans le manoir dont j'avais hérité, J'ai repriis le labour et ne l'ai plus quitté. J'entends venir^ depuis, maint récit de bataille ; Mais nul ne sait pourquoi l'on saigne et l'on travaille ; Une âpre ambition met les pays en feu, Et l'on meurt pour un homme adoré comme un dieu. Tous les ans nous voyons de sinistres visages Compter tous les berceaux, tous les feux des villages. On fauche tous les ans nos robustes garçons Comme l'orge ou le seigle au moment des moissons ; On prend tout ce qui vaut ! Et l'on nous laisse à peine Les impotents marqués pour une fin prochaine; Deux bras forts sont d'un prix qu'on ne peut plus payer. Chaque jour le canton voit s'éteindre un foyer. Nos filles sans maris et nos terres en friches, C'est notre lot à tous, aux pauvres, mdme aux riches. Et toi, que j'avais cru sauvé de ces hasards. Espoir de deux maisons, soutîsn de deux vieillards, Toi qui payas trois fois, et de ta terre entière, Le droit de consoler les vieux ans de ta mcre. Voici le noir boucher qui te saisit encor!
Mais, puisqu'au lieu de sang il prend aussi de l'or. Certes, tu t'appartiens, ayant triplé la somme... Et moi, je te déclare affranchi de cet homme ! Moi, vieux soldat du Rhin, je connais le devoir; C'est de ne plus aider à ce sanglant pouvoir. Moi, père et citoyen, je t'interdis de faire Pour fabriquer des rois ces guerres de corsaire. Suive qui le voudra son aigle triomphant; Toi, combats s'il le faut pour rester notre enfant! Nos forêts des hauts lieux sont encore insoumises, Un conscrit peut y fuir et sauver ses franchises.
Tout ce qui reste au sol de garçons vigoureux Se garde au fond des bois... Eh bien, pars, fais comme eux. S'il te manque un fusil, prends le mien, Parme est bonne. Nous avons fait tous deux nos preuves dansPArgonoe ! »
Les yeux du fils brillaient^ approuvant ce discours ; Et la mère pleurait, pleurait, pleurait toujours ; Et, ne pouvant parler, elle invoqua du geste Le vénéré pasteur, le vrai juge qui reste, Le juge du devoir par le Ciel inspiré.
« Mes amis, mes enfants, dit le sage curé, Mon cœur vous est ouvert ; vous savez bien si j'aime La sainte paix, vous tous, notre Pierre lui-même; Si je demande à Dieu, quand je prie avec vous. Qu'il nous donne des chefs plus justes et plus doux : Si tous les ans je lutte, au risque qu'on me broie, Pour que le recruteur lâche un peu de sa proie. Mais je ne puis, moi prêtre, en nulle occasion, Appuyer du conseil une rébellion.
La loi reste la loi, même injuste et cruelle; Sa force vient d'en haut : nul n'est au-dessus d'elle. Tout un peuple obéit, nous devons obéir; Dieu jugera plus tard et saura qui punir.
Pour nous, suivons l'exemple et le sort de nos frères; Nul n'a droit de marcher par des sentiers contraires. Celui qui, sans orgueil, fait ce que fait chacun. Et, soumis à la loi, subit le sort commun.
Eût-il le moins bon lot et les plus sombres chances, II échappe au remords, la pire des souffrances. Mais celui qui, rebelle et marchant à l'écart, Dans les devoirs de tous veut se choisir sa part,
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Qui se croit, sans nul titre, excepté du vulgaire, Et seul contre son peuple ose se mettre en guerre, Qui des lois et des mœurs veut remonter le cours, Hal souvent, flétri parfois, vaincu toujours, Ne sachant plus se prendre à rien de légitime, Se condamne au malheur..., hélas ! peut-être au crime.
Tous restèrent saisis, le prêtre ayant parlé. Le vieux Jacque hésitait, dans son cœur ébranlé ; Nul n'osait plus jeter un mot dans la balance; Pierre baissait les yeux ; mais, rompant le silence :
« Curé, dit le docteur, assez de sang humain ! Être aujourd'hui soldat, c'est être mort demain. Et pourquoi ? Pour qu'un homme affamé de tueries Alimente à plaisir ses longues boucheries.
Ce fils, on en ferait de la chair à canon!
Si vos lois disent oui, la nature dit non.
Otons-leur cet enfant, notre unique espérance. Ce Corse a desséché les veines de la France!
Pour repeupler nos champs, comment feront vos lois? Comment reverdira le grand chêne gaulois?
Moi, le vieux médecin, j'ai souci de la race; Et nul remords au cœur, certes, ne m'embarrasse. Quand j'arrache au boucher des gars intelligents Qui puissent faire encor souche de braves gens. Toi, va dans nos forêts nous garder ta jeunesse. Afin qu'un joyeux clan sous ce clocher renaisse. La montagne offre encor, malgré les biicherons, Un asile, un rempart à de vaillants lurons.
Courage et bon espoir! le dénoûment s'achève. Ce trône fait de sang va crouler sous le glaive ;
Encor un Te Deum comme ceux d'aujourd'hui..
Nos yieux sapins branlants dureront plus que lui-. »
Or, sans attendre un mot de prudence ou de blâme Qui rompît ce conseil adopté par son âme, Pierre, à d'autres qu'à lui sans plus avoir recours. D'un coup de volonté trancha tous les discours. Par les pleurs de sa mère exalté davantage, 11 lui prit les deux mains, baisa ce cher visage. Puis, d'un ton qui ne veut plus être contredit. Il parla, le front haut, fermement, et leur dit :
« Je ne servirai pas ! je n'aurai pas de maîtres ; Je vivrai, je mourrai sur le sol des ancêtres; Je vais dans la forêt joindre les insoumis.
Et j'y ferai la guerre à mes vrais ennemis.
Mon corps ne quittera pas plus que ma pensée Le pays de ma mère et de ma fiancée.
Si chacun doit s'armer et combattre toujours, Je serai le soldat de mes propres amours.
Voyez ce vieux fusil^ à cette cheminée ; Je le prends, nous ferons tous deux ma destinés. Dans les murs de Lyon, contre d'autres bourreaux. Mon père le porta, libre et fier, en héros.
Blessé, proscrit, caché sous ce vieux toit de chêne, II est mort sans fléchir dans l'amour, dans la haine. Je ne le vaudrai pas..., mais je l'imiterai.
Mère, que Dieu vous garde, et je me garderai ! »
Et la mère, achevant son muet sacrifice.
Pleurait sans écarter l'un ou l'autre calice; Entre ces deux périls^ n'osant former un vûtu,
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Elle ne savait plus que demander à Dieu.
L'arrêt porté rendit à son âme hésitante
La flamme et le ressort qu'usait la pâle attente;
Debout, elle embrassa son fils, et par trois fois
Elle arma le proscrit du signe de la croix,
Et lui dit à voix basse, au bout d'une prière,
Quelques mots... de ces mots comme en trouve une mère,
Et dont l'or pur étend sur le cœur filial
Une armure d'honneur impénétrable au mal.
Et nul ne parla plus ; et tous, cachant leurs larmes, L'aidaient à préparer des vivres et des armes. Et, par le bon docteur, Pierre emmené sans bruit, Gagna le bois propice au milieu de la nuit.
CHANT TROISIÈMB