‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 8 sur 117 · LES RÉFRACTAIRES · texte numérisé non relu

LES RÉFRACTAIRES

Encor chargé du lit, des coffres, de la table. Au milieu de la cour, le timon sur le sable, Le char était penché ; les bœufs au poil fumant. Déliés au soleil^ ruminaient lentement.

Et du maïs en tas, près de l'étable ouverte.

Broutaient la feuille épaisse et la tige encor verte.

Servantes et valets, du char sur l'escalier Transportaient les débris d'un humble mobilier; Et, mesurant aux bœufs l'herbe et la paille fraîche, Le prudent maître errait du fenil à la crèche.

Là-haut, par le vitrail, une figure en pleurs, Écartant le jasmin, s'encadre dans les fleurs :

LES RéPRACTAIRBS. jj

Cest Pernette!... Elle ouvrait la chambre hospitalière Où l'asile est offert à la môre de Pierre.

Bientôt, sar le plancher et dans chaque recoin. Meubles, paquets étant déposés avec soin, Tout fut mis en sa place et l'ordre vint à nattre, L'ordre élégant qui veut Pœil et la main du mattre.

Pernette s'empressait, active à reployer Habits et linge au fond des bahuts de noyer.

La veuve, alerte encor, aidait la jeune fille.

« Nous sommes, dit l'enfant, une seule famille; Mère, reposez-vous ! c'est moi, dès aujourd'hui, Moi qui vous servirai, comme si c'était lai.

Malf^ré leur loi méchante, et qui vous a chassée, Suis-je pas votre fille, étant sa fiancée?

Je sais quel fut, chez vous, l'ordre qui vous plaisait, Par quel art chaque meuble à sa place luisait ; Tout sera fait selon vos avis, votre usage.

Et je tiendrai de vous la règle du ménage.

— Agissons, la douleur nous en fait un besoin, Dit la mère, et pleurons toutes deux sans témoin. »

Et, marchant de concert, le travail et les larmes Redoublaient d'heure en heure et se prêtaient des charmes. Car les champs gardent l'homme en sa pleine vigueur, Ses bras n'y tremblent pas des secousses du cœur; Nul œuvre n'y languit, rien ne s'y perd en rêve ; La passion subsiste et le labour s'achève.

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