‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 86 sur 117 · LE PETIT SOLDAT · texte numérisé non relu

LE PETIT SOLDAT

Tu seras soldat, cher petit !

Tu sais, mon enfant, si je t'aime?

Mais ton père t'en avertit, C'est lui qui t'armera, lui-même !

Quand le tambour battra demain.

Que ton âme soit aguerrie, Car j'irai t'offrir, de ma main, Â notre mère, la Patrie!

Tu vis dans toutes les douceurs, Tu connais les amours sincères, Tu chéris tendrement tes sœurs, Ton père, et ta mère, et tes frères :

Sois fils et frère jusqu'au bout ; Sois ma joie et mon espérance, Mais souviens-toi bien qu'avant tout, Mon fils, il faut aimer la France.

Elle a subi le grand a£front.

Mais Dieu veut qu'elle se relève.

Nos écoliers la vengeront Et par l'esprit et par le glaive.

Oui, nos fils feron trieur devoir...

Fais d'abord celui de ton âge; On acquiert, quand on sait vouloir, Et la science et le courage.

Travaille en silence, obéis.

Apprends à tout souffrir sans larmes ;

2j8 LE LIVRE d'un PÈRE.

Et plus tard, servant ton pays, Tu seras ferme sous les armes.

Exempt d'intrigue et le front haut^ Tu devras conquérir tes grades. En passant gaîment, s'il le faut, Après tes jeunes camarades.

Sache applaudir de bonne foi

Le mérite qu'on te préfère.

Si d'autres l'aiment plus que toi,

Tant mieux pour la France, ta mère !

Garde la devise des tiens,

De ton aïeul qui fut mon maître^

Et redis comme nos anciens :

« Il vaut mieux être que paraître. »

Vous serez soldats, chers enfants !

Peut-être, après mainte souffrance, Un jour, vaincus ou triomphants.

Il faudra mourir pour la France.

Alors je serai, grâce à Dieu, Là-haut où ma mère est allée ; Mais mon âme avec vous, au feu, Redescendra dans la mêlée.

Vous me sentirez près de vous.

Quand sonneront à votre oreille, Pour vous exciter aux grands coups, Quelques mots du divin Corneille.

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