A M- DE PA.NGE L'AÎNÉ
Pourquoi de mes loisirs accuser la langueur?
Pourquoi vers des lauriers aiguillonner mon cœur? Abet, que me veux-tu? Je suis heureux, tranquille. Tu veux m'ôter mon bien, mon amour, ma Camille, Mes rêves nonchalans, l'oisiveté, la paix, A l'ombre , au bord des eaux , le sommeil pur et frais? Ai-je jamais connu ces noms brillaas de gloire Sur qui tu viens sans cesse arrêter ma mémoire? Pourquoi me rappeler, dans tes cris assidus, Je ne sais quels projets que je ne connais plus? Que d'Achille outragé l'inexorable absence Livre à des feux troyens les vaisseaux sans défense'; Qu'à Colomb pour le nord révélant son amour L'aimant nous ait conduits 'oii va 6nir le jour : Jadis, il m'en souvient, quand les bois du Permesse
1. Onsaitque, pendant la retraite d'Achille, a qui Agameinnon avait fait enlever Briséis, Hector porta sontent le feu jusque» dam amis. Voyez Uiade , liv. UI. [Note de t'Édit.)
ÉLÉGIES. iSg
Recevaient ma première et bouillante jeunesse,
PleÎD de ces grands objets, ivre de cbants guerriers.
Respirant la mêlée et les cruels lauriers.
Je me couvrais de fer, et d'une main 'sanglante
faDimais aux combats ma lyre turbulente.
Des arrêts du Destin prophète audacieux.
J'abandonnais la terre, et volais chez les Dieux:
Au flambeau de l'Amour j'ai vu fondre mes ailes.
Les forêts d'Idalie ont des routes si belles !
Là, Ténus, me dictant de faciles chansons.
M'a nommé son poète entre ses nourrissons.
Si, quelquefois encore à tes conseils docile.
Ou jouet d'un esprit vagabond et mobile,
le veux, de nos héros admirant les exploits,
A des sons généreux solliciter ma voix,
Aux sons voluptueux ma voix accoutumée
Fuit, se refuse, et lutte, incertaine, alarmée;
Et ma main dans mes vers, de travail tourmentés,
Poursuit avec effort de pénibles beautés.
Mais, si, bientôt lassé de ces poursuites folles,
Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles;
Si je chante Camille, alors écoute, voi:
Les vers pour la chanter naissent autour de mol ;
Tout pour elle a des vers! Ils renaissent en foule;
Ils brillent dans les flots du ruisseau qui s'écoule;
Ils prennent des oiseaux la voix et les couleurs;
Je les trouve cachés dans les rephs des fleurs.
Son sein a le duvet de ce fruit que je touche ;
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i6o ELEGIES.
Cette rose au matin sourît comme gs bouche ; Le miel qu'ici l'abeille eut soin de déposer TSe vaut pas à mon cœur le miel de son baiser. Tout pour elle a des vers ! Ils me viennent sans peine Doux comme son parler, doux comme son haleine. Quoi qu'elle fasse ou dise, un mot, un geste heureux, Demande un gros volume à mes vers amoureux.
D'un souris caressant si son regard m'attire, Mon vers plus caressant va bientôt lui sourire. Si la gaze la couvre, ou le lin pur et fin, Mollement, sans apprêt; et la gaze ou le lin D'une molle chanson attend une couronne.
D'un luxe étudié si l'éclat l'environne , Dans mes vers éclatans sa superbe beauté Vient ravir à Junon toute sa majesté :
Tantôt, c'est sa blancheur, sa chevelure noire, De ses bras, de ses mains le transparent ivoire. Mais, si jamais, sans voile, et les cheveux épars. Elle a rassasié ma flamme et mes regards.
Elle me Ëtit chanter, amoureuse Ménade, Des combats de Papho» une longue Iliade ; Et, si de mes projets le vol s'est abaissé, A la lyre d'Homère ils n'ont point renoncé.
Non : en la dépouillant de ses oordes guerrières, Ma main n'a su garder que les cordes moins fières Qui chantèrent Hélène et les joyeux larcins ',