‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 4 sur 99 · XX SUR LA VIE D'ANDRE CHENIER · texte numérisé non relu

XX SUR LA VIE D'ANDRE CHENIER

mit (le rechercher ce souvenir, de s'informer près de quelques personnes à qui , autrefois , il avait pu le raconter. Je demeurai dans ime péoible attente, jusqu'à ce qu'on me dit, après quelques jours, et avec l'accent d'une sorte d'indifférence, qui était bien loin de moi: C'était la première scène ^Jndromaque.

Ainsi, tour à tour, ils récitèrent le dialogue qui expose celte noble tragédie. Chénier, que cette idée avait frappé le premier, commença; et peutêtre' un dernier sourire effleura ses lèvres, lorsqu'il prononça ces beaux vers :

Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle , Ma fortune va prendre une face nouvelle; Et déjà son courroux semble s'être adouci, Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici.

Ces sentimens étaient dans son cœur : l'époque où il succomba les explique. Pouvait-il regretter l'avenir? Il avait désespéré, en France, de la cause de la Vertu et de la Liberté.

Ainsi périt ce jeune cygne , étouffé par la main sanglante des révolutions. Heureux de n'avoir élevé de culte qu'à la Vérité, à la Patrie et aux. Muses, on dit qu'en marchant au supplice il s'applaudissait de son sort : je le crois. Il est si beau de mourir jeune ! Il est si beau d'ofïrir à ses ennemis une victime sans tache , et de rendre au Dieu qui nous juge une vie encore pleine d'illusions !

H. UE Latouche.

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yj FILS du Mincius', je te salue, ô toi Par qui le dieu des arts ftit roi du peuple roi; El vous, à qui jadis, pour créer l'harmonie, L'Attique, et l'onde Egée, et la belle lonie, Donnèrent un ciel pur, les plaisirs, la beauté, Des mœurs simples, des lois, la paix, la liberté, Un langage sonore, aux douceurs souveraines ' , le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines Nul âge ne verra pâlir vos saints lauriers, Car vos pas inventeurs ouvrirent les sentiers;

1. Virgile. La ville de Manlaue , putrie célèbre du prince des poètes , est située sur nn lac form^ par la rivière de Mincio , qui sort des Alpes, et se jette dans le Pô, près de Boi^o-Forte. Cette rÏTière a donné son nom au département qu'elle amne. (Noie lU l'Éditeur).

2. Graiis iDgenion, Griiiii dedii ure rotundu ,, . Man loqui.

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Et du temple des arts, que la gloire environne.

Vos mains ont élevé la première colonne.

A nous tous aujourd'hui, vos faibles nourrissons.

Votre exemple a dicté d'importantes leçons.

Il nous dit que nos mains, pour vous être Bdèles,

Y doivent élever des colonnes nouTelles.

L'esclave imitateur naît et s'évanouit ;

La nuit vient, le corps reste; et son ombre s'enfuit.

Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise :

Nous voyons les enfans de la fîère Tamise,

De toute servitude ennemis indomptés,

Mieuxqu'eux,par votre exemple,à vous vaincre excités.

Osons : de votre gloire éclatante et durable

Essayons d'épuiser la source inépuisable.

Mais inventer n'est pas , en un brusque abandon ,

Blesser la vérité, le bon sens, la raison;

Ce n'est pas entasser, sans dessein et sans forme.

Des membres ennemis en un colosse énorme;

Ce n'est pas, étevâint des poissons dans les airs,

A l'aile des vautours ouvrir le sein des mers;

Ce n'est pas, sur le front d'une nymphe brillante.

Hérisser 4'un lion la crinière sanglante :

Délires ioseasés ! fantômes monstrueux !

Et d'un cerveau malsain rêves tumultueux!

Ces transports déréglés , vagabonde manie ,

Sont l'accès de la fièvre et non pas du génie.

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D'Ormuzd et d'Ahrimand' ce sont les noirs combats, Où, partout confondus, la vie et le trépas, Les ténèbres, le jour, la forme et la matière, Luttent sans être unis ; mais l'esprit de lumière Fait naître en ce chaos la concorde et le jour ; D'élémens divisés il reconnaît l'amour, T^es rappelle; et partout, en d'heureux intervalles, Sépare et met en paix les semences rivales.

Ainsi donc, dans les arts. Tinventeur est celui Qui peint ce que chacun put sentir comme lui; Qui, fouillant des objets les plus sombres retraites. Étale et fait briller leurs richesses secrètes; Qui , par des nœuds certains, imprévus et nouveaux, Unissant des objets qui paraissaient rivaux, Montre et feit adopter à la Nature mère Ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire. C'est le fécond pinceau qui, sâr dans ses regards, Retrouve un seul visage en vingt belles ëpars;

I. Deux génies très-puissans de la mythologje indienne, Onniizd, comme ayant été cré^ d'une manière plus pure que les aulres génies, a te privilège de siéger près du trône de l'Être suprême, qn en a fail son premier miniatre. On respecte et on adore Ormuzd. parce qu'il est le génie du bien, et qu'il est charge par le Tnatpnissant d'inspirer les bonpes actions aux mortels. 11 est, dit^n, le père de plusieurs espèces de génies de feu. Arhimand, génie du mal et cbef des mauvais génies, est le rival et l'enneoii juré d'Orinuzd. Le devoir des vrais fidèles est de le combattre autant qu'il estenieur pouvoir. (-iVbfe de l' Éditeur. )

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Les fait renaître ensemble, et, par ud art suprême ,

Des traits de vingt beautés forme la beauté même.

La Nature dicta vingt genres opposés

D'un fil léger entre eux, chez les Grecs, divisés.

Nul genre, s'édiappant de ses bonies prescrites, *

N'aurait osé d'un autre envahir les limites;

£t Pindare à sa lyre, en un couplet bouffon.

N'aurait point de Marot associé le ton.

De ces fleuves nombreux dont l'antique Permesse

Arrosa si long-tems les cités de la Grèce,

De nos jours même, hélas! nos aveugles vaisseaux

Ont encore oublié mille vastes rameaux.

Quand Louis et Colbert, sous les murs de Versailles,

Séparaient des beaux-arts les longues funérailles,

De Sophocle et d'Eschyle, ardens admirateurs,

De leur auguste exemple élèves inventeurs,

Des hommes immortels firent sur notre scène

Revivre aux yeux français les théâtres d'Athène.

Commeeux,instruitpareux,Voltaireoffre 3 nos pleurs

Des grands infortunés les illustres douleurs;

D'autres esprits divins, fouillant d'autres ruines,

Soua l'amas des débris, des ronces, des épines,

Ont su, pleins des écrits des Grecs et des Romains,

RetKiuver, parcourir leurs antiques chemins.

Mais ô la belle palme et quel trésor de gloire

Pour celui qui, cherchant la plus noble victoire,

D'un si grand labyrintlie afirontant les hasards,

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Saura guider sa muse aux iisQieases regards, De mille longs détours à la fois occupée , Dans les sentiers confus d'une vaste épopée; Lui dire d'être libre, et qu'elle n'aille pas De Virgile et d'Homère épier tous les pas, Par leur secours à peine à leurs pieds élevée; Mais, qu'auprès de leurs chars, dans un char enlevée, Sur leurs sentiers, marqués de vestiges si beaux, Sa roue ose împrîmer de^ vestiges nouveaux!

Quoi! faut-ii, ne s'armant que de timides voiles, ITavoir que ces grands noms pour nord et pour étoiles , Les côtoya* sans cesse, et n'oser un instant. Seul, et, loin de tout bord, intrépide et flottant. Aller sonder les flancs du plus lointain jVérée, £t du premier sillon fendre une onde ignorée ! Les coutumes d'alors, tes sciences, les mœurs, Respirent dans les vers des antiques auteurs : Leur siède est en dépôt dans leurs nobles volumes. Tout a changé pour nous : mœurs , sciences, coutumes. Pourquoi donc nous &ut-il, par un pénible soin. Sans rien voir près de nous voyant toujours bien loin, Vivant dans le passé, laissant ceux qui commencent. Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent. Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point vu. Dire et dire cent fois ce que nous avons lu?

De la Grèce héroïque, et naissante et sauvage, Dans Homère à nos yeux vit la parfaite image. Démocrite, Platon, Épicure, Thaïes,

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Ont de loin à Virgile indiqué les secrets

D'une Nature encore à leurs yeux trop voilée.

Toriceili, Newton, Kepler et Galilée,

Plus doctes , plus heureux, dans leurs puissans efforts,

A tout nouveau Virgile ont ouvert des trésors.

Tous les arts sont unis ; les sciences humaines

N'ont pu de leur empire étendre les domaines,

Sans agrandir aussi la carrière des vers.

Quel long travail pour eux a conquis Tunivers !

Aux regards de BufToa, sans voile, sans, obstacles,

La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,

Ses germes, ses coteaux, dépouilles de Thétis;

Les nuages épais , sur elle appesantis,

De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre ;

Et l'hiver ennemi, pour envahir la terre,

Roi des antres du Nord; et, de glaces armés.

Ses pas usurpateurs sur nos monts imprimés;

Et l'œil perçant du verre en la vaste étendue

Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue;

Aux changemens prédits , immuables , fixés ,

Que d'une plume d'or Bailly nous a tracés ' ,

Aux lois de CassinI, les comètes fidèles;

I . Dans son Histoire de l'astronomie et dans son Mémoire sarla lumière des satellites de Jupiter, avec des tables de leurs mouve' mens. Cetouvraj^re profondémenl senaé et écrit d'une manière fort âégante, a placé Baillj au rang de nos premieis astronomes et de iHW plni habiles ^ivains. ( Note de l'Éditeur. )

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POJiJVlK. 9

L'aimant de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes; Une Cybèle neuve ', et cent mondes divers Aux yeux de nos Jasons sortis du sein des mers. Que) amas de tableaux , de sublimes images, Naît de ces grands objets réservés à nos âges! Sous ces bob étrangers qui couronnent ces monts, Aux valions de Cusco, dans ces antres profonds, ■ Si chers à la fortune et plus chers au génie , Germent des mines d'or, de gloire et d'harmonie. Pensez-vous, si Virgile, ou l'Aveugle divin", Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main Négligeât de saisir ces fécondes richesses, De notre Pinde auguste éclatantes largesses?

Nous en verrions briller leurs sublimes écrits ; Et ces mêmes objets cpie vos doctes mépris Accueillent aujourd'hui d'un front dur et sévère Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire. Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur D'oser sortir jamais de ce cercle d'images Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages. Mais qui jamais a su, dans des vers séduisans, Sous des dehors plus vrais peindre l'esprit aux sens! IVIais quelle voix jamais, d'une plus pure flamme, Et chatouilla l'oreille, et pénétra dans l'âme!

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