‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 3 sur 99 · foj-es page a8i, prôspnt volume. {Ni/te île l'Éiliieiir · texte numérisé non relu

foj-es page a8i, prôspnt volume. {Ni/te île l'Éiliieiir

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xviii SUR LA VIE ET LES OUVRAGES.

Chénier monta à huit heures du matin sur la charrette des criminels. Dans ces instans où l'amitié n'est jamais plus vivement réclamée, où l'on sent le besoin d'épancher ce cœur qui va cesser de battre, le malheureux jeune homme ne pouvait ni rien recueillir ni rien exprimer des affections qu'il laissait après lui. Peut-être il regardait avec un désespoir stérile ses pâles compagnons lie mort : pas un qu'il connût ! A peine savait-il , dansles trente-huit victimes qui l'accompagnaient, les noms dç MM. de Montalembert , Créqui de Montmorency, celui du baron de Trenck, et de ce généreux Loiserolles, qui s'empressait de mourir pour laisser vivre un fils à sa placer mais au- , cun d'eux n'était dans le secret de son âme. Cet esprit qui entendît sa pensée, ce cœur parent du sien, comme a dit le poète', Chéuier l'appelait peut-être, et frémissait de son vœu... quand tout-àcoup s'ouvrent les portes d'un cachot fermé depuis six mois; et l'on place à ses côtés, siu* le premier banc du char fatal , son ami , son émule , le peintre des Mois, l'infortuné Roucher.

Que de regrets ik exprimèrent l'un sur l'autre! « Vous, disait Chénier, le plus irréprochable de '( nos citoyens! un père, un époux adoré! c'est vous qu'on sacrifie ! — Vous! répliquait Roucher,

I. Thomas Gray, dans son élégie intitulée: Le Cimetière de campagne. Marie-Joseph Chénier a traduit en vers cette élégie anglaise. Voyez le trois, vol. de ses OEuvres anciennes, {Note de l'Éditeur.)

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D'ANDRE CHÉNIER. xix

a voiis, vertueux jeune homme! on vous mène à o la mort, brillant de génie et d'espérance! — « Je n'ai rien fait pour la postérité , répondit Ché- « nier; a puis, en se frappant le iront, on l'enteudit ajouter : Pourtant, j'avais quelque chose là'. C'était la Muse, dit l'auteur de René et d'Atala, qui lui révélait son talent au moment de la mort. Il est remarquable que la France perdit sur la fin du dernier siècle trois beaux talens à leur aurore : Malfilâlre, Gilbert et André Chénier. Les deux premiers ont péri de misère , le troisième sur un échafaud.

Cependant le char s'avançait; et, à travers les flots de ce peuple, que son malheur rendait ferouche, leurs yeux rencontrèrent ceux d'un ami, qui accompagna toute leur marche funèbre , comme pour leur rendre un dernier devoir, et qui raconta souvent au malheureux père, qui ne survécut que dix mois à la perte de son fils, les tristes détails de leur fin.

lis parlèrent de poésie à leurs derniers momens. Pour eux, après l'amitié, c'était la plus belle chose de la terre. Racine fut l'objet de leur entretien et de leur dernière admiration. Ils voulurent réciter de ses vers, pour étouffer peut-être les clameurs de cette foule qui insultait à leur courage et à leur innocence. Quel fut le morceau qu'ils choisirent? Quand je fis cette question à un homme dont l'âge et les malheurs commencent à glacer la mémoire, il hésita à me répondre. 11 me pro-

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