ÉLÉGIE XXII
Reste, reste avec nous, ô Père des bons vins. Dieu propice, ô Bacchus! toi, dont tes âots dirint - Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore; Toi, devant qui l'Amour s'enfuit et s'évapore, Comme de ce cristal :;aux mobiles éclairs Tes esprits odorans s'exhalent dans les airs!
Eh bien ! mes pas ont-ils refusé de vous suivre f Mous venions, disîez-vous, te conseiller de vivre; Au lieu d'aller gémir, mendier des dédains.
Suis-nous, si tu le peux : la joie à nos festins T'appelle. Viens, les fleurs ont couronné la table; Viens, viens-y consoler ton âme inconsolable.
Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin Mon coeur, tranquille et libre, avait aucun besoin: Camilte dans mon cœur ne trouve plus des armes; Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes; Ma pensée est loin d'elle, et je n'en parle plus. Je crois la voir, muette, et le regard confus, Pleurante. Sa beauté, présomptueuse et vaine, Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chaîne.
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Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis? Jeune homme, apporte-aous d'autres fleurs et des fruits. Qu'est-ce, amis? nos éclats, nos jeux, se ralentissent! QuedesverresplusgraDdsdans nosmaiDS seremplissent! Pourquoi vois-je languir ces vins abandonnés, Sous le liège tenace encore emprisonnés?
Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie, Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie.
Ou ceux dont la Garonne rairicbit ses coteaux. Ou la vigne foulée aux pressoirs de Citeaux?
Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille Qui, cher à ses amis, à l'Amour indocile.
Parmi les entretiens, les jeux et les banquets. Laisse couler ta vie, et n'y pense jamais!
Ah ! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie Feignent malaisément et le rire et la joie!
Je ne sais; mais partout je l'entends, je la voi; Son fantôme attrajarit est partout devant moi; Son nom, sa voix absente erre dans mon oreille. Peut-être aux feux du vin que l'Amour se réveille : Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés, Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.
J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance. Tous ces Dieux malfaisans ne soient d'intelligence. Du moins, il m'en souvient, quand autrefois , auprès De cette ingrate aimée, en nos festins secrets, Je portais à la hâte à ma bouche ravîe
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La coupe demi-pleine à ses lèvres saisie,
Ce nectar, de l'Amour ministre insidieux,
Bien loin de les éteindre aiguillonnait mes feux ;
Ma main courait saisir, de transports chatouillée.
Sa tête noblement folâtre, échevelée;
Elle riait; et moi, malgré ses bras jaloux.
J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux.
J'avais soin de reprendre* utile stratagème!
Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même;
Et sur ce sein mes doigts égarés^ palpitana,
Les cherchaient, les suivaient, et les ôtaient long-tems.
Ah! je l'aimais alors! Je l'aimer-ais encore. Si de tout conquérir la soif qui la dévore Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager; Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger ; Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre; Si je ne l'abhorrais! Ah! qu'un cœur est à plaindre De s'être à son amour long-tems accoutumé, Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé! Pourquoi, grands Dieux ! pourquoi la Htes-voussi belle? Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle:
Que m'importe qu'un autre adore ses attraits; Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets; Que tous deux , en riant , ils me nomment peut-être; De ses cheveux épars qu'un autre soit te maître; Qu'un autre ait ses baisers„son cœur; qu'une autre main Poursuive lentement des bouquets sur son seinP .
Un autre! Ah! je ne puis en souflirir la pensée. Riez, amis; nommez ma fureur insensée:
Vous n'aimez pas, et j'aime; et je brûle, et je pars Me coucher sur sa porte, implorer ses regards. Elle entendra mes cris, elle verra mes larmes; Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes, Le sourire ou ia haine, arbitres de mon sort, Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.
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