‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 52 sur 99 · ÉLÉGIE XXIII · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXIII

O Ndit, î^uit douloureuse! ô toi, tardive Aurore, YieDS-tu? vas-tu venir? es-tu bien loiu encore? Ah ! tantôt sur un ftanc , puis sur l'autre , au hasard Je me tourne et m'agite, et ne peux nulle part Trouver que l'insomnie amère, impatiente; Qu'un malaise inquiet et qu'une fièvre ardente. Tu dors, belle Camille; et c'est toi, mon amour. Qui retiens ma paupière ouverte jusqu'au jour! Si tu l'avais voulu , Dieux ! cette nuit cruelle Aurait pu s'écouler plus rapide et plus belle. Mon âme, comme un songe, autour de ton sommeil Voltige. En me lisant, demain, à ton réveil. Tu verras, comme toi, si mon cœur est paisible. Tai soulevé, pour toi, sur ma couche pénible. Ma tête appesantie; assis, et plein de toi.

Le nocturne flambeau qui luit auprès de moi Me voit en sons plaintifs et mêlés de caresses Verser sur le papier mon cœur et mes tendresses. O Camille, tu dors! tes doux yeux sont fermés! Ton haleine de rose aux soupirs embaumés

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£nb''ouvre mollemeat tes deux lèvres venneilles! M8IS , si je me trompais ! Dieux ! ô Dieux! si tu veitles ! Et si, quand loiq de toi j'endure le tourmeat D'une insomnie amère, aux bras d'un autre amant, Pour toi, de cette nuit qui s'édiappe trop vite^' Une douce insomnie embellissait la fuite!

Dieu d'oubli, viens fermer mes yeux ! O Dieu de paix. Sommeil, viens ! faltût-il les fermer pour jamais! Un autre dans ses bras! ô douloureux outrage! Un autre! O honte! ô mort! ô désespoir! ô rage! Malheureux insensé! pourquoi, pourquoi les Dieux A juger la beauté formèrent-ils mes yeux ?

Pourquoi ce cœur est-il si facile aux blessures De ces regards, féconds en douces impostm-es? Une amante moins belle aime mieux; et du moins, Humble et timide à plaire, elle est pleine dé soins; Elle est tendre; elle a peur de pleurer votre absence; Fidèle, peu d'amans attaquent sa constance; Et son égale humeur, sa facile gaîté, L'habitude, à son front tiennent lieu de beauté. Mais celle qui partout fait conquête nouvelle, Celle qu'on ne voit point sans dire : « Qu'elle est belle! » Insulte, en son triomphe, aux soupirs de l'Amour, Souveraine au milieu d'une tremblante cour.

Dans son léger caprice inégale et soudaine , Tendreetdouce aujourd'hui , demain froide et hautaine.

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aoo ELEGIES.

Si quelqu'un se dérobe à ses endiaiiteniens , Qu'est-ce alors qu'uii de moins dans un peuple d'amans? Od brigue ses regards; elle s'aime, s'admire, Et ne connaît d'amour que celui qu'elle inspire.

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