‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 83 sur 99 · LA JEUNE CAPTIVE · texte numérisé non relu

LA JEUNE CAPTIVE

L'ÉPI naissant mûrit, de la faux respecté; Sans crainte du pressoir, le pampre, tout l'été.

Boit les doux présens de l'Aurore; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui.

Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,

Je ne veux point mourir encore.

Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort: Moi je pleure et j'espère ; au noir souffle du Nord

Je plie et relève ma tête.

S'il est des jours amers, il en est de si doux! Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts?

Quelle mer n'a point de tempête?

Llllusion féconde habite dans mon sein.

D'une^prison sur moi les murs pèsent en vain:

J'ai les ailes de l'Espérance, Echappée aux réseaux de l'oiseleur cruel , Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du Ciel

Philomèle chante et s'élance.

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£st-ce à moi de mourir! Tranquille je m'endors, £t tranquille je veille ; et ma veille aux remords

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bien-venue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux

Ranime presque de la joie.

Mon beau voyage encor est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le clieiiiiii

J'ai passé les premiers à peine.

Au banquet de la vie, à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé

La coupe, en mes mains encor pleine.

Je ne suis qu'au printems, je veux voir la moisson; Et comme le Soleil, de saison en saison ,

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige, et l'honneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que les feux du matin ,

Je veux achever ma journée.

O Mort! tu peux attendre: éloigne, éloigne-toi; Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi,

Le pâle désespoir dévore :

Pour moi Paies encore a des asiles verts ; Les Amours des baisers, les Muses des concerts;

Je ne veux pas mourir encore.

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a84 ODES.

Ainsi , triste et captif, ma lyre toutefois S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,

Ces vœux d'une jeune Captive; Et, secouant te joug de mes jours laDguissans, Aux douces lois des vers je pliais les accens

De sa bouche aimable et naïve.

Ces chants, de ma prison témoins harmonieux.

Feront à quelque amant des loisirs studieux

Chercher quelle lut cette belle :

La grâce décorait son front et ses discours ; Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d'elle'.

I. CeUe ode fut composée, sous les verrous de SaÏDt- Lazare, pour niademoiseUe de Coigny, d^uue daus cette prison, en même Unis qu'Audrë Chëaier. {Note de CÉdileur.)

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