ODE X
O Versaille! ô Bois! 6 Portiques!'
Marbres vivans! Berceaux antiques!
Par les Dieux et les Rois Elysée embelli !
A ton aspect, dans ma pensée, Comme sur l'herf>e aride uoe Atiiche rosée.
Coule un peu de calme et d'oubli.
Paris me semble un autre empire ,
Dès que chez toi je vois sourire Mes pénates secrets, couronnés de rameaux.
D'où souvent les monts et les plaines Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,^
Sous de triples cintres d'ormeaux.
Les chars, ^ royales merveilles,
Des gardes les nocturnes veilles :
Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour;
Mais le Sommeil, la Solitude, DieuK jadis inconnus, et les Arts, et l'Étude,
Composent aujourd'hui ta cour.
Ah ! malheureux ! à ma jeunesse Une oisive et morne paresse
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Ne laisse plus goûter les studieux loisirs!
Mon âme, d'ennui consumée, S'endort dans les langueurs! Louange et renommée
ITincpùètent plus mes désirs!
L'abandon , l'obscurité , l'ombre ,
Une paix taciturne et sombre:
Voilà tous mes souhaits. Cache mes tristes jours,
Versaille! et, s'il faut que je vive, Nourris de mon flambeau la clarté fugitive
Aux douces chimères d'amours!
L'âme n'est point encor flétrie,
La vie encor n'est point tarie, Quand un regard nous trouble et le cœur et la voix,
Qui cherche les pas d'une belle.
Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle,
De ses jours peut porter )e poids.
J'aime : je vis. Heureux rivage !
Tu conserves sa noble image, Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre ie soir,
Quand, l'âme doucement émue, J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue.
Et l'instant où je dois la voir!
Pour elle seule encor abonde Cette source, jadis féconde.
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Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux!
Sur mes lèvres tes bosquets sombres Forment pour elle encor ces poétiques nombres,
Langage d'amour et des Dieux !
Ah! témoin des succès du crime,
Si l'homme juste et magnanime Pouvait ouvrir son cœur à la félicité,
Versaille! tes routes fleuries, Ton silence, fertile en belles rêveries,
N'auraient que joie et volupté !
Mais souvent tes vallons tranquilles,
Tes sommets verts, tes frais asiles, Tout-à-coup à mes yeux s'enveloppent de deuil :
J*j vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocens, qu'un tribunal perfide
Précipite dans le cercueil ' !
Cette ode doit «Toir ité composée peu de tems après le des prisoDoiers à Versailles. ( Noie de FÉditear. )
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