‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 95 sur 99 · Foyez le tome des OËuvres anciennes · texte numérisé non relu

Foyez le tome des OËuvres anciennes

> Le livre de M. Chénîer, écrivait le rui de Polo^joe, m'a B paru si modéré , si sage , si propre à calmer l'elTerTescence ,

• et si applicable même â d'autres pays, que je le fais traduire.

• J'ai pensé que la médaille «'jointe serait une marque conve- ■ nable du cas que je fais de cette production , et de l'opinion

• que j'ai de l'auteur. • Note écrite au bas d'une copie autographe de cette lettre, (rouvée dans les papiers d'André Chénier. [Noie de l'Éditeur.)

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34a MÉLANGES.

Ma surprise a égalé ma respectueuse reconnaissance; mais, attentif depuis long-tems à tout ce qui se fait sur la terre pour le rétablissement de la raison et l'amélioration de l'espèce humaine, je n'étais pas assez étranger aux affaires de la Pologne , pour ne pas connaître le caractère de Votre Majesté, et le prix dont un pareil suffrage doit être aux yeux d'un honnête homme : aussi dois-je avouer que l'inscription de la médaille ne peut manquer de m'enorgueillir un peu, car elle me rappelle que c'est uniquement la pureté des principes que j'ai essayé de développer, et le désir ardent que j'ai eu d'être utile, qui m'ont valu l'bonneui que je reçois, et qui vous ont Eût dïeiv cher dans la foule un inconnu , pour le prévenir par des marques aussi flatteuses de votre approbation. Vous avez, Sire, apfdaudi aux souhaits, et compati aux chagrins d'un homme pour qui il ne sera point de bonheur , s'il ne voit point la France libre et sage ; qui soupire après l'instant où tous les hommes connaîtront toute l'étendue de leurs droits et de leurs devoirs; qui gémit de voir la vérité soutenue comme une faction , les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violens, et qui voudrait enSn qu'on eût raison d'une manière raisonnable.

Si l'ouvrage, quel qu'il soit, que j'ai publié dans ces intentions survit aux circonstances qui

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l'ont fait luùtre (et il n'est pas impossible que le souvenir des distinctions 'dont Yotre Majesté l'a honoré lui assure cet avantage), ce sera, je n'en doute pas, un des traits dont on se servira pour caractériser notre siècle et l'époque où nous vivous, qu'un pareil écrit ait été une recommandation auprès d'une tête couronnée..' Mais cetfe particularité sera à peine remarquable dans l'hisr toire d'un homme-roi , dont la vie entière , animée du même esprit , n'aura été qu'un enchaînement d'eHbrts pour rappeler les hiuumes, ses couar itoyens, à des institutions saines, et les élever , à la hauteur de la Liberté; et qui, dans le dessein de poser ou d'affermir dans sa pairie les foikdçmens d'une constitution équitable e^ forte, aura mis. en œuvre autant dersoins, de ressources et d'activité que les roîs' -en auraient employé jusqu'ici à outrager ia nature humaine, et à éternisier son esdavagftet sa honte. L0s fables bous racon,taient de semblables choses <I'um Thésée; et, si les historiens antiques y joignaieiit les noias d'un ou de deux rois, à qui elles-. attribuaient aussi cette divine pensée . de, rendrç les peuples heureux par la liberté, et de circooscriire eux-mémçs volontairMàentlear pouvoir dans lés justes limites de ta loi et de la félicité publique, le spectacle de ce qui s'était passé dans notre Europe nous faisait rejeter ces histoires parmi les fables. Cette

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ÏDcréduIité ji^ sera plus permise à ceux qui de nos jours tourneront les yeux vers la Pologne.

Je reconnattrais mal la bienveillance honorable que Voire Majesté m'a témoignée , si je l'embarrassais ici par des louanges que ceux qui les méritent n'aiment pas à recevoir en face. Je crois, d'ailleurs, que les princes capables de concevoir et d'exécuter de si belles entreprises goûtent dans leur conscience une satisfaction trop au'dessus des louanges. Après ce témoignage intérieur, quel autre plaisir pourrait vous toucher, si ce n'est la réussite complète de ces vues humaines et bienfaisantes, et la douceur de sentir un jour et d'entendre tous les Polonais avouer que leur bonheur est votre; ouvrage? Et il ne manquerait rien sans doute k la récompense qui vous est due, si ce noble exemple fructifiait à vos yeux dans tous les empires, et pouvait être imité par tous les rcMS. puisse ce dernier succès vous être aussi assuré que les bénédictions de vos contemporains et de la postérité^

Agréez avec bonté, Sire, l'expression de mon respect et de ma reconnaissance , et les vœux ardens que je fais pour votre prospérité , que vous avez inséparablement attachée à celle de votre brave nation.

^ Paris, i8 oclobte 1790.

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