‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 96 sur 99 · DE MARIE-JOSEPH CHÉNIER · texte numérisé non relu

DE MARIE-JOSEPH CHÉNIER

PiHi, 17 ^Tiier 1788.

u E n'ai pu, mon cher frère, répondre plus tôt à votre lettre du 4 de ce mois. Elle m'a été remise quelques jours après l'arrivée du courrier; et j'ai employé quelques autres jours à chercher la tragédie à'Jgis' que je vous envoie, et qui ne se trouvait point chez la veuve Duchesne , à qui l'on s'adresse ordinairement pour les pièces de théâtre. Je n'ai d'ailleurs jamais eu tant d'occupations. Je faisais imprimer une ode sur la rentrée des protestans en France, quand un petit événement m'a engagé à m'occuper d'un autre ouvrage. Il a

I. La mort d'Agis IV, roi de Sparte, a été le sujet de plusicnrs ttag^ies. Ajfieri en a cMuposé unej et Guérin Duboutcal'en fit représenter une autre en i64>- Crébîllon en avait commencé également une troisième; et l'on prétend même que, sous ce titre, il voulait introduire sur la scèDe la mort de Charles I".

Quant à la tragédie dont parle Harie- Joseph Chénier, elle est de H. Laignelot; les acteurs du Théâtre-Françûs la jouèrent en 178a. Ce même M. Laignelot donna, neuf ans plus tard, au théâtre dit de la Nation, une tragédie inUtulée Riemi, qui, malgré quelques beaux vers, n'obtint aucuD succès. {Noledel'Édiuur.)

paru, dans cette ville des facéties, une focétie ÏDlitulée: Jlmanach des grands hommes. On accuse de ce chef-d'œuvre anonyme un comte de Rivarol et un M. de Champceuetz, que trop tous connaissez. C'est une longue satire en prose où Ton insulte les vivans par ordre alphabétique. Dans cette liste de sis cents auteurs, la plupart absolument ignorés, on en trouve quelques-uns qui ne le sont pas, Tahbé Delille, par exemple, et d'autres. Ces messieurs m'ont £tit l'honneur de penser à moi. Ils n'ont point parlé des ouvrages que j'ai publiés jusqu'ici, mais ils assurent que je dirige les Étrennes de Polymme. C'est un recueil de vers qui paraît tous les ans au mois de janvier, et dont ils m'ont appris le nom. Tai fait, à l'occasion de cette sottise, qui n'a pas laissé d'avoir de la vogue, précisément parce qu'elle blâmait quantité de personnes, j'ai fait, dis-je, un Dialogue du public et de Vanortyme '. C'est une pièce d'environ trois cents vers. Elle est d'un goût assez nouveau ; et ces messieurs , qui n'y sont point nomméis, seront, kot qu'on dit, passablement corrigés. Je me suis nommé , car c'est une satire. - Je suis d'avis qu'on ne doit attaquer persunaei mais il est bon de se venger, surtout lorsqu'en se vengeant on peut se faire autant d'amis. Quel-

1. foyet |« volume it«8 Poésiet de Marie-Joseph, QEwret anciennes, tome IIl, page m. (Noie de l'Éditeur.)

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que forte que soit la vengeance , le tort est toujours à l'agresseur. Cela paraîtra daos la semaine , et ma nouvelle ode ' quelques jours après. Je vous envMTai les deux ouvrages.

Vous vous plaisez à Londres, et je m'y attendais. Je voudrais bien pouvoir un jour vous aller embrasser dans cette belle ville, avant de vous revoir à Paris. C'est de tous les voyages celui qui me plairait davantage; mais jusqu'ici mon espérance à cet égard est un peu 'lignée.

' Vous hk paraissez indulgent sur Shakespeare. Vous trouvez (Ju'il a des scènes adnûrables. J'avoue que dans tous ses drames je n'eu connais qu'une seule qui mérite à mon gré ce nom, du moins d'un bout à l'autre : c'est l'enbxtien dUem-i IV mourant, avec son fils le prince de Galles. Cette scène m'a toujours semblé parfaitement belle. Ailleurs .et dans la màoie pièce, il y a des morceaux qui unissent la noblesse à l'énergie; mais il m'a pjmi qu'ils étaient courts. Dans le /ules- Cesar, par «temple , ia scène vantée de Brutus' et de Casfiius, avant la bataille (^Philippe, esC^ selon moi, très*vicieuse. Ces deuxpliilosophies, ces derniers Romaiiaa,r c'est tout dîi«,.tHit la colère de deux hommes du. peùplem Ce que Shakespeare a copiédePlutarqueest fort' boo; mais je ne saurais admirer ce qu'il y a ajouté. Les Anglais diront

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