‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 104 sur 209 · Vraie idée du saint-siége, p · texte numérisé non relu

Vraie idée du saint-siége, p

«. Tom. X, p. 731.

aimèrent à s'arrpger exclusivement le titre fastueux d* Église enseignante.

<( Mgr *Afrre adopte ce système et lui donne place, ^ans son catéchisme, p. il6.

« Oii appelle, dit M. Aflfre, les évêqties unis au sou- « verain pontife V Eglise enseignante ou simplement a l'Église. Eux seuls forment T Église enseignante, <f parce que c'est à eux seuls que Jésus-Christ a dit : « Allez, enseignez y je suis avec vous jusqu'à la fin des « siècles. »

c( Contre la nouveauté de ce système erroné, il nous serait facile d'accumuler un grand nombre de pas-* sages tirés de l'Écriture, des saints Pères, des catéchismes , etc. , qui démontreraient combien la preuve que le prélat voudrait tirer^en sa faveur de ce que ces paroles : Allez, instruisez, etc., ont été dites aux seuls apôtres, est caduque et sans force.

« Mais, au lieu de surcharger notre travail de ce grand nombre de citations, nous demandons à nos lecteurs de trouver bon que nous placions sous leurs yeux un seul extrait, emprunté au Traité de l'Eglise, par l'abbé de la Chambre, docteur de Sorbonne, auteur qui ne saurait être suspect ni à Monseigneur ni à ses théologiens; on a de lui, dit Feller, plusieurs écrits contre le baïanisme, le jansénisme et le quesnellism^

« Cet extrait est un peu long, mais le sujet y est traité avec tant de lucidité , les parties qui le compo-

sent sont si bien liées, qu'il nous a paru impossible d'en rien retrancher sans en altérer le sensi» et nous sommes persuadés qu'on nous saura gré d'avoir tran- * sent oe beau passage :

c( Voici les termes dont le Sauveur du monfie n'est servi en donnant la mission à ses apôtres : -« Toute « puissance m'a été accordée dans le ciel et dans la a terre. Allez donc et instruisez tous les peuples, « les baptisant au nom du Père , et du Fils , et du « Saint-Esprit... Assurez -vous que je serai toujours « avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Cette promesse est positive ; il faut qu'elle ait son entier accomplissement , parce qu'elle est absolue et que rien n'est capable d'empêcher réellement l'exécution d'un arrangement que Dieu n'a fait dépendre d'aucune condition. Or, que nous annonce la promesse solennelle dont il s'agit? Plusieurs vérités qui font clairement entendre que les prêtres sont associés avec les évêques au ministère évangélique, et qu'ils jouissent tous des privilèges qui y sont attachés. Entrons dans le détail. « La promesse dont il est ici question démontre que l'Ég^fêe n'est composée que de deux sortes de personnes : de celles qui donnent des enseignements et de celles qui les reçoivent, de celles qui administrent et de celles qui sont l'objet du ministère, ou, ce qui re- ^ vient au même, de pasteurs et de fidèles, de chefs et de brebis. 11 faut nécessairement que les prêtres appar-

tiennent à Tune ou à Fautre de ces deux Ciasses; les mettre dans la classe des simples fidèles*, c'est les confondre avec le peuple, c'est les avilir et avancer une erreur que l'Église a anathématisée dans tous les siècles. On doit donc. les regarder comme de vrais pasteurs.

2. « Quelles sont les fonctions des ministres de l'Evangile? Elles se réduisent à l'administration des sacrements et à la prédication des vérités catholiques. Les prêtres ont donc l'autorité et d'instruire et d'administrer : il n'y a qu'un seul sacerdoce dans la nouvelle alliance. Tous ceux, par conséquent, qui en sont revêtus et honorés, participent aux mêmes fonctions. Les évêques, il est vrai, possèdent la plénitude de la puissance spirituelle ; mais les prêtres en possèdent une portion dont on ne peut les dépouiller sans crime. Ils tiennent de Jésus-Christ même, en vertu de leur ordination, le pouvoir d'administrer les sacrements et d'instruire. Voici ce que les évêques leur disent en les élevant au sacerdoce : « Il faut que le prêtre offre, bé- « nisse, qu'il préside, qu'il prêche et qu'il baptise. » Ils sont donc chargés par état de la conservation du sacré dépôt de la foi, et il est absolument faux que les

4. Ehl dans quelle autre classe pourrait-on les mettre, si on les exclut de TÉglise enseignainieJ — Mettez -les où vous voudrez j répondait froidement l'archevêque Langlel. Quel langage!

évêques en soient seuls dépositaires. Vouloir que les prêtres se taisent pour ne laisser parler que les évêques, les réduire à la qualité de simples exécuteurs de leurs règlements, prétendre qu'ils ne sont établis que pour notifier leurs décisions, et soutenir qu'ils sont absolument sans autorité, c'est avancer des maximes diamétralement contraires à l'institution divine du sacerdoce, et qui la combattent dans ce qu'elle a de plus sacré. Les soixante et douze disciples , au ministère desquels les prêtres ont succédé, n'étaient point apôtres, et cependant ils avaient droit d'annoncer aux peuples les dogmes de l'Évangile et de se faire obéir, puisque Jésus-Christ a ordonné qu'on écoutât leurs instructions comme les siennes propres': « Celui qui vous écoute «m'écoute; celui qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise méprise mon Père qui m'a envoyé. »

3. c< Les prêtres sont les dispensateurs des mystères de Dieu et des vérités de l'Évangile. Malheur à eux, s'ils donnent les choses saintes aux chiens, et s'ils annoncent aux peuples des doctrines perverses et corrompues. Ils doivent donc, d'un côté, examiner avec soin si ceux qui se présentent au tribunal pour obtenir la rémission de leurs péchés, sont dignes de la participation aux sacrements, et de l'autre, ils sont tenus d'étudier, avec l'attention la plus scrupuleuse, l'Ecriture et la tradition, pour y puiser les vérités saintes

no DÉFENSE DES POUVOIRS

dont Us doivent instruire le peuple. DansTun et l'autre cas, ils ont incontestablement la qualité de juges. Ils en sont revêtus dans le tribunal intérieur de la pénitence, puisque ce sont eux qui décident de Tétat des pécheurs, soit par rapport à leur croyance, en jugeant si leurs sentiments sur la foi sont conformes à la révélation, soit par rapport à leur conscience, en jugeant s'ils sont réellement convertis. On ne peut leur disputer le même caractère lorsqu'ils enseignent. Dans cette circonstance, ils annoncent au peuple qu'il doit croire tels ou tels dogmes, et ils ne prêchent avec sagesse et avec prudence tels ou tels points de doctrine, qu'autant qu'ils jugent que ces mêmes points de doctrine font réellement partie du sacré dépôt. L'autorité d'instruction que les prêtres possèdent , suppose essentidlement en eux deux pouvoirs inséparaUes, celui d'examiner et celui de décider. Revêtus de l'autorité de l'enseignement, ils doivent sans contredit approfondir les vérités de la religion. Sans cela, ils risqueraient de se tromper et de séduire les autres. Dès qu'ils ont examiné si tels ou tels dogmes font ou ne font point partie des vérités catholiques, ils sont en droit de juger, et ce n'est qu'en conséquence de leur jugement qu'ils peuvent sagement prendre le parti de les notifier aux fidèles.

û. « C'est à tous ceux que Jésus-Christ a chargés de l'administration des sacrements et de l'instruction des

peuples, que Jésus-Christ a adressé ces célèbres paroles ; /e.^wis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Or, les évêques ne sont pas les seuls qui soient chargés de l'exercice de ce saint ministère : les prêtres y ont quelque part. Le Sauveur du monde les y a associés sous les yeux des premiers pasteurs, et par conséquent^ la promesse dont il est ici question concerne les prêtres aussi bien que les évêques, quoique ceux-ci tiennent le premier rang dans Tordre hiérarchique des ministres de l'Évangile.

ce On nous objectera sans doute que les apôtres étaient seuls avec le Sauveur du monde, quand il leur dit : Je suis avec vous tous les jours^ et qu'en conséquence, il faut concentrer en eux et dans leurs successeurs l'effet de cette divine promesse. M. Bossuet n'a jamais été frappé de ce raisonnement. Il remarque avec raison que c'est à la communion des pasteurs et des troupeaux que Dieu a promis d'être avec elle tous les jours ^. Saint Matthieu nous apprend, il est vrai, que les onze apôtres se rendirent en Galilée, et que Jésus- Christ leur fit la promesse dont il est ici question ; mais il ne leur dit point qu'il n'y eut qu'eux qui se trouvèrent à cette entrevue de Jésus-Christ. On ne trouve cette exclusion, ni dans l'Écriture, où on ne peut la mettre sans témérité, ni dans les Pères, qui sont les interprètes-

Page 1