‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 119 sur 209 · Lettre à Leibnitz sur la récept. du conc. de Trente · texte numérisé non relu

Lettre à Leibnitz sur la récept. du conc. de Trente

parents enseignent leurs enfants, les maîtres enseignent leurs élèves, les écrivains laïques enseignent et les peuples et les pasteurs. Aussi ces paroles dites aux apôtres s'adressent-elles à tout le monde dans leur personne. La tradition le proclame ; on l'a entendue. Et les deux infaillibilités se résolvent en une seule, par le texte même avec lequel Bossuet prétend les distinguer. Continuons de citer : (( Les évéques ou pasteurs principaux peuvent témoigner leur foi, ou par leur prédication unanime dans la dispersion de l'Église catholique, ou par un jugement exprès dans une assemblée légitime. Dans l'une et dans l'autre considération, leur autorité est également infaillible, leur doctrine également certaine : dans la première, parce que c'est à ce corps ainsi dispersé à l'extérieur, mais uni par le Saint-Esprit, que l'infaillibilité de l'Eglise est attachée; dans la seconde, parce que ce corps étant infaillible, l'assemblée qui le représente véritablement, c'est-à-dire le concile, jouit du même privilège et peut dire, à l'exemple des apôtres : // a semblé bon au Saint-Esprit et à nous. La dernière marque que l'on peut avoir que ce concile ou cette assemblée représente véritablement

l'Eglise catholique, c'est lorsque tout le corps de l'épiscopat et toute la société qui fait profession d'en recevoir les instructions, l'approuve et le reçoit; c'est là, dis-je, le dernier sceau de l'autorité de ce concile et de l'infaillibilité de ses décrets, parce qu'autrement, si

l'on supposait qu'il se pût faire qu*uQ concile ainsi reçu errât dans la foi , il s'ensuivrait que le corps de l'épiscopat, et par conséquent l'Église ou la société qui fait profession de recevoir les enseignements de ce corps, se pourrait tromper. » -

Tout à l'heure, l'infaillibilité enseignante siégeait dans les évoques et les prêtres; la voilà maintenant resserrée dans les évoques. Alors, pour être certain qu'un concile ne s'est point trompé, il suffit évidemment que les évêques l'approuvent; l'approbation des simples fidèles et des prêtres est inutile. Néanmoins Bossuet l'exige ; d'où il suit qu'il les fait aussi organes de l'infaillibilité. Effectivement, une page plus loin, il dit : « Je demande qu'on me montre un seul auteur catholique, un seul évêque, un seul prêtre, un seul homme quel qu'il soit, qui croie pouvoir dire dans l'Église catholique : Je ne reçois pas la foi de Trente, on peut douter de la foi de Trente. » Si le prêtre, si le laïque et le prêtre ne concourent point à l'infaillibilité de l'Eglise, à quoi bon leur suffrage pour établir que le concile de Trente est reçu quant au dogme, et partant qu'il n'a point failli?

De ce qu'il rapporte du concile de Jérusalem et de l'église anglicane, de ce qu'il dit dans la Réfutation de Ferry, dans le Premier Avertissement aux protestants, et au commencement et à la fin du passage de la Lettre à Leibnitz que nous venons d'examiner, il résulte que

Bossuet, comme Port-Royal, reconnaît aux prêtres,

même aux laïques, la qualité de juges dans l'Eglise. Mais, lui et Port-Royal la niassent-ils, qu'importerait, si la tradition et l'Écriture l'établissent clairement? La, manière d'honorer les grandes corporations et les grands hommes ne consiste pas à se draper de leurs misères.

Parce qu'Arnauld sera de Port-Royal et qu'on l'aura nommé le grand Arnauld, faudra-t-il le suivre dans ses prostemements absurdes devant l'épiscopat? ,

Irons-nous aussi , avec Nicole , dégrader les sacrements et le ministère du prêtre? « Lorsque l'évêque, dit-il , célèbre les mêmes sacrements que les prêtres , il le fait d'une manière très-différente d'eux, car il le fait comme souverain prêtre, comme vicaire de Jésus- Christ. Il le fait en quelque sorte en roi et en souverain, et comme ayant recueilli toute la puissance apostolique, au lieu que les prêtres le font avec dépendance de l'évêque et par ses ordres*. » D'où la conséquence que le sacrifice offert 'par l'évêque aurait plus de prix que le sacrifice offert par le prêtre ; que l'absolution donnée par l'évêque serait meilleure que l'absolution donnée par le prêtre ; et tandis que l'évêque consacre et absout comme vicaire de Jésus-Christ , le prêtre le ferait comme vicaire de l'évêque. Il n'est pas probable que Nicole l'ait pensé ; mais là pourtant mène le désir

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