II
m DÉFENSE DES POUVOIRS
reporte sans œsse la pensée vers la source d'où il dérive, du vicaire de Jésus-Christ, revêtu de l'humanité, à Jésus-Christ, éternelle Raison.
Rappelons-nous encore que les peuples du Nord, par qui l'empire romain fut démembré, créèrent une multitude d'États indépendants, et que sans une puissance qui les dominât, ils auraient anéanti l'association européenne, ébauchée par l'empire dans le paganisme, et que le christianisme devait achever sur des principes évangéliques. Les papes, déployant sur eux leur despotisme, les forcèrent de se rapprocher, leur imprimèrent les mêmes dispositions sociales, et produisirent ce qu'on appelle la chrétienté. Comme si cette dictature a'eût pas suffi, le mahométisme vint par l'épouvante resserrer les liens. En lançant contre lui l'Europe, les papes la sauvèrent de son mortel ennemi, et en la sauvant l'unifièrent davantage. Son unité se trempa à la double terreur papale et musulmane. La nouvelle Rome, comme l'ancienne et pour la détruire, emporta TEurope. Plus les papes furent hautains, audacieux, intraitables , mieux ils la servirent par une mise en état de siège pendant trois ou quatre cents ans. Elle n'eut d'autres lois que leur volonté. Toute autre ville sembla disparaître, Rome s'appela par emphase la ville, Urbs, comme le centre des affaires. Voilà comment ils ont foudroyé, pulvérisé le monde de la chute. Comme Moïse, ils ont tiré le peuple chrétien de la maison de
CONSTITUTIFS DE L'ÉGLISE. 3t3
servitude. Pendant trois siècles, ils Font forgé dans le désert du moyen âge. Il a vécu surnaturellement aussi, comme les Juifs dans le désert. L'épouvante et la mort marchèrent à côté des papes comme leurs officiers, ainsi qu'à côté de Moïse.
* UNION ESSENTIELLE DES POUVOIRS GOUVERNEMENTAUX ET DES POUVOIRS RÉGÉNÉRATEURS*.
Refusez aux laïques et aux prêtres le droit d'enseigner, de gouverner, vous brisez à leur égard le droit commun qui les constitue en société avec les évêques, et vous dissolvez l'Église. Effectivement, aucun catholique n'est exclu du pouvoir précatoire, ni du sacerdoce ni du gouvernement. Tous coopèrent à sanctifier le monde, et à instruire et régir l'Église. Le pouvoir précatoire, l'un des deux pouvoirs sanctificateurs, agit sans cesse dans le gouvernement ; car si le dogme se conserve, s'éclaircit, si la discipline se soutient ou se réforme, si des pontifes vertueux, éclairés, savants, sont nommés, ne I^ doit-on pas avant tout aux supplications des saints? De même, les pouvoirs gouvernementaux se mêlent continuellement à la sanctification, puisque les pouvoirs sanctificateurs, spécialement le sacerdoce (extérieur), suivent des règles sous l'au-