‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 157 sur 209 · Gourlin, de Gratiâ, t. I, p · texte numérisé non relu

Gourlin, de Gratiâ, t. I, p

7® Réaction contre le luthéranisme et le calvinisme. Bellarmin interpolé.

Mais toutes ces causes et le jésuitisme ne sont que des occasions. Si elles étaient la vraie cause, le XVII* siècle, qui a détruit les six premières et si bien attaqué les autres, aurait arrêté la décadence et rétabli la doctrine et l'empire de la grâce. La cause première, c'est le christianisme loi de l'État, l'homme rompant " la communication intérieure avec Dieu, la raison humaine ne s'élevant plus à Dieu intérieurement et par là se trouvant indépendante de la raison divipe , dès lors faible , ignorante ; cela finissant par être regardé comme l'état naturel , et l'homme ayant besoin, pour s'unir à Dieu , d'y être élevé surnaturellement. De là la sumaturalité et l'état de pure nature.

LA GRACE ou LA SURKATURALITE

Avant la chute, l'homme pouvait naturellement observer la loi éternelle. La chute l'écartant intérieurement de Dieu, sa nature s'affaiblit et il a besoin d'un secours. Tant qu'il était parfaitement uni à Dieu, c'està-dire, que la nature humaine avait toute sa vigueur,

4. 11 y a une surnaturalUé vraie; mais le plus souvent l'auteur prend le terme de sumaturalité en mauvaise part, pour désigner le faux surnaturel , le prétendu surnaturel primitif, indépendant de la chute. Éd.

Dieu agissait en elle suivant une mesure qu'elle demandait. Mais après qu'en tombant la nature humaine

s'est énervée, cette mesure d'action n'a plus suffi. Une autre a été nécessaire. Comme elle relève la nature, on l'appelle surnaturelle. On la nomme aussi grâce, parce que l'homme étant déchu par sa faute, Dieu pouvait justement l'abandonner, et que c'est par pure bonté qu'il ne l'a point fait.

Donc la grâce répare la nature. Elle rend à l'homme la possession de Dieu et elle le sauve, puisque la perte de l'homme n'est autre chose que de perdre Dieu.

Ainsi ne l'entend pas le purnaturisme. Il soutient que dans la création de l'homme la grâce fut ajoutée à la nature, afin d'élever l'homme à Dieu ; que la chute retrancha la grâce et laissa la nature saine, et que la grâce est simplement réajoutée par le christianisme. La nature humaine n'étant point faite pour posséder Dieu et l'homme ne le possédant qu'au moyen de la grâce, l'absence de Dieu n'est point un mal réel pour l'homme; car un être n'est véritablement malheureux que de ne pas avoir ce dont sa nature est capable. Sans la possession de Dieu l'homme a le bonheur purnaturel que sa nature désire et comporte. Que s'il aspire à la félicité surnaturelle qui consiste à jouir de Dieu, la grâce lui est nécessaire. Que s'il se contente du bonheur naturel, elle lui est ^on-seulement inutile, mais nuisible, parce que n'étant pas toujours efficace, elle lui

impose des devoirs qu'il ne remplit point, et dont la violation entraîne la perte du bonheur surnaturel et du bonheur naturel. C'est pourquoi il eût été infiniment avantageux au genre humain de ne jamais sortir de la pure nature. La grâce forme la grande plaie de l'humanité. Voilà ce qu'au fond disent ceux qui innocentent l'ignorance invincible, enseignent qu'il y a des actions bonnes sans rapport à Dieu, admettent le péché philosophique.

De ce que l'homme est intérieurement, immédiatement uni à Dieu, il suit que Dieu concourt avec lui, et infiniment plus que lui, dans le penser et le vouloir; que le prévenant pour commencer, le prévenant pour continuer, le prévenant pour achever, il détermine le choix du libre arbitre, si ce choix est bon. S'il est mauvais, l'homme le détermine lui-même en ne correspondant point au concours de Dieu.

Le pumaturisme rejetant la communication intérieure avec Dieu , la pensée ne dépend que d'ellemême, et le libre arbitre détermine les choix bons comme les choix mauvais. Il faut que l'homme ait autant de force pour Je bien que pour le mal, sans quoi le bien lui serait impossible, et il ne serait pas coupable de mal faire.

Quant aux devoirs purnaturels qui s'accomplissent sans la charité , le péché originel n'ayant enlevé que le surnaturel , l'homme a toutes les forces de la na-

ture*. Néanmoins, à cause sans doute de rexpérience si contraire, les purnaturistes déclarent que sans la grâce on ne peut accomplir longtemps les devoirs purnaturels.

Quant aux devoirs surnaturels, la grâce est nécessaire comme dans l'état d'innocence, mais plus abondante, la puissance du bien devant toujours égaler celle du mal. Judas a eu autant de grâce que saint Pierre et la Madeleine 2.

Tous les hommes ayant les grâces suffisantes, Dieu veut le salut de tous, et s'ils ne se salivent pas tous, c'est qu'ils n'y correspondent pas *.

Sans doute. Dieu veut le salut de tous, mais non pas au même degré.

1" Il veut le salut de tous, puisqu'il n'a point laissé l'homme échappera son auteur jusqu'à perdre radicalement l'intelligence et la liberté ;

2* Ni pour lors laissé périr l'univers tombé avec l'homme;

3"* Puisqu'il a institué des moyens réparateurs applicables à tous.

C'est en vue de Jésus-Christ que Dieu a conservé le monde. Tout bien relatif à la vie terrestre vient de Jé-

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