‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 173 sur 209 · Voir la Revue ecclésiastique, t. IX, p · texte numérisé non relu

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homme formé à l'image de Dieu, qui par là est capable de le connaître et qui en porte l'idée gravée dans son âme; d'un homme qui a un désir invincible d'être heureux et qui ne tend à autre chose par toutes ses recherches et ses agitations ; d'un homme enfin dont le cœur est si immense qu'il ne peut être pleinement heureux que par la possession d'un bien infini, éternel et immuable. C'est d'un tel homme que je soutiens qu'il n'a pu, §ous un Dieu juste, être misérable, aveugle, enclin au mal avant sa désobéissance.

« Cette remarque est nécessaire, parce qu'il y a des théologiens qui n'admettent la possibilité de l'état de pure nature qu'en supposant que l'homme serait fort différent de ce qu'il est en effet, que destiné à jouir avec modération des biens créés , il n'aurait que des désirs proportionnés à cette fin, et que par conséquent il ne sentirait point d'impression invincible vers le souverain bien. Or cette question purement métaphysique n'est point la nôtre... Il ne s'agit pas de savoir si Dieu pouvait lui prescrire une autre fin et lui donner d'autres inclinations que celles qu'il a maintenant^. »

Toutefois, direz-vous, Dieu ne pouvait-il pas créer l'homme pour une fin purement naturelle, c'est-à-dire pour jouir avec modération et reconnaissance des biens créés et sensibles? Ue quel homme parlez-vous ici?

4. Troisième Lettre sur T impossibilité de l'état de pure nature, pour la justification du R. P. de Gennes, 1722. P. 3ï et 33.

Est-ce d'uQ homme chimérique que Timagination se forme à plaisir, ou de l'homme tel qu'il est par sa nature? Que sais-je si Dieu pouvait mettre dans le cœur de l'homme des inclinations aussi bornées que les biens sensibles, ou lui donner un désir d'être heureux qui pût être pleinement satisfait par la possession des biens finis et créés? Je laisse une pareille question aux gens oisifs qui aiment à se perdre dans le pays des chimères ^. »

Quelle est donc la question que Gennes prétend traiter? Il nous l'a dit et il va le rappeler : u II s'agit ici, poursuit-il, de l'homme tel qu'il est en effet, c'est-àdire d'un homme qui naît avec un désir invincible d'un bien éternel, infini, nécessaire, qui est Dieu même. La possession de ce bien est sa fin naturelle. Or, c'est d'un tel homme que j'assure qu'il n'a pu avoir pour terme de sa félicité la jouissance des biens créés et sensibles, parce qu'un Dieu sage n'a pu concevoir deux desseins aussi contradictoires que celui de faire un être capable de le posséder et celui de le destiner à une fin basse et terrestre. »

Non, sans doute. Aussi la question n'est pas si Dieu créant l'homme capable de le posséder, a pu le destiner à posséder autre chose que lui : le contraire est trop évident ; mais s'il a pu le créer non capable de

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