Col. III, i
l'amour de Dieu et Taniour du monde, l'un bon, jouissant de Dieu et usant des créatures, l'autre vicieux, jouissant des créatures et usant de Dieu, comme parle saint Augustin. Il appelle le premier charité, et le second cupidité.
D'après l'aristotélisme, la raison humaine étant isolée de la raison divine, se trouve elle-même sa loi, et il n'est pas besoin d'avoir égard à Dieu dans tout ce qu'elle peut atteindre et régler. L'amour des parents, de la patrie, de l'humanité, porte en lui-même son motif suffisant. Il n'est pas non plus nécessaire d'aimer Dieu pour lui-même, mais pour les biens différents de lui qu'il dispense, puisque, dans ce système, il est étranger à l'âme, qui ne peut naturellement le posséder.
Le devoir ainsi conçu, c'est celui du purnaturisme. Saint Augustin l'a combattu dans les pélagiens. Julien lui demandait : « Si un païen revêt un homme nu, cette action est-elle un p3ché parce qu'elle n'est pas faite selon la foi? » « Oui, répondait saint Augustin, il est sans doute qu'en tant que cette action n'est pas faite selon la foi , elle est un péché, non que l'action de revêtir un homnie soit par ' elle-même un péché; mais il n'y a qu'un impie qui puisse nier que ce ne soit un péché de ne point rapporter au Seigneur la gloire d'une telle action *. » — « Fabricius sera puni
i . Contre Julien, 1. IV, art. 30.
avec moins de rigueur que Catilina, 'non parce (ju'il était bon, mais parce que Catilina était plus méchant que lui, et qu'il était moins impie que Catilina : ce n'est pas qu'il ait de véritables vertus, mais c'est qu'il ne s'en éloignait pas autant que la plupart des autres^. »
Cependant les purnaturistes ont le front de s'autoriser de lui. Ils citent un sermon ^ où, distinguant une charité divine et une charité humaine, il dit que la charité humaine, « non-seulement est permise, mais commandée. Aimez donc, ajoute-t-il, vos femmes, vos enfants, vos amis, vos concitoyens; mais prenez garde que cette charité peut se trouver chez les impies, c'està-dire chez les païens, les juifs et les hérétiques. »
Tout à l'heure nous avons vu ce qu'il pense de la charité d'un païen qui revêt un homme nu. Quelque bonne, en elle-même, que soit une telle œuvre, il n'hésite pas à déclarer qu'étant vide de Dieu, elle est mal faite, el que ce païen pèche. Il est évident qu'il en serait de même s'il était juif ou hérétique. Aussi, dans le même discours, saint Augustin engage le peuple qu'il prêche à ne pas se contenter de la charité humaine et d'y joindre la charité divine.
Que prouve encore le texte suivant? « Si un schismatique, et par conséquent privé de la charité, souffre par la crainte de l'enfer les afflictions, les angoisses, la nudité, la persécution, les périls, la prison, les