‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 189 sur 209 · JANSÉNISME · texte numérisé non relu

JANSÉNISME

Qu'est-ce que le Jansénisme? C'est la négation implicite du libre arbitre sous le nom de grâce efficace par elle-même.

« La manière catholique de tenir la nécessité de la grâce efficace, dit Du Mas vers la fin de son premier Eclaircissement, est de reconnaître que cette grâce ne manque jamais, du moins aux justes, que par leur

4. Jansen., t. III, p. 268. — Sanct. Bernard, de Gratiâ et libero arbitrio.

2. Jansen. Ibid , p. 262 et 263. — Sanct. August. de Libero Arbitrio, l. m, c. m.

3. Jansen. Jbid., p. 266et 267. — Sanct. August. de Civit. Dei, 1. V, c. X.

4. Le manuscrit porte ici en marge : Les 5 art. dans Dupin, JJist. du xvii« siècle, t. IF, p. 237; Censure de Sainte-Beuve, Paix de Clément IX ; — rédigés par Girard et Nicole. Voir Plainte à IIal)ert, p. 15. — Causa Quesnelliana. — Sur la^ grâce efficace par elle-même, voir Lettres théologiques contre Bissi, p. 126, et les deux premiers volumes «de la Justification d'Arnauld. — La Profession de foi en tète de l'Éclaircissement du sens et du fait.

faute ; qu'ils ont toujours dans le besoin d'autres grâces intérieures, vraiment et proprement suffisantes, dont l'effet est d'attirer la grâce efficace , et qui l'attirent infailliblement quand on ne les rejette pas ; mais qui demeurent souvent sans effet, parce qu'au lieu d'y consentir, comme on le pourrait , l'on y résiste. Selon qu'on reçoit ce principe ou qu'on ne le reçoit pas, on est catholique ou hérétique. »

« J'avoue, dit Quesnel, que s'il faut admettre ce principe pour être catholique, et que ce soit être janséniste et hérétique que de ne l'admettre pas, tous les disciples de saint Augustin et de saint Thomas nonseulement l'ont été dans les premiers temps, mais qu'ils le sont encore aujourd'hui ^. » « Voilà qui est claie et net, s'écrie un autre écrivain, et il faudrait être bien stupide pour ne pas comprendre que, selon M. Du Mas, la plume et l'organe des jésuites, c'est un dogme de foi^ qu'il y a des grâces vraiment et proprement suffisantes, dont l'effet est d'attirer la grâce efficace, qui l'attirent quatid on le veut, et qui souvent ne l'attirent point, parce qu'au lieu d'y consentir, comme on le pourrait, on y résiste; c'est-à-dire, pour mettre la chose déBnie à la place de la définition, qu'il y a des grâces vraiment moliniennes , et que la seule manière catholique de tenir la grâce efficace est de reconnaître

\ . F^a Paix de Clément ÎX, p. 34.

avec elle des grâces versatiles ^. » Suivant le même auteur, reconnaître au juste qui tombe un tel pouvoir de pratiquer le bien et de fuir le péché, qu'il ne tienne qu'à lui de faire l'un et d'éviter l'autre, ce serait nier que la grâce efficace soit absolument grâce 2.

De là il résulte que la grâce efficace exige que l'homme ne puisse rien qui l'appelle.

Le juste vient d'accomplir la loi par la grâce efficace. Il faut donc qu'aussitôt il perde le pouvoir de l'accomplir encore et d'attirer la grâce efficace , sans quoi il ne saurait avoir la grâce efiicace pour l'instant suivant; or, perdre ce pouvoir à chaque instant, et à chaque instant le recevoir de nouveau , suppose que ce pouvoir est étranger dans l'homme, c'est-à-dire que l'homme est une machine.

Que si on voulait que ce pouvoir fût propre à l'homme, c'est-à-dire que la grâce ne fît que le fortifier, on prouverait qu'il est nul, c'est-à-dire encore que l'homme n'a point d'activité. Supposons que le juste, après avoir surmonté une grande difficulté avec une grande grâce, n'ait à faire qu'une chose très-facile : il faut immédiatement qu'il perde le grand pouvoir afin de recevoir le très-petit. Un tel changement ne peut s'opérer qu'en supposant que le pouvoir qu'on veut en nous, est nul.

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