GRACE EFFICACE
Il y aurait contradiction qu'on résistât à la grâce efficace, puisqu'elle est efficace, précisément parce qu'on n'y résiste point. Pareillement contradiction de résister à une grâce plus forte que la cupidité. Cependant le juste tombant et pouvant ne pas tomber avec une grâce suffisante, c'est-à-dire plus forte que la cupidité, sans
4 . Les jansénistes enseignant une fausse grâce efficace, et les molinistes une fausse grâce suffisante, Bordas, à cause de l'équivoque, évitait en général d'employer ces expressions, quoique susceptibles d'un bon sens, et quoiqu'on doive en effet distinguer deux différentes sortes de grâces. Éd.
DANS LA GRACK. 435
quoi il n'aurait pu lui résister. Écartons les mots et allons aux choses : toutes les fois que Dieu veut que l'homme ne tombe pas, la grâce est invincible ; toutes les fois qu'il permet la chute, la grâce cède. En Dieu, deux volontés, l'une de secours, et l'autre d'approbation. Par celle-ci. Dieu ne veut jamais la chute; par l'autre, on peut dire qu'il la veut, puisqu'il la permet. A la vérité, il ne la veut pas de concours, mais d'abandon ; il la veut d'abstention.
On agit nécessairement selon l'attrait le plus fort, necesse est operari quod ampliùs delectat : maxime abusive^.
* GR/LGE EFFIC/LGE PAR ELLE-MÊME.
La grâce efficace qui fait elle-même son ouvrage, qui opère indépendamment des circonstances (sans congruisme), sans coopération de la volonté, détruit le libre arbitre; elle suppose que Dieu fait tout en nous. Bossuet (Traité du libre arbitre) ^ la Revue ecclésiastique (n° 2), Mahé {Dialogues), pour expliquer son opération, partent de la conservation considérée comme création continuée.
Amauld suppose que Dieu produit en nous nos perceptions (sources de nos connaissances) par sa
\ . La maxime eât de saint Augustin ; c'est encore un point sur lequel les disciples de Jansénius Tont suivi trop servilement. Éd.
puissance. Il le fait agir précisément comme Spinosa ; dans sa discussion avec Malebranche, il différait donc surtout en ce que Malebranche nous faisait éclairer par la sagesse divine , et Araauld par la puissance. Ceux qui supposent l'homme détruit par la chute et Dieu obligé de tout faire surnaturellement, se rencontrent avec Bossuet, Arnauld. Cependant Bossuet, comme théologien, soutient que l'on résiste à la grâce très-réellement; il admet des grâces suflBsantes. Les autres partisans de la grâce efficace par elle-même ^ croient en général que la grâce a toujours l'effet qu'elle peut avoir, eu égard à la disposition de la volonté.
Molina part évidemment du principe que Dieu ne fait rien dans l'homme. La grâce est pour lui comme une habitude , dont la volonté découle. Elle influe sur l'action, dit-il, et non sur le principe d'action 2.
Avec le concours de la volonté , les mots indeclinarbiliteret les autres de isaint Augustin s'expliquent trèsbien, et Bossuet le fait. Car on demande à Dieu de nous donner une volonté pour le bien , qui ne puisse être vaincue par la volonté pour le mal.
Le sens divisé ne signifie rien, à moins que l'on
4 . Saint Augustin, selon Bossuet, n'emploie nulle part Fexpression de grâce efficace par elle-même. Lettre %0\ , à Tévêque de Luçon.