‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 200 sur 209 · PENSÉES DIVERSES SUR LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR LE CHRISTIANISME

Honorons les saints, martyrs, moines, docteurs, qui ont tant contribué à fonder l'Eglise, où nous vivons. Quelles souffrances! quelles privations! quels travaux! lis se reposent éternellement, à nous est passée la tâche de refonder l'Eglise ruinée.

A M. N. MARTIN MATTEOS.

Paris, 10 mai 1853.

Si je n'ai pas plus tôt répondu à votre question : Comment faut-il étudier rÉcritjire? c'est que je 'n'ai presque rien à vous dire que vous ne sachiez déjà , et que la chose réellement importante était de vous fournir les moyens de faire cette étude. Ce qui n'était pas une médiocre difficulté. Heureusement , un Belge de nos amis, M, H..., étant venu nous voir, nous a mis en mesure de vous envoyer deux cent cinquante-huit volumes...

Quant à l'Écriture, elle roule sur la chute et sur la réparation de l'homme, et sur Jésus-Chrit , qui est son réparateur. La réparation se divise en deux périodes : la première embrasse la préparation, et va, dans la religion, jusqu'à la venue de Jésus-Christ , et , dans la politique, jusqu'à la Révolution française; la seconde embrasse l'accomplissement, et commence, dans la religion, à la venue de Jésus-Christ, et, dans la politi-

que, à la Révolution française ; cette période de l'accomplissement de la réparation s'étendra jusqu'à la fin du monde. Quoique l'Écriture, c'est-à-dire la Bible, ait été terminée il y a dix-huit siècles, elle s'adresse à tous les temps; mais ce qui concerne chaque temps n'est en général compris que lorsque ce temps est arrivé. Ainsi , jusqu'ici les interprètes n'ont point vu la rénovation sociale de l'homme ; ils ne parlent que de la rénovation religieuse : ils pensent que les biens promis aux chrétiens sont purement spirituels, et que l'ancienne loi ne figurait que le bonheur du ciel. Il est vrai qu'il s'agit principalement de la vie future, mais secondairement il s'agit aussi de la vie présente. Ajoutons que la rénovation sociale, le bien-être temporel servent à la rénovation religieuse et aident à obtenir la félicité éternelle; caria servitude, la misère, l'ignorance entraînent ordinairement avec elles la superstition et le vice.

Etudier la Bible, c'est tâcher d'y voir ce que je viens de dire.

A M. l'abbé FORICHON^

Paris, 29 mars 1854.

... La partie qui se trouverait convenablement disposée (pour recevoir la bénédiction nuptiale), devrait attendre l'autre, et jusque-là toutes les deux vivre

comme étant réellemenjt mariées. Je défie de trouver un autre moyen général d'éviter les innombrables sacrilèges qui se commettent.

Le concile de Trente attribue à l'Église ce qui ne lui appartient point, voilà tout. Il a décidé d'une chose qui n'était point de sa compétence, car le mariage, union naturelle, en tant que telle, ne ressort que de la puissance sociale. Ce qui compétait au concile, c'était le sacrement qui sanctifie l'union conjugale. L'Église a le droit de juger dans quel cas les époux peuvent ou ne peuvent pas vivre maritalement, mais elle n'a pas le droit de rompre ou d'empêcher le mariage.

A M. HANE6RAEFF.

Paris, 6 décembre 1850.

... La difficulté dont vous parlez s'est présentée à mon esprit quand j'ai cherché le principe du gouverne-

ment ecclésiastique. On la lève en songeant qu'un évoque, dans quelque erreur qu'il tombe, fût-ce l'athéisme, conserve le pouvoir d'administrer les sacrements, mais qu'il perd le pouvoir d'enseigner et de gouverner. C'est que, pour prendre part à l'enseignement et au gouvernement de l'Eglise, il faut être dans son sein, c'est-àdire professer la croyance orthodoxe. De même , tout homme peut baptiser; mais il n'y a que le laïque catho-

lique qui ait le droit de participer à renseignement et au gouvernement ecclésiastiques.

AU MÊME

Paris , 2 octobre 4 851 .

Comme M. S... peut avoir besoin immédiatement des réponses à vos questions, je vous les adresse sur-lechamp, d'autant mieux qu'elles sont très-courtes , et qu'il me serait impossible de les démontrer dans une lettre,

La juridiction émane tout entière du caractère de l'ordre et lui est identique, en ce sens que gouverner et sacrementer sont deux fonctions du même pouvoir, c'est-à-dire du sacerdoce, qui est communiqué par l'ordination. .

La juridiction est universelle comme Tordre, c'està-dire la fonction de gouverner comme celle de sacrementer. Les droits de la juridiction ne peuvent i>as plus être délégués que ceux de l'ordre. Lorsqu'il y a délégation, elle tombe uniquement sur l'exercice. C'est pourquoi un évêque ne peut jamais déléguera un prêtre que l'exercice des droits qui appartiennent à la prêtrise. Les évêques, \e pape ont des commissionnaires et point de lieutenants ; et tout ce qui se fait par ces commissionnaires doit être ratifié par ceux qui les ont envoyés. Tous les droits sont illimités. L'évêque est

évêque de l'Eglise universelle, le prêtre est prêtre de l'Eglise universelle; naais pour éviter la confusion, on renferme l'exercice de leurs droits dans un diocèse et dans une paroisse. Quoique le droit soit absolu, irrestrictible, l'exercice peut se modifier à l'infini. Mais, si la nécessité l'exige, l'exercice devient absolu comme le droit; l'évêque, le prêtre peuvent user de leurs fonctions en tout temps et en tout lieu.

Les laïques étant les ministres extraordinaires du baptême , il ne leur est permis de le conférer que lorsque les prêtres et les évêques , qui en sont les ministres ordinaires, ne le peuvent pas. Ce qui n'empêche pas que tout baptême du laïque ne soit bon ou valide; mais tout baptême n'est pas licite^ c'est-à-dire que le laïque qui baptise sans nécessité fait mal, quoiqu'il donne un baptême bon.

Le fondement du gallicanisme de Dupin, des parlements , est vrai ; mais ce gallicanisme et celui de Bossuet sont si encroûtés de scolastique, qu'on n'y voit guère clair, à moins qu'on ne possède déjà les principes du gouvernement ecclésiastique. Quoiqu'il y ait beaucoup de vérités dans leurs écrits, et qu'on doive les consulter, les méditer, il ne faut point les prendre pour guides. On peut approuver la constitution civile du clergé de 1790, dans son principe et dans ses articles ; cependant le mode d'élection, qui appelle tout le monde à nommer les pasteurs catholiques, est vicieux.

et quelques autres articles aussi. Ensuite cette constitution ne reconnaît pas assez les droits des laïques ni des prêtres.

AU MÊME

Paris, 2l8avriH855.

Il me semble que j'établis directement le pouvoir précatoire. Par les passages liturgiques que je cite, il est manifeste que le Saint-Esprit opère la transsubstantiation à la prière des fidèles. Par les passages de saint Augustin, il est également clair que dans le bapténne et la pénitence il remet les péchés , aux prières des justes ou vrais fidèles. Les Sacrements étant de même genre, je conclus que ce qui se passe dans ces trois , se passe dans les autres, et je montre que le pouvoir qui obtient TefFet ne doit pas être le même que celui qui administre. La théorie de la substance n'est point donnée comme une preuve de l'existence de ces deux pouvoirs ; ce n'est qu'une comparaison propre à éclairer le sujet.

Non-seulement il est évident par les endroits où il en parle, que saint Augustin adniet le pouvoir précatoire, endroits que je n'ai pas tous rapportés; mais c'est une doctrine qui lui est généralement attribuée par les théologiens, et que Nicole a fort bien expliquée. Je ne puis comprendre que vous niiez un fait si avéré.

Les lignes que vous mentionnez ne prouvent rien, puisque saint Augustin ne dit point là comment Dieu donne la grâce du sacrement.

En supposant que les anges eussent demandé la rédemption/ on n'en détruirait nullement la gratuité, puisque, et les mérites et la volonté de prier, tout vient de Dieu. Comme dans l'œuvre du salut tout est gratuit , avec votre argument, les saints ne pourraient rien demander; ce privilège serait réservé aux pécheurs ! Vive la théologie au xix* siècle !

Outre les autres pervertissements qui souillent l'Eglise, comment contester celui du 8 décembre dernier? L'immaculisme fût- il aussi vrai que deux et deux font quatre, du moment qu'il était seulement une opinion, il n'est pas moins hérétique de le déclarer dogme, que, s'il avait été dogme, il serait hérétique de l'avoir déclaré opinion. La chute du pape et des évêques doit étrangement embarrasser ceux qui placent en eux l'Église. Mais c'est leur affaire.

AU MÊME

Paris, 26 juin 4855.

... Votre lettre et une que M. S... m'avait écrite auparavant, nous ont étonnés. Huet et moi, nous vous croyions plus forts en théologie. Vos objections nous paraissent si peu objections, que nous ne pouvons nous

les expliquer que par la supposition que vous aurez été désorientés par ce qui se passe dans T Eglise. Et en vérité, cela est bien fait pour troubler l'esprit. Cependant je ne saurais vous pardonner de dire que si Tincarnation avait été demandée, elle ne serait pas gratuite. Outre la théologie, c'est un attentat contre la théorie des idées, qui vous rend philosophiquement pendable.

AU MÊME

Paris, 4*' décembre 4855.

... Il paraît que M. S... s'éloigne un peu moins de notre manière de penser sur l'état actuel de l'Eglise. Je ne doute pas que le seul fait de Timmaculisme, lorsqu'il s'en sera bien rendu compte, ne le fasse convenir que nous n'exagérons rien. Aimant la vérité et l'Eglise comme nous l'aimons, il sentira que nous devons unir tous nos efforts contre leurs ennemis, et tâcher de renverser les évêques actuels et d'en établir de bons.

A M. STAPPAERTS.

Paris, 30 mai 4852.

Votre travail sur l'élection des évêques parait entrepris fort à propos. Dans ce que vous me citez de la rédaction, je ne vois que l'expression parfaitement

évéque qu'on puisse chicaner avec quelque apparence de raison. Il faudrait dire bien nettement que Tévêque sacré a la plénitude du sacerdoce; seulenaent, qu'il manque d'une condition pour le bien exercer, pour l'exercer pfDfitablement , s'il est placé sur un siège sans le concours des laïques; en d'autres termes, ne laisser aucune supposition possible de croire qu'il emprunte quelque pouvoir pontifical à l'élection.

AU MÊME

Paris, 41 mars 4853.

Votre difficulté est purement de mots. Qu'est-ce que l'Église? C'est, sans doute, les évêques, les prêtres et les laïques. Donc, dire que les clefs ont été données à l'Eglise, c'est dire qu'elles ont été données aux évêques, aux prêtres et aux laïques. Ceux-ci les exercent, non comme délégués de l'Eglise, mais comme membres de l'Église. Il n'y a point deux pouvoirs des clefs ; il n'y en a qu'un, lequel a plusieurs sortes d'exercices. C'est par le même pouvoir que le prêtre absout au tribunal de la pénitence, et qu'il excommunie; et on peut dire, ou que c'est lui , ou que c'est l'Église, qui produit les deux actes. C'est lui , si on ne considère que ce membre du corps de l'Église; c'est' elle, si on considère qu'elle agit par ce membre. Dans tous les cas, il

faut rapprobatioQ explicite ou implicite de toute l'Eglise. Pour Texcommunication, c'est évident. Pour l'absolution sacramentelle, supposez que le pécheur se confesse publiquement, en présence de tous les évoques, de tous les prêtres, de tous les laïques ; il fiatudra, si le confesseur lui donne l'absolution ^ que tous jugent qu'il doit la lui donner, et, s'il la refuse, que tous jugent qu'il doit la lui refuser, ou plutôt tous, selon leur degré de pouvoir, l'absoudront ou le lieront à la fois.

Les Pères n'ayant parlé qu'en passant et pour un objet particulier, du don des clefs, ils ne se sont pas assez expliqués en général. Il faut aller au fond de la chose et suppléer à leur insuffisance.

AU MÊME

Paris...

Les deux difficultés que vous élevez proviennent de ce que, sans doute, je ne me suis pas assez expliqué.

i** Ce n'est point le dogme , c'est la discipline qui prescrit au laïque de baptiser seulement dans le cas de nécessité. Oui, l'usage est inséparable de la propriété; mais l'Eglise a le droit de le régler dans l'intérêt de ses membres. Voyez l'évêque, avec la plénitude du sacerdoce : peut-il baptiser, sans nécessité, hors de son diocèse ? C'est la discipline pareillement qui le lui in-

CORRESPONDANCE RELIGIEUSE. m

terdil. Or, que le laïque baptisât toujours^ Finconvénient ne serait pas moins grand que si Tévêque baptisait partout où il lui plairait. Tout tomberait en confusion.

2" Par ordre ^, je n'entends point nature différente, mais degré différent. Par conséquent il faut écarter de là toute idée d'infini et d'annulation d'un pouvoir devant l'autre. La comparaison que j'ai tirée des mathématiques, est aussi étrangère à l'infini et à ses divers ordres. Il s'agit d'un terme qui devient nul dans un cas particulier à l'égard d'un autre, mais qui ne l'est point constamment par sa nature. Le dissentiment des laïques n'annulerait point l'avis des évoques et des prêtres; il ne l'empêcherait que de passer en dogme, il le maintiendrait au rang des opinions libres. La décision d'un concile n'est obligatoire que lorsqu'elle a été acceptée par les évêques, les prêtres, les laïques qui n'assistaient point au concile. En général, l'unanimité se déclare assez vite et manifestement. Cependant l'Église pourrait se partager en deux grandes masses, comme au temps de l'arianisme. Alors l'embarras n'est pas médiocre pour les gens peu instruits.

i. Dans le passage suivant de la Lettre à M, V Archevêque de Paris : « Les voix n'étant pas du même ordre^ celles des laïques et des prêtres ne peuvent se compter avec les voix des évêques, ni les voix des laïques avec celles des prêtres. » Essais sur la Réf. cathol,, p. 86. Éd.

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