‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 34 sur 209 · II · texte numérisé non relu

II

En quoi consiste l'application des signes sacramentaux sur le corps de Thomme ? Elle consiste en paroles que le ministre prononce et en actes qu'il feit. Or il peut aussi bien prononcer ces paroles et faire oes actes étant hérétique ou en péché mortel qu'étant orthodoxe et en grâce. D'où il résulte que, quelles que soient sa croyance et sa moralité, les sacrements sont valides.

De même seraient-ils efficaces si le ministre du signe était le ministre de l'opération divine ? Comment feire que Dieu opère ? Q»el pouvoir y a-t-ii sur lui que la prière? Or il peut bien écouter le pécheur qui prie pour soi ; mais l'écoutena-t-il priant ipour les autres ? Est-ce dans l'ordre? Cependant il faudrait qu'il l'écoutât toujours, car l'effet des sacrements ne manque jamais si celui qui les reçoit est suffisamment ipréparé?

Direz-vous que cette partie du sacrement n'a d'autre ministre que Dieu ; que toutes les fois que le pontife applique le signe, Dieu donne la grâce sans que personne l'y sollicite; en sorte que le don de la grâce à l'âme et l'application du signe sur le corps sont deu% actions absolument indépendantes, quoique Tune accompagne infailliblement l'autre? Mais considérez ce qu'alors deviendrait le sacerdoce. Il ne consisterait qu'à pouvoir faire une chose matérielle. Jésus-Obrist ne communiqua-t-il qu'un pouvoir semblable aux apôtres, en leur disant : Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie ?

CpNÇTITUTIFS DE L'ÉGLISE. 67

D'ailleurs, la forme précatoire des sacrements ne perjnet pçts (d'admettre (jup Dieg opère sans qu'on le lui demande. Tous, explicitement ou implicitement, s'administrent p^r 1^ prière. Et ce n'est point l'application du signe que le pontifç demande, c'est l'opération divine ; ce n'est point le sacrement, c'est son effet.

Mais il n'y a que la grâce qui ait le droit de solliciter \^. grâcç po,ur aiftnii. Jl n'y a que la sainteté qui puisse être Jie ministre de la sanctification. La conscience se révolte à l'idée que le vice la dispense. On a entendu saint Augustin le proclamer : <( Ce n'est point aux méch^ojts que le Seigneur aurait dit : Les péchés seront rerfiis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez, n Voilà pourquoi les sectes que le spectacle des désordres du clergé suscita au moyen âge, voilà pourquoi ces sectes, confondant les sacrements avec leurs effets, soutenaient que les sacrements sont nuls quand celui qui les confère n'est pas pur.

Or, cçlui qui les confère pouvant n'être pas pur et ne l'étant pas toujours, il faut que la prière soit faite par qui possède constamment la sainteté, c'est-ànlire par le cçrjps des saints. Aussi n'est-ce pas eij son nom, mais au nom de ^'Église que le pontife célèbre les sacrements. Par conséquent, c'est au nom, c'est à la prière de rÉglise, et non à la prière du pontife, que Dieu les rend efficaces. Que si le pontife est juste, sa prière

s'unit à celle des autres justes qui sont dans l'Eglise, et il agit avec eux, non comme pontife, mais comme chrétien juste * .

Il a été élevé une autre objection contre le pouvoir précatoire, c'est qu'il est « difficile de concevoir qu'une chose aussi importante, qui touche à la vie même de l'Église, soit restée inaperçue si longtemps et n'ait fait que paraître pour retomber aussitôt dans l'oubli 2. »

Si l'expression est nouvelle, la doctrine est aussi ancienne que l'Eglise.

C'est ce que prouvent les passages liturgiques cités.

C'est ce que prouve l'usage d'attribuer à l'Église ce que fait le sacerdoce et de ne considérer le sacerdoce que comme le ministre de l'Église *.

Certaines vérités ne sont élucidées que lorsque le besoin le demande. La liberté des cultes, quoique soutenue par Tertullien et autres parmi lesquels saint Augustin ^, quoique proclamée par l'Église lorsqu'elle a déclaré l'empire indépendant du sacerdoce, quoiqu'elle soit essentielle à l'Église, si bien que le contraire la

4. On lit en marge du manuscrit : « D'après les théologiens, les sacrements agissent moralement ou physiquement. Les saints agissent moralement ; les pontifes, physiquement : le sacerdoce intérieur, moralement ; le sacerdoce extérieur, physiquement. » Éd.

2. Extrait d'une lettre d'un ami de l'auteur; elle était jointe au manuscrit. Éd.

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