Pastoral,^ Part. I, ch. ix
t. De la conoers.^ ch. xix.
existe dans TÉglise un pouvoir toujours saint, qui demande cet effet et qui n'est jamais refusé.
Saint Cyprien se déclare pour le premier parti, saint Augustin pour le second.
Analyser les Lettres de saint Cyprien et le livre du Baptême de saint Augustin. Voir l'analyse des raisons de saint Augustin par Duguet {Conférences ecclès,, t. I, p. 265).
Après cette analyse sera placé le passage suivant d'Olîer, ainsi qu'un morceau de Besoigne, sur la déclaration des prêtres de la loi touchant la lèpre : Principes de la Pénitence, 3« édit., p. 125, ouch. 8, art, 2*.
1. L'auteur n'a point transcrit le morceau indiqué de Besoigne ; en général toute cette fin de chapitre est restée inachevée, la pagination môme ne se suit pas. Quant au passage d'Olier, que l'auteur donne, mais sans l'avoir lié au reste, ni l'accompagner d'aucune réflexion, je me borne à le mettre ici en note. Éd.
a Jésus-Christ fait tout ce qu'il veut de ses saints, soit au ciel, soit en la terre. Et comme, en qualité de prêtre, il est chargé des intérêts de Dieu et de ceux de tout le monde, il ne se contente pas de demander incessamment à son Père l'établissement de sa gloire et le salut des hommes, mais encore il fait que tous les saints le demandent avec lui , les appliquant comme il lui platt et leur faisant demander ce qu'il désire, en même temps que lui-même le demande au nom de tous. Et c'est là ce que fait aussi le prêtre, chargé des devoirs de toute l'Église. Il devient en Jésus-Christ un homme universel, qui, non-seulement agit au nom de tous, mais qui fait ce qu'il veut de Jésus-Christ et de tous les saints . leur faisant demander à Dieu ce qu'il désire.
(f Car Notre-Seigneur étant entre les mains du prêtre, y étant avec tous les saints et avec toute l'Église qu'il porte en soi , et y étant comme hostie pour, demander ce que l'Église désire, il demande à Dieu ce que le prêtre désire , et aussitôt que le prêtre a témoigné son intention , le Fils de Dieu la prend sur soi et la présente à Dieu. Et comme tous les saints ne font qu'un avec Notre-Seigneur et res-
CONSTITUTIFS DE L'ÉGLiSK. 64
Au commencemeot , nous demandions à qui
Jésus-Christ communiqua le sacerdoce. Les Pères, les docteurs, les conciles ont répondu que c'est à TÉglise. On a vu que cette réponse comporte sept significations différentes. L'un de ces sens c'est que les justes ont un sacerdoce intérieur destiné à obtenir toutes les grâces que Dieu dispense au genre humain , et en particulier l'effet des sacrements. Ce sacerdoce appartient indistinctement à tous les «membres de l'Église, pourvu qu'ils soient justes. Quoique dans tous il soit le même, sa puissance néanmoins est proportionnée à la sainteté de chacun.
Le septième sens de la maxime que les clefs ont été données à l'Eglise , c'est « que nul ne peut être lié ni délié qu'autant qu'il est, par la disposition de son cœur,
séparé de l'Eglise ou uni à l'Eglise ; » en d'autres termes, qu'il n'existe point de sainteté hors de l'Église, ni par conséquent de sacerdoce intérieur.,. *
On a vu que Nicole n'attribue pas seulement aux
sentent en eux tous ses saints mouvements , lesquels ils suivent en tout, de là vient que, Notre-Seigneur s'adripssant à son Père pour demander une chose, tous les saints le suivent et s'y adressent avec lui. Si bien qu'en suite de la prière du prêtre, Jésus-Christ et tous les saints se présentent à Dieu, pour demander ce que le prêtre demande... Ainsi, le prêtre est le ressort qui remue le ciel et la terre, qui fait agir tous les justes et tous les saints. » Traité des saints ordres j Part. III, Pouvoirs et Fonctions du prêtre, ch. m. i. C'est ici que la pagination change dans le manuscrit, et le reste du chapitre se compose de simples notes. Éd.
6î DÉFENSE DES POUVOIRS
prières des saints la disposition à recevoir les sacrements, mais qu'il leur attribue aussi ce que les sacrements produisent. Tandis qu'il ne fait (ju'indiquer le premier point, il s'étend sur ce]ui--ci, l'établit de la manière la plus nette et montre que telle est la doctrine de saint Augustin.
Évidemment, c'est parce que saint Augustin a dis* tingué dans les sacrements l'effet de l'acte at rapporté l'effet aux prières des saints, qu'il a résolu la graade question du baptême ccHiSéré hors de l'Église. Dans cette question il s'agissait, non de la préparation au baptême, mais du baptême même; de savoir s'il est réel, lorsque les hérétiques ou les schismatiques le célèbrent.
L'erreur de saint Cyprien et des autres qui le jugeaient nul venait de ce que, confondant le baptême et son effet, ils rapportaient l'effet au ministre du baptême ; Car ils disaient que Thérétique ni le schismatique, n'ayant point le Saint-Esprit, ne peuvent le donner. Toutes leurs raisons se réduisent à celle-là, raison sans fondement, s'ils avaient considéré l'effet à part et qu'ils lui eussent assigné une autre cause que l'action par laquelle le baptême est administré.
La même confusion régnait chez les défenseurs de la vérité. « L'hérésie, disait saint Etienne, enfante et expose ; l'Église élève ces enfants exposés et les nourrit comme les siens. » Pour que l'hérésie enfante.
il faut qu'elle obtienne du Saint-Esprit qu'ii efface le péché originel ; on ne peut supposer qu'aux yeux de saint Etienne, ce soit à la prière de la société des hérétiques que le Saint-Esprit agisse ; c'est donc exclusivement à l'invocation de celui d'entre eux qui, exerçant la fonction de pontife, administre le baptême; ainsi l'effet est attribué au même pouvoir et au même acte que le sacrement, c'est-à-dire que le sacrement et l'effet ne sont point distingués l'un de l'autre.
En identifiant deux choses essentiellement différentes, on n'avait aucun moyen de s'entendre. Ne pouvant trouver l'effet, saint Cyprien rejetait le sacrement; pour soutenir le sacrement, saint Etienne voulait l'effet où il ne pouvait être.
Tous étai^it inconséquents.
Saint Cyprien rejetait le baptême des hérétiques et des schismatiques, à cause que le Saint-Esprit n'habite point chez eux, et que dès lors ils ne sauraient communiquer la grâce qu'ils n'ont pas. Cependant il admettait le baptême des orthodoxes pécheurs, quoiqu'ils n'aient pas non plus le Saint-Esprit.
Tout en niant, sans doute, que les hérétiques et les schismatiques, considérés comme simples membres de leur secte, aient le Saint-Esprit, saint Etienne le leur reconnaissait en les considérant comme pontifes, à moins qu'il pensât que, sans posséder le Saint-Esprit, ils pussent le donner.
Saint Cyprien ruinait le sacerdoce, saint Etienne sapait l'Église.
Si les sacrements sont nuls quand celui qui les confère n'a point la grâce; si le sacerdoce ne fait aucun acte qui vaille quand celui qui l'exerce pèche dans la foi ou dans les œuvres, le sacerdoce n'est pas une institution véritable, un pouvoir réel qui ait une énergie propre : il n'est fondamentalement rien.
Mais, fût-il quelque chose, à quoi servirait-il ? Ne pouvant agir validement que par la sainteté du ministre, et l'état d'une âme étant inconnu aux autres âmes et souvent à cette âme même, comment démêler les opérations valides de celles qui ne le seraient pas? Qui aurait la certitude d'être baptisé, absous, d'assister à uti sacrifice où la transsubstantiation se serait effectuée , et d'avoir reçu Jésus- Christ à la communion? Quel trouble ! Quel désordre! Un tel bouleversement n'équivaudrait-il pas à l'anéantissement total du sacerdoce? •
Si le sacerdoce obtient dans l'hérésie l'effet des sacrements, comme saint Etienne paraît le croire, il faut qu'il obtienne aussi la préparation, ou qu'il la supplée. Il y aurait contradiction que les sacrements pussent avoir leur effet et que personne ne pût être digne de les recevoir. Mais si on est sauvé hors de l'Eglise, l'Eglise cesse d'être nécessaire, perd son unité et s'écroule.
Cependant le principe de saint Cyprien est indubi-
table : qui n'a point le Saint-Esprit ou la grâce ne saurait la donner, a Instruisez les nations, les baptisant au « nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit; » mais, en disant cela , « ce n'est qu'aux bons , observe saint Augustin, que le Seigneur a permis de baptiser. Car il n'aurait pas dit à des méchants : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ^. »
Répondra-lH)n , avec Pluquet ^ , que « le baptême tirant son efficacité de l'institution de Jésus-Christ, la foi du ministre ne peut empêcher l'effet du baptême, pas plus que l'état de péché dans lequel il se trouverait en donnant le baptême ? »
Sans doute, le baptême et tous les sacrements tirent leur efficacité de l'institution de Jésus-Christ. Mais il reste à savoir ce que l'institution de Jésus-Christ comprend. Est-ce le ministre seul ? Est-ce le ministre avec les justes? Suivant les théologiens, les sacremeats sont des signes sensibles institués par Jésus-Christ pour nous sanctifier. En même temps que les signes extérieurs, visibles, sont appliqués sur le corps de l'homme, l'operation invisible de Dieu purifie son âme par la charité qu'il y répand, à moins que l'homme n'y mette obstacle par le défaut des dispositions nécessaires *.