‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 69 sur 131 · L ENFER · texte numérisé non relu

L ENFER

Au milieu du chemin de notre vie 4 , ayant perdu la droite voie, je me trouvai dans une forêt obscure 2.

Ah! que chose dure est de dire combien cette forêt était sauvage, épaisse et âpre, dans la pensée cela renouvelant la peur.

Si a mère elle était, que guère plus ne l'est la mort; mais pour parler du bien que j'y trouvai, je dirai les autres choses qui m'y apparurent3.

Comment j'y entrai, je ne saurais le dire, tant j'étais plein de sommeil quand j'abandonnai la vraie voie.

Mais, arrivé au pied d'une colline, là où se terminait cette vallée, qui de crainte m'avait serré le cœur,

6 -Guardai in alto , e vidi le sue spaile Vestite già de' raggi del pianeta , Ghe mena dritto altmi per ogni calle.

7 Allor fu la paura un poco quêta, Che nel la go del cor m' era durata La notte ch' i' passai con tanta piéta.

8 E corne quei, che con lena affannata Uscito fuor del pelago alla riva ,

Si volge ail' acqua perigliosa, e guâta;

9 Cosi P animo mio , che ancor fuggiva , Si volse indietro a rimirar lo passo , Ghe non lasciô giammai persona viva.

10 Poi ch'ebbi riposato il corpo lasso, Ripresi via per la piaggia diserta ,

Si che il piè fermo sempre era il più basso,

11 Ed ecco , quasi al cominciar dell' erta , Una lonza leggiera e presta molto, Che di pel maculato era coverta.

12 E non mi si partia dinanzi al volto ; Anzi irnpediva tanto il mio cammino , Ch' i' fui per ritornar più volte vôlto.

ls Temp' era dal principio del mattino ; E il Sol montava in su con quelle stelle Gh' eran con lui , quando PAmor divino

Je levai mes regards, et je vis son sommet revêtu déjà des rayons de la planète qui fidèlement guide en tout sentier A.

Alors apaisée un peu fut la peur, qui jusqu'au fond du cœur m'avait troublé, la nuit que je passai avec tant d'angoisse.

Et comme celui qui, sorti de la mer, sur la rive, haletant se tourne vers l'eau périlleuse, et regarde;

Ainsi se tourna mon âme fugitive pour regarder le passage que jamais ne traverse aucun vivant 5.

Quand j'eus reposé mon corps fatigué, je repris ma route pour la côte déserte, de sorte que le pied ferme était le plus bas6.

Et voilà, presque au pied du mont, une panthère agile et légère, couverte d'un poil tacheté7.

Elle ne s'écartait pas de devant moi, et me coupait tellement le chemin, que plusieurs fois je fus près de retourner.

C'était le temps où le matin commence, et le soleil montait avec ces étoiles qui l'entouraient , quand le divin Amour

14 Mosse da prima quelle cose belle :

Si che a bene sperar m' era cagione Di quella fera la gaietta pelle,

15 L' ora del tempo, e la dolce stagione : Ma non si, che paura non mi desse La vista, che mi apparve, d'un leone.

16 Questi parea , che contra me venesse Gon la test' alta e con rabbiosa famé , Si che parea che V aer ne temesse :

47 Ed una lupa, che di tutte brame Sembiava carca nella sua magrezza , E moite genti fe già viver grame.

18 Qu'esta mi porse tanto di gravezza Con la paura, ch' uscia di sua vista, 011' i' perdei la speranza dell' altezza.

19 E quale è quei , che volentieri acquista , E guinge '1 tempo, che perder lo face, Che 'n tutti i suoi pensier piange e s' attrista ;

20 Tal mi fece la bestia senza pace,

Che, venendomi incontro , a poco a poco Mi ripingeva là, dove '1 Sol tace.

21 Mentre ch' io ruinava in basso loco, Dinanzi agli occhi mi si fu offerto Chi per lungo silenzio parea fioco.

Mut primitivement ces beaux astres; de sorte qu'à bien espérer me conviait le gai pelage de cette bête fauve 8,

L'heure du jour et la douce saison : non toutefois que ne m'effrayât la vue d'un lion9 qui m' apparut.

Il paraissait venir contre moi, la tête haute, avec une telle rage de faim, que l'air même semblait en effroi :

Et une louve 10 qui , dans sa maigreur, semblait porter en soi toutes les avidités, et qui bien des gens a déjà fait vivre misérables.

Elle me jeta en tant d'abattement, par la frayeur qu'inspirait sa vue, que je perdis l'espérance d'atteindre le sommet.

Tel que celui qui désire gagner, lorsque le temps amène la perte , pleure et s'attriste en tous ses pensers ;

Tel me fit la bête sans paix11, qui, peu à peu s' approchant de moi, me repoussait là où le soleil se tait12.

Pendant qu'en bas je m'affaissais, à mes yeux s'offrit qui13 par un long silence paraissait enroué.

22 Quando vidi'costui nel gran diserto, Miserere di me, gridai a lui,

Quai che tu sii, od ombra, od uomo certo.

23 Risposemi : Non nom ; uomo già fui : E li parenti miei furon Lombardi,

E Mantovani per patria ambedui.

24 Nacqui sub Julio, ancorchè fosse tarcli. E vissi a Roina sotto il buono Augusto , Al tempo degli Dei falsi e bugiardi.

25 Poeta fui, e cantai di quel giusto Figliuol d'Anchise, che venue da Troia.

Poichè il superbo Ilion fu combusto.

26 Ma tu perché ritornï a tanta noia?

Perche non sali il dilettoso monte, Ch' è principio e cagion di tutta gioia?

27 0 ! se' tu quel Virgilio , e quelîa fonte , Che spande di paiiar si largo fiume?

Risposi lui con vergognosa fronte.

28 0 degli altri poeti onore e lume, Vagliami il lungo studio e il grande amore, Che m' han fatto cercar lo tuo volume.

29 Tu se' lo mio maestro e il mio autore : Tu se' solo colui, da cui io tolsi

Lo bello stile, che m' ha fatto onore.

Lorsque, dans le grand désert, je vis celui-ci : — Aie pitié de moi, lui criai-je, qui que tu sois, ou ombre d'homme, ou homme véritable.

Il me répondit : — Homme ne suis-je, jadis homme je fus, et mes parents étaient Lombards, et tous deux eurent Mantoue pour patrie.

Je naquis sub Juliou, bien que tard, et vécus à Rome sous le bon Auguste, au temps des dieux faux et menteurs.

Poëte je fus, et je chantai de ce juste fils d'Anchise , qui vint de Troie après l'incendie du superbe Ilion.

Mais toi, pourquoi retournera tant d'ennui? Pourquoi ne gravis-tu point le délicieux mont, principe et source de toute joie?

— Serais-tu ce Virgile, cette fontaine d'où coule un si large fleuve du parler? lui répondis-je , la rougeur au front.

0 des autres poètes honneur et lumière ! que me soit compté le long désir et le grand amour qui m'a fait chercher ton volume.

Tu es mon maître et mon père : à toi seul je dois le beau style qui m'a honoré.

30 Vedi la bestia-, per cui io mi volsi : Aiutami da lei, famoso saggio,

Gh' ella mi fa tremar le vene e i polsi.

31 A te convien tenere altro viaggio , Rispose, poi che lacrimar mi vide,

Se vuoi campar d' esto loco selvaggio;

32 Chè questa bestia , per la quai tu gride , Non lascia altrui passar per la sua via , Ma tanto lo impedisce , che Y uccide :

33 Ed ha natura si malvagia e ria,

Che mai non empie la bramosa voglia , E dopo il pasto ha più famé che pria.

34 Molti son gli animali , a cui s' ammoglia , E più saranno ancora, infm che il Veltro Verra, che la farà morir di doglia.

35 Questi non ciberà terra ne peltro , Ma sapienza e amore e virtute,

E sua nazion sarà tra Feltro e Feltro.

36 Di queir umile Italia fia sainte , Per cui mori la Yergine Camilla, Eurialo, e Turno, e Niso di ferute :

37 Questi la caccerà per ogni villa, Fin che Y avrà riraessa nelF inferno , Là onde invidia prima dipartilla.

Vois la bête à cause de qui je me suis retourné : sage fameux, secours-moi contre elle, qui fait frémir mes veines et mon pouls.

— Il te faut prendre une autre route, répondit-il, me voyant pleurer, si tu veux sortir de ce lieu sauvage ;

Car la bête qui excite tes cris, ne laisse aucun passer par sa voie, mais tellement l'empêche, qu'elle le tue.

Et si méchante est sa nature, et si farouche, que jamais son appétit n'est rassasié, et qu'après s'être repue, elle a plus faim qu'auparavant.

Nombreux sont les animaux avec qui elle s'accouple, et plus le seront-ils encore, jusqu'à ce que vienne le lévrier15 qui tristement la fera mourir.

Celui-ci ne se nourrira ni de terre ni d'argent16, mais de sagesse et d'amour et de vertu, et sa patrie sera entre Feltre et Feltre17.

Il sera le salut de cette humble Italie 18, pour qui, blessés, moururent la vierge Camille, Euriale et Tur-

nus et Nisus.

De partout il chassera la louve, jusqu'à ce qu'il l'ait remise en enfer, d'où premièrement la tira l'envie.

38 OncT io per lô tuo me' penso e discerno , Che tu mi segui, ed io sarô tua guida, E trarrotti di qui per loco eterno ,

39 Ov' udirai le disperate strida , Vedrai gli antichi spiriti dolent! , Che la seconda morte ciascun grida :

40 E vederai color, che son contenti Nel fuoco, perché speran di venire, Quando che sia, aile béate genti :

41 Aile qua' poi se tu voirai salire , Anima fia a ciô di me più degna; Gon lei ti lascerô nel mio partire :

42 Ghè quello Imperador, che lassù régna , Perch' r fui libellante alla sua legge, Non vuol che in sua città per me si vegna.

"3 In tutte parti impera, e quivi regge, Quivi è la sua ciltade e Y alto seggio : 0 felice colui , cui ivi elegge !

44 Ed io a lui : Poeta , i' ti richieggio Per quello Iddio che tu non conoscesti , Acciocch' io fugga questo maie e peggio,

45 Che tu mi meni là dov' or dicesti ,

Si ch' io vegga la porta di San Pietro , E color che tu fai cotanto mesti.

Allor si mosse, ed io gli tenni dietro.

Je pense donc et juge que pour toi le mieux est de me suivre, et je serai ton guide, et hors d'ici je te conduirai par un lieu éternel ,

Où tu ouïras les hurlements du désespoir et verras les antiques esprits désolés, dont chacun à grands cris appelle une seconde mort :

Et ceux qui dans le feu sont contents19, parce qu'ils espèrent venir un jour parmi les bienheureux ,

Vers qui , ensuite , si tu veux monter, te guidera une âme plus digne de cela que moi. Avec elle en partant je te laisserai ,

Parce qu'à sa loi ayant été rebelle, le Roi qui règne là-haut ne veut pas que par moi l'on vienne en sa cité.

Partout il commande, et de là20 il régit : là est sa demeure et son trône sublime. Heureux celui qu'à ce séjour il a élu !

Et moi à lui : — Poëte, afin que je fuie ce mal et des maux pires21, je te demande, par ce Dieu que tu n'as point connu,

De me conduire là où tu viens de dire, pour que je voie la porte de saint Pierre, et ceux que tu représentes si tristes.

Alors il se mut, et je le suivis.

1 Lo giorno se n' andava, e Y aer bruno Toglieva gli animai , che sono in terra, Dalle fatiche loro : ed io sol uno

2 M'âpparecchiava a sostener la guerra Si del cammino e si délia pietate, Che ritrarrà la mente, che non erra.

3 0 Muse , o alto ingegno , or m' aiutate 0 mente, che scrivesti ciô ch' io vidi, Qui si parrà la tua nobilitate.

4 Io cominciai : Poeta che mi guidi, Guarda la mia v-irtù, s' ella è possente Prima che ail' alto passo tu mi fidi.

5 Tu dici, che di Silvio lo parente, Corruttibile ancora, ad immortale Secolo andô, e fu sensibilmente.

Le jour baissait , et l'air obscurci délivrait de leurs fatigues les animaux de la terre; et moi seul,

Je me préparais à soutenir les épreuves du chemin et de la pitié1, que retracera la mémoire qui n'erre point2.

0 Muse , esprit sublime , maintenant aide-moi ! ô mémoire, qui en toi as gravé ce que je vis, ici paraîtra ta noblesse.

Je commençai : — Poëte qui me guides, avant de m'engager dans ce difficile passage, regarde si ma force est assez puissante.

Tu dis que l'ancêtre de Silvius3, corruptible encore, alla vers le siècle immortel, et y entra revêtu du corps.

6 Perô, se Y avversario d' ogni maie Cortese i fu , pensando 1' alto effetto ,

Ch' uscir dovea di lui, e il chi, e il quale

7 Non pare indegno ad uomo d' intelletto : Ch' ei fu delF aima Roma e di suo impero Neir empireo Ciel per padre eletto :

8 La quale, e il quale (a voler dir lo vero) Fur stabiliti per lo loco santo ,

IP siede successor del maggior Piero.

9 Per quest'andata , onde gli dai tu vanto, Intese cose che furon cagione

Di sua vittoria e del papale animante.

10 Andovvi poi lo Vas d'elezione, Per recarne conforto a quella fede, Ch' è principio alla via di salvazione.

13 Ma io perché venirvi? o chi '1 concède? lo non Enea , io non Paolo sono :

Me degno a ciô ne io ne altri crede.

12 Perché, se del venire i' m' abbandono , Temo che la venuta non sia folle :

Se'savio, e intendi me' ch'io non ragiono.

13 E quale è quei, che disvuol ciô che voile, E per novi pensier cangia proposta,

Si che del cominciar tutto si toile;

Si l'ennemi cle tout mal4, contemplant les hautes destinées renfermées en lui, qui et quel il était, lui fut propice, rien en cela ne paraît indigne à l'homme d'intelligence 5.

A l'égard de celui qui de l'auguste Rome et de son empire fut élu père dans le ciel ;

Laquelle et lequel furent, à dire vrai6, établis pour être le lieu saint ou siège le successeur du grand Pierre.

Durant ce voyage dont tu te glorifies7, il entendit des choses qui furent cause de sa victoire et du manteau papal.

Puis y monta le vase d'élévation8, pour en rapporter confort à cette foi, principe de la voie du salut.

Mais moi, pourquoi y viendrais- je? ou qui le permet? Je ne suis ni Énée, ni Paul : digne de cela, ni moi ni aucun autre ne me croit.

Si donc je me résous à venir, je crains que folle ne soit ma venue. Tu es sage et m'entends mieux que je ne discours.

Et tel que celui qui ne veut plus ce qu'il voulait, et par nouveaux pensers, changeant de dessein , renonce à commencer;

u Tal mi fec' io in quella oscura costa : Perché , pensando , consumai la impresa , Ghe fa nel cominciar cotanto tosta.

15 Se io ho ben la tua parola intesa , Rispose del Magnanimo quell' ombra, L' anima tua è da viltade offesa :

16 La quai moite fiate !' uomo ingombra Si , che d' onrata impresa lo rivolve , Corne falso vederbestia, quand' ombra.

17 Da questa tema acciocchè tu ti solve, Dirotti perch' io venni , e quel ch' io 'ntesi Nel primo punto che di te mi doive.

18 Io era tra color che son sospesi, E donna mi chiamo beata e bella, Tal che di comandare io la richiesi.

19 Lucevan gli occhi suoi più che la Stella : E cominciommi a dir soave e piana, Con angelica voce, in sua favella :

20 0 anima cortese Mantovana ,

Di cui la fama ancor nel mondo dura , E durera quanto il mondo lontana,

21 L'amico mio, e non délia ventura, Nella diserta piaggia è impedito

Si nel cammin, che volto è per paura :

Tel devins-je sur cette côte obscure, abandonnant, en y pensant, l'entreprise si vite commencée.

— Si j'ai bien entendu ta parole, répondit cette ombre magnanime, ton âme est atteinte de lâcheté :

Laquelle souvent, oppressant l'homme, le détourne d'une noble entreprise, comme une fausse vision l'animal ombrageux.

Pour te délivrer de cette crainte , je te dirai pourquoi je suis venu, et ce que j'entendis quand premièrement j'eus pitié de toi.

J'étais parmi ceux qui sont en suspens9, lorsque m'appela une femme bienheureuse et si belle, que de commander je la requis.

Ses yeux brillaient plus que le soleil, et d'un parler suave et calme, avec une voix angélique, elle me dit :

« 0 âme courtoise du Mantouan , dont la renommée dure encore dans le monde, et autant que le monde durera :

Le mien ami, et non de la fortune, est, sur la pente déserte, tellement empêché dans le chemin, que de peur il s'est retourné :

20 CANTO SEGONDO.

22 E temo che non sia già si smarrito , Ch' io mi sia tardi al soccorso levata, Per quel ch' i' ho di lui nel cielo udito.

23 Or muovi, e con la tua parola ornata, E con ciô c' ha mestieri al suo campare, L' aiuta si ch' io ne sia consolata .

2/1 F son Béatrice, che ti faccio andare : Vegno cli loco ove tornar disio :

Àmor mi mosse , che mi fa pari are.

25 Quando sarô dinanzi al Signor mio , Di te mi loderô sovente a lui.

Tacette allora , e poi comincia' io :

26 0*donna di virtù, sola per cui

L' umano spezie eccede ogni contento Da quel ciel , c' ha minori i cerchi sui :

27 ïanto m'aggracla tuo comandamento , Che F ubbidir, se già fosse , m' è tardi ; Più non t' è uopo aprirmi il tuo talento.

Ma dimmi la cagion , che non ti guardi Dello scender quaggiuso in questo centro Dali' ampio loco , ove tornar tu ardi.

29 Da che tu voi saper cotanto addentro, Dirotti brevemente , mi rispose , Perch' io non temo di venir qua entre.

Et je crains que si égaré il ne soit déjà , que tard je me sois levée pour le secourir, sur ce que j'ai de lui entendu dans le ciel.

Va donc et avec ta parole ornée, avec tout ce qui sera besoin pour qu'il échappe, aide-le, de sorte que je sois consolée.

Moi qui t'envoie, je suis Béatrice : je viens d'un lieu où retourner je désire ; m'a mue l'amour qui me fait parler.

Quand je serai devant mon Seigneur, à lui souvent je me louerai de toi. » alors elle se tut; puis, moi je commençai :

— 0 femme de telle vertu10, que par toi seule l'humaine espèce s'élève au-dessus cle tout ce que contient ce ciel dont les cercles sont plus étroits11;

Si agréable m'est ton commandement, que l'obéir, déjà fut-il, me serait tardif : pas n'est besoin de m' ouvrir ton vouloir davantage.

Mais dis-moi pourquoi tu ne crains pas de descendre en ce centre infime, de l'ample lieu où tu brûles de retourner.

— Puisque si à fond tu veux savoir pourquoi ici dedans je ne crains pas de venir, brièvement je te le dirai, me répondit -elle.

30 Temer si deve sol di quelle cose

C hanno potenza di fare altrui maie.

Dell' altre no, che non son paurose.

31 F son fatta da Dio, sua raercè, taie, Che la vostra miseria non mi tange,

Ne fiamma d' esto incendio non m" assale.

32 Donna è gentil nel ciel , che si compiange Di questo impedimenta , ov' io ti mando , Si che duro giudicio lassù frange.

33 Questa chiese Lucia in suo dimando, E disse : Or abbisogna il tuo fedele

Di te, ed io a te lo raccomando.

34 Lucia nimica di ciascun crudele

Si mosse, e venne al loco dov' io era , Che mi sedea con l'antica Rachele.

S5 Disse : Béatrice, loda di Dio vera, Che non soccorri quel che f amô tanto , Gh'uscio per te délia volgare schiera?

36 Non odi tu la pièta del suo pianto ? Non vedi tu la morte che '1 combatte Su la fiumana, ov* il mar non ha vanto?

37 Al mondo non fur mai persone ratte À far lor pro, ed a fuggir lor danno, Com' io , dopo cotai parole fatte ,

On ne doit craindre que les choses qui ont puissance de nuire; les autres, non; en elles, nul sujet de peur.

Par sa grâce, ainsi Dieu m'a faite, que votre misère ne m'atteint pas, et que ne m'assaille point la flamme de cet incendie 12.

Dans le ciel est une femme bénigne13, qu'émeut de tant de pitié l'empêchement où je t'envoie, qu'elle a brisé là -haut le dur jugement.

Celle-ci , s'adressant à Lucia14, l'a priée, disant : « Maintenant a besoin de toi ton fidèle, et je te le recommande. »

Lucia, ennemie de tout ce qui est cruel, vint au lieu où j'étais assise avec l'antique Rachel.

Elle dit : « Béatrice, vraie louange de Dieu15, que ne secours- tu celui qui t'aima tant, que par toi il sortit de la troupe vulgaire?

N'entends-tu point l'angoisse de sa plainte? Ne vois-tu point la mort qui le poursuit sur la rive des eaux débordées, plus terribles que la mer? »

Nul au monde si prompt ne fut jamais à faire son bien et à fuir son mal, qu'après ces paroles,

24 GANTO SECONDO.

38 Yenni quaggiù dal mio beato scanno , Fidandomi nel tuo parlare onesto, Ch' onora te e quei che udito Y hanno.

39 Poscia che m' ebbe ragionato questo, Gli ocehi lucenti lagrimando volse; Perché mi fece del venir più presto

40 E venni a te co-si , corn' ella volse ; Dinanzi a quella fiera ti levai,

Che del bel monte il corto andar ti toise.

41 Dunque che è? perché, perché ristai? Perché tanta viltà nel core ailette?

Perché ardire e franchezza non liai ,

42 Poscia che tai tre donne benedette Guran di te nella corte del cielo ,

E il mio parlar tanto ben t' impromette?

43 Quale i fioretti dal notturno gelo Chinati e chiusi, poi che '1 Sol gl' imbianca, Si drizzan tutti aperti in loro stelo ;

44 Tal mi fec' io di mia virtute stanca : E tanto buono ardire al cor mi corse , Ch' i' cominciai corne persona franca :

45 0 pietosa colei che mi soccorse , E ta cortese.ch' ubbidisti tosto Aile vere parole che ti porse !

Je le fus à venir ici-bas de mon heureux séjour, me fiant au sage parler qui t'honore et ceux qui l'ont ouï.

Lorsque ainsi elle eut dit, pleurant elle tourna vers moi ses yeux brillants; ce pourquoi plus encore je me hâtai de venir :

Et je vins à toi comme elle le voulait , et te retirai de devant cette bête , qui du beau mont te fermait le plus court chemin.

Qu'est-ce clone? Pourquoi, pourquoi t'arrêtes-tu? Pourquoi héberges-tu tant de lâcheté dans ton cœur? Pourquoi manques -tu d'ardeur et de courage ,

Quand trois belles dames bénies ont souci de toi dans le ciel , et qu'un bien si grand te promettent mes paroles?

Comme les tendres fleurs inclinées et fermées par la gelée nocturne, lorsque le soleil blanchit, relèvent leur tige et s'ouvrent :

Ainsi fut- il de mon courage lassé, et une ardeur si vive me revint au cœur, qu'avec hardiesse je dis :

— 0 compatissante celle qui m'a secouru! et toi courtois , qui as si vite obéi à ses paroles vraies !

46 Tu m' liai con desiderio il cor disposto Si al venir, con le parole tue.

Clv io son tornato nel primo proposto.

47 Or va, chè un sol volere è d'ambedue Tu duca. tu signore e tu maestro.

Cosi gli dissi , et poichè uaosso fue,

Entrai per lo cammino alto e sihestro.

Tu m'as, enflammant le désir, tellement par tes paroles disposé le cœur au venir, que j'ai repris mon premier dessein.

Va donc; à tous deux est un seul vouloir : toi guide , toi seigneur, et toi maître. Ainsi lui dis-je, et lorsqu'il se mut,

J'entrai dans le chemin profond et sauvage.

1 Per me si va nella città dolente, Per me si va nelV eterno dolore, Per me si va Ira la perduta g ente.

2 GiusJizia mosse il mio alto fattore : Fecemi la divina pot estât e,

La somma sapienza e il primo amore.

Dinanzi a me non fur cosse create, Se non eterne, ed io eterno duro :

Lasciate ogni speranza, voi che entrate.

u Queste parole di colore oscuro VicT io scritte al sommo d' una porta ;

Perch'io : Maestro, il senso lor m'è duro,

5 Ed egli a me, corne persona accorta. Qui si convien lasciare ogni sospetto; Ogni viltà convien che qui sia morta.

Par moi Von va dans la cité des pleurs; par moi l'on va dans ré terne lie douleur; par moi Von va chez la race perdue.

La Justice mut mon souverain Auteur : me firent la divine Puissance, la suprême Sagesse et le premier Amour.

Avant moi ne furent nulles clioses créées, mais éternelles, et éternellement je dure : laissez toute espérance, vous qui entrez.

Ces paroles vis-je écrites en noir au-dessus d'une porte; ce pourquoi je dis : — Maître, douloureux m'en est le sens.

Et lui à moi, comme personne accorte : — Ici l'on doit laisser toute crainte, toute faiblesse doit être morte ici.

6 Noi sem venùti al loco ov' io t'ho detto Che ta vedrai le genti dolorose, C hanno perdu to il ben dell' intelletto.

E poichè la sua mano alla mia pose, Con lieto volto, ond' io rai confortai, Mi mise dentro aile segrete cose.

8 Quivi sospiri, pianti ed alti guai Risonavan per 1' aer senza stelle, Perch' io al cominciar ne lagrimai.

9 Diverse lingue , orribili favelle , Parole di dolore, accenti d'ira,

Yoci alte e fioche , e suon di man con elle,

10 Facevano un tumulto, il quai s'aggira Sempre in quell' aria senza tempo tinta, Corne Farena quando il turbo spira.

11 Ed io, ch' avea d'error la testa cinta, Dissi : Maestro, che è quel ch' i'odo?

E che gent'è, che par nel duol si vinta?

12 Ed egli a me. Questo misero modo Tengon Y anime triste di coloro

Che visser senza infamia e senza lodo.

13 Mischiate sono a quel cattivo coro Degli angeli che non furon ribelli , Ne fur fedeli a Dio , ma per se foro.

Nous sommes venus au lieu où je t'ai dit que tu verrais les malheureux qui ont perdu le bien de l'intelligence.

Et ayant posé sa main sur la mienne, d'un visage serein qui me ranima, il m'introduisit au dedans des choses secrètes.

Là, dans l'air sans astres, bruissaient des soupirs, des plaintes, de profonds gémissements, tels qu'au commencement j'en pleurai.

Des cris divers, d'horribles langages, des paroles de douleur, des accents de colère, des voix hautes et rauques, et avec elles un bruit de mains,

Faisaient un fracas qui, dans cet air à jamais ténébreux , sans cesse tournoie , comme le sable roulé par un tourbillon.

Et moi, dont la tête était ceinte d'erreur1, je dis : — Maître, qu'entends-je? et quels sont ceux-là qui paraissent plongés si avant dans le deuil?

Et lui à moi : — Cet état misérable est celui des tristes âmes qui vécurent sans infamie ni louange.

Mêlées elles sont à la troupe abjecte de ces anges qui ne furent ni rebelles, ni fidèles à Dieu , mais furent pour soi.

u Cacciarli i ciel per non esser men belli , Ne lo profondo inferno gli riceve , Che alcuna gioria i rei avrebber cl" clli.

15 Ed io : Maestro, che è tanto grève A lor, che lamentar gli fa si forte?

Rispose : Dicerolti molto brève.

16 Questî non hanno speranza di morte E la lor cieca vita è tanto bassa, Che invicliosi son cFogni altra sorte.

17 Fama di loro il mundo esser non lassa; Misericordia e Giustizia gli sdegna :

Non ragioniam di lor. ma guerda e passa,

18 Ed io, che riguardai, vicli un'insegna, Che girando correva tanto ratta,

Che d' ogni posa mi pareva indegna :

19 E dietro le venia si lunga tratta

Di gente, clfio non averei creduto, Che morte tanta n' avesse disfatta.

20 Poscia ch' io v'ebbi alcun ricônosciuto ,

Guardai, e vicli l'ombra di colui Che fece per viltate il grau rifiuto.

21 Incontinente intesi, e certo fui Che quest' era la setta dei cattivi A Dio spiacenti ed a" nemici sui.

Le ciel les rejette, pour qu'ils n'altèrent point sa beauté ; et ne les reçoit pas le profond enfer, parce que les damnés tireraient d'eux quelque gloire2.

Et moi : — Maître, quelle angoisse les fait se lamenter si fort? Il répondit : — Je te le dirai trèsbrièvement.

Ceux-ci n'ont point l'espérance de mourir, et leur aveugle vie est si basse3, qu'ils envient tout autre sort.

Aucune mémoire le monde ne laisse subsister d'eux : la Justice et la Miséricorde les dédaignent. Ne discourons point d'eux , mais regarde et passe.

Et je regardai, et je vis une bannière qui, en tournant, courait avec une telle vitesse, qu'elle me paraissait condamnée à ne prendre aucun repos.

Et derrière elle venait une si longue suite de gens, que je n'aurais pas cru que la mort en eût tant défait.

Lorsque je pus en reconnaître quelqu'un , je vis et discernai celui qui par lâcheté fit le grand refus4.

Aussitôt je compris et fus certain que cette bande était celle des lâches, en dégoût à Dieu et à ses ennemis.

22 Questi sciaarati , che mai non fur vivi , Erano ignudi , e stimolati molto

Da mosconi e da vespe ch'eran ivi.

23 Elle rigavan lor di sangue il volto , Che mischiato di lagrime, a' lor piedi Da fastidiosi vermi era ricolto.

. 2à E poi che a riguardare oltre mi diedi , Vide génie alla riva d'un gran fiume : Perch'io dissi : Maestro, or mi concedi

25 Ch'io sappia quali sono, e quai costume Le fa parer di trapassar si pronte , Corn' io discerno per lo fioco lume.

26 Ëd egli a me : Le cose ti fien conte, Quando noi fermerem li nostri passi Sula trista riviera d'Acheronte.

27 Allor con gli occhi vergognosi e bassi , Tamendo no '1 mio dir gli fusse grave, Infino al fiume di parla mi trassi.

28 Ed ecco verso noi venir per nave Un vecchio bianco per antico pelo, Gridando : Guai a voi , anime prave :

29 Non isperate mai veder lo cielo :

I'vegno per menarvi all'altra riva, Nelle ténèbre eterne, in caldo e in gela :

CHAlNfT TROISIÈME. 35

Ces malheureux, qui ne furent jamais vivants, étaient nus, et cruellement piqués par des taons et des guêpes,

Oui sur leur visage faisaient ruisseler le sang, lequel tombant à terre mêlé de larmes, était recueilli par des vers immondes.

Ayant ensuite regardé au delà , je vis des gens pressés sur le bord d'un grand fleuve; ce pourquoi je dis : — Maître , je te prie ,

Que je sache qui sont ceux-là , et pour quelle cause ils ont tant de hâte de passer, comme je l'aperçois à cette faible lueur.

Et lui à moi : — Ceci te sera dit , quand sur les tristes rives de l'Achéron s'arrêteront nos pas.

Alors, confus et les yeux baissés, craignant que mon dire ne lui eût déplu, je m'abstins de parler jusqu'au fleuve.

Et voici venir vers nous dans une barque un vieillard blanchi par de longues années, criant : — Malheur à vous , âmes perverses !

N'espérez pas voir jamais le ciel ; je viens pour vous mener à l'autre rive, dans les ténèbres éternelles, dans le feu et la glace.

30 E tu che se' costi , anima viva , Partiti da cotesti che son morti.

Ma poi ch'ei vide ch' io non mi partiva,

34 Disse : Per altre vie, per altri porti Verrai a piaggia, non qui : per passare, Più lieve legno convien che ti porti.

32 E il Duca a lui : Garon, non ti crucciare; Vuolsi cosi cola dove si puote

Gio che si vuole, e più non dimandare.

33 Quinci fur quête le lanose gote Al nocchier délia livida palude,

Che 'ntorno agli occhi avea di fiamme rote.

34 Ma 'quell' anime ch' eran lasse e nude, Cangiar colore, e dibattero i denti, Ratto che 'nteser le parole crade.

35 Besteminiavano Iddio e i lor parenti , L'umana specie, il luogo, il tempo, e il semé Di lor semenza e di lor nascimenti.

36 Poi si ritrasser tutte quante insieme, Forte piangendo, alla riva malvagia,

Ch' attende ciascun uom che Dio non terne.

37 Caron dimonio con occhi di bragia , Loro accennando, tutte le raccoglie; Batte col rema qualunque s' adagia.

Et toi que voilà, âme vivante, sépare-toi de ces morts. Et voyant que je ne m'en allais pas :

— Par d'autres chemins , dit-il , par d'autres bacs, tu viendras à la plage pour passer; il convient que te porte une nef plus légère.

Et le guide à lui : — Caron, ne te courrouce point : il est ainsi voulu, là où se peut ce qui se veut; ne demande rien de plus.

Alors se dégonflèrent les joues laineuses du nocher du marais livide, qui autour des yeux avait des cercles enflammés.

Mais ces âmes tristes, fatiguées et nues, changèrent de couleur, et leurs dents claquèrent, sitôt qu'elles ouïrent les sévères paroles.

Elles blasphémaient Dieu et leurs parents, la race humaine, le lieu, le temps où elles naquirent, la semence de laquelle elles germèrent.

Puis , toutes ensemble, elles se retirèrent près de la rive maudite où vient tout homme qui ne craint pas Dieu.

Caron, d'un signe de ses yeux de braise, les rassemble toutes, et frappe de sa rame quiconque s'attarde.

38 GANTO TERZO.

38 Corne d'autunno si levan le foglie

L'una appresso dell'altra iniin che'l ramo Rende alla terra tutte le sue spoglie ;

39 Similemente il mal semé d'Adamo :

Gittansi di quel lito acl una ad una

Per cenni , corn' augel per suo richiamo.

40 Gosi sen vanno su per 1' onda brima , Ed avanti che sian cli là discese, Anche di qua nuova schiera s' aduna.

41 Figliuol mio, disse il Maestro cortese, Quelli che muoion nell' ira di Dio Tutti convegnon qui d'ogni paese ;

42 E pronti sono a trapassar lo rio , Chè la clivina giustizia li sprona Si , che la tema si volge in disio.

43 Quinci non passa mai anima buona; E perô se Garon di te si lagna ,

Ben puoi saper ornai che'l suo dir suona.

44 Finito questo, la buia campa gna Tremô si forte, che dello spavento La mente di sudore ancor mi bagna.

45 La terra lagrimosa diede vento , Che balenô una luce vermiglia,

La quai mi vinse ciascun sentimento ;

E caddi, corne l'uom cui sonno piglia.

Comme, l'une après l'autre, en automne, les feuilles se détachent, afin que le rameau rende à la terre toutes ses dépouilles :

Pareillement, au signe du nocher, comme l'oiseau à l'appel, se jetaient sur la rive, une à une, les âmes mauvaises de la race d'Adam.

Ainsi elles s'en vont par l'eau noirâtre, et avant qu'elles soient descendues sur l'autre bord, sur celui-ci se rassemble encore une nouvelle troupe.

— Mon fils, dit le maître courtois, tous ceux qui meurent dans l'ire de Dieu, il faut qu'ici de toute contrée ils viennent :

Et tant de hâte ils ont de passer le fleuve, parce que tellement les point l'aiguillon de la justice divine, que la crainte se change en désir.

Par ici jamais ne passe aucune âme pure : d'où, si Garon se plaint de toi, tu peux maintenant comprendre le sens de ses paroles.

Cela fini, la sombre campagne trembla si fortement, que le souvenir de mon épouvante me baigne encore de sueur.

De la terre trempée de larmes sortit un tourbillon sillonné d'éclairs d'une lueur rouge, lequel m'ôta tout sentiment ,

Et je tombai comme un homme pris de sommeil.

1 Ruppemi l'alto sonno nella testa

Un grève tuono, si ch'io mi riscossi, Corne persona che per forza è desta ;

2 ETocchio riposato intorno mossi, Dritto levato, e fiso riguardai Per conoscer lo loco dov'io fossi.

3 Yero è che in su la proda mi trovai Délia valle d'abisso dolorosa,

Che tuono accoglie d'infmiti guai.

* Oscura, profond' era, e nebulosa Tanto, che per ficcar lo viso al fondo, l' non vi discernea veruna cosa.

5 Or discendiam quaggiù nel cieco mondo. Incomincio il Poeta tutto smorto :

lo sarô primo, e tu sarai secondo.

CHANT 0UATR1EME

Un tonnerre horrible rompit dans ma tête le profond sommeil, de sorte que je revins à moi comme quelqu'un réveillé de force :

Et levé debout, je mus alentour mes yeux reposés, et je regardai fixement pour connaître le lieu où j'étais.

Et, de vrai, je me trouvai sur le bord de l'abîme de douleur, où retentit le tonnerre d'infinis hurlements.

Si obscur était -il, et profond, et sombre, que jetant mes regards au fond , je n'y discernai aucune chose.

— Voilà que nous descendons dans le monde ténébreux, dit le poëte tout pâle : je serai le premier, et tu seras le second i.

42 GANTO OUARTO.

Ed io? che ciel color mi fui accorto,

Dissi : Come verrô, se tu paventi

Che suoli al mia dubbiare esser conforte»?

Ed egli a me : L' angoscia délie genti Che son quaggiù, nel viso mi dipigne Quella pietà , che tu per tema senti.

Andiam, chè la via lunga ne sospigne.

Cosi si mise e cosi mi fe entrare.

Nel primo cherchio che Y abisso cigne.

9 Quivi , secondo che per ascoltare , Non avea pianto ma che di sospiri, Che 1' aura eterna facevan tremare :

10 E eiô avvenia di duol senza martiri,

Gh' avean le turbe , ch' eran moite e grandi, E d' infanti e di femmine e di viri.

11 Lo buon Maestro a me : Tu non dimandi Che spiriti son questi che tu vedi ?

Or vo' che sappi , innanzi che più andi,

12 Ch' ei non peccaro : e s' elli hanno mercedi. Non basta, perch' ei non ebber battesmo , Che è porta délia Fede che tu credi :

13 E se furon dinanzi al Cristianesmo , Non adorar debitamente Dio :

E di questi cotai son io meclesmo.

Et moi qui de sa pâleur m'aperçus, je dis : — Comment irai -je, si tu t'épouvantes, toi, l'ordinaire confort de mes craintes ?

Et lui à moi : — L'angoisse de ceux qui sont en bas empreint mon visage de cette pitié que tu prends pour de la frayeur.

Allons : la longue route nous presse. Ce disant , il entra et me fit entrer dans le premier cercle qui ceint l'abîme.

Là, selon qu'en jugeait l'ouïe, point de gémissements, mais des soupirs, dont frémissait l'air éternel.

Et ces soupirs venaient de la tristesse , toutefois sans souffrances2, que ressentaient des troupes nombreuses et d'enfants, et de femmes, et d'hommes.

Le bon maître me dit : — Tu ne demandes point qui sont ces esprits que tu vois? Or, avant d'aller plus loin , je veux que tu saches

Qu'ils ne péchèrent point : mais , si leurs œuvres furent bonnes, cela ne suffit, parce qu'ils ne reçurent point le baptême, qui est la porte de la foi que tu crois.

Ayant vécu avant le christianisme, ils n'adorèrent point Dieu dûment, et je suis moi-même de ceux-là.

ià Per tai difetti, e non per altro rio Semo perduti , e sol di tanto offesi , Che senza speme vivemo in disio.

15 Gran duol mi prese al cor qnando lo intesi, Perocchè gente di molto valore Conobbi che in quel limbo eran sospesi.

16 Dimmi, Maestro mio, dimmi, Signore, Comincia' io , per voler esser certo

Di quella fede che vince ogni errore :

17 Uscinne mai alcuno , o per suo merto , 0 per altrui, che poi fosse beato?

E quei che 'ntese il mio parlar coverto,

18 Rispose : Io era nuovo in questo stato , Quando ci vidi venire un Possente Con segno di vittoria incoronato.

19 Trasseci l'ombra del primo parente.

D' Abel suo figlio, e quella di Noè, Di Moisè legista e obediente ;

20 Abraam patriarca, e David re, Israël con suo padre, e co' suoi nati, E con Rachele, per cul tanto fe,

21 Ed altri molti; e feceli beati :

E vo' che sappi che, dinanzi ad essi, Spiriti umani non eran salvati.

Pour ces choses qui nous ont manqué, non pour autre crime, nous sommes perdus, et notre seule peine est de vivre dans le désir sans espérance.

Une grande tristesse me prit au cœur lorsque je l'entendis; car je reconnus des gens de haute valeur ainsi suspendus 3.

— Dis-moi, mon maître, dis-moi, seigneur, cornmençai-je, voulant être certain de cette foi qui vainc toute erreur :

Aucun jamais , par ses mérites ou les mérites d' autrui, sortit- il d'ici pour être heureux ensuite?

Et lui , qui comprit mon parler couvert , répondit : — J'étais nouveau en ce lieu, lorsque j'y vis venir un puissant couronné du signe de la victoire 4.

Il en tira l'ombre du premier père, d'Abel son fils, celle de Noé et celle de Moïse, législateur et obéissant ;

Le patriarche Abraham et le roi David ; Israël , et son père et ses enfants, et Rachel pour qui tant il fit5;

Et beaucoup d'autres, et les fit heureux ; et je veux que tu saches qu'auparavant les âmes humaines n'étaient pas sauvées.

22 Non lasciavam Y andar, perch' ei dicessi , Ma passavam la selva tuttavia,

La selva dico di spiriti spessi.

23 Non era lunga ancor la nostra via

Di qua dal soramo, quand' io vidi un fuoco, Ch' emisperio di ténèbre vincia.

24 Di lungi n'eravamo ancora un poco, Ma non si ch' io non discernessi in parte , Che orrevol gente possedea quel loco.

25 0 tu, che onori ogni scienza ed arte, Questi chi son c' hanno cotanta orranza, Che dal modo degli altri li diparte?

26 È quegli a me : L'onrata nominanza, Che di lor suona su nella tua vita, Grazia acquista nel ciel che si g-li avanza.

27 Intanto voce fu per me udita ; Onorate l' altissimo Poeta :

L' ombra sua torna , ch' era dipartita.

28 Poichè la voce fu restata e quêta,

Vidi quattro grand' ombre a noi venire : Sembianza avevan ne trista ne lieta.

29 Lo buon Maestro cominciommi a dire : Mira colui con quella spada in mano, Che vien dinanzi a' tre si corne sire.

Nous ne cessions point d'aller pendant qu'il parlait, mais nous traversions la forêt, je dis l'épaisse forêt des esprits.

Nous n'avions pas encore descendu beaucoup audessous du sommet, quand je vis un feu rayonnant autour d'un hémisphère de ténèbres.

Nous en étions encore un peu loin , mais non pas tant que je ne discernasse en partie qu'une gent illustre occupait ce lieu.

— 0 toi , qui honores toute science et tout art, qui sont ceux-ci que sépare des autres l'honneur qu'on leur rend?

Et lui à moi : — Leurs noms glorieux, dont retentit le monde où tu vis, leur acquièrent dans le ciel la faveur qui tant les élève.

Lorsque j'entendis une voix : — Honorez le grand poëte ! son ombre qui était partie revient 6.

Lorsque la voix se tut, je vis quatre grandes ombres venir à nous; elles ne semblaient ni tristes, ni joyeuses.

Le bon maître me dit : — Regarde celui qui , avec cette épée en main, marche comme seigneur devant les autres.

30 Quegli è Omero poeta sovrano, L'altro è Orazio satiro che viene, Ovidio è il terzo , e 1' ultimo è Lucano.

3i Perocchè ciascun meco si conviene Nel nome che sono la voce sola, Fannomi onore, e di cio fan.no bene.

32 Gosi vidi adunar la bella scuola

Di quel signor dell' altissimo canto , Che sovra gli altri corn' aquila vola.

33 Da ch' ebber ragionato insieme alquanto Volsersi a me con salutevol cenno :

E il mio Maestro sorrise di tanto.

34 E più d' onore ancora assai mi fenno , Ch"' essi mi fecer délia loro schiera , Si ch' io fui sesto tra cotanto senno.

35 Gosi n'andammo infmo alla lumiera, Parlando cose, che il tacere è bello, Si com' era il parlar cola dov' era.

36 Venimmo appiè d' un nobile castello , Sette volte cerchiato d' alte mura, Difeso intorno d'un bel fiumicello.

37 Questo passammo corne terra dura, Per sette porte intrai con questi savi : Giugnemmo in prato di fresca verdura.

Celui-là est Homère, le poète souverain , et l'autre qui vient ensuite est Horace le satirique ; Ovide est le troisième , et le dernier Lucain.

Quoiqu'à chacun d'eux, comme à moi, convienne je nom qu'a prononcé la voix seule 7, ils m'honorent , et en cela ils font bien.

Ainsi je vis se rassembler la belle école du roi des chants élevés8, qui au-dessus des autres vole comme l'aigle.

Lorsqu'ils eurent ensemble un peu discouru, ils se tournèrent vers moi, me saluant du geste, et mon maître en sourit :

Et plus d'honneur encore ils me firent, me recevant dans leurs rangs, de sorte que je fus le sixième parmi ces grandes intelligences.

Ainsi allâmes-nous jusqu'à la lumière 9, parlant de choses qu'il est bien de taire, comme il était bien là d'en parler.

Nous vînmes au pied d'un noble château, sept fois ceint de hautes murailles, et entouré d'un gracieux petit fleuve.

Nous le passâmes comme une terre ferme : j'entrai par sept portes avec ces sages, et nous arrivâmes dans une prairie d'une fraîche verdure.

58 Genti v' eran con occhi tarde e gravi , Di grande autorilà ne' lor sembianti :

Parlavan rado, con voci soavi.

39 Traemmoci cosi clair un de' canti In luogo aperto, luminoso ed alto, Si che veder si potén tutti quanti.

40 Golà diritto , sopro il verde smalto , Mi fur raostrati gli spiriti magni, Che di vederli in me stesso m' esalto.

41 Io vidi Elettra con molti compagni, Tra' quai conobbi ed Ettore ed Enea, Gesare armato con occhi grifagni.

42 Vidi Camilla e la Pentesilea

Dali' altra parte; e vidi il re Latino, Che con Lavinia sua figlia sedea.

43 Yidi quel Bruto che cacciô Tarquino, Lucrezia , Julia , Marzia e Corniglia , E solo in parte vidi il Saladino.

44 Poi che innalzai un poco più le ciglia , Yidi il Maestro di color che sanno, Seder tra filosofica famiglia.

45 Tutti 1' ammiran , tutti onor gli fanno. Quivi vid' io e Socrate et Platone ,

Che innanzi agli al tri più presso gli stanno.

Là étaient des gens aux regards lents et graves , de grande autorité dans leur apparence : ils parlaient peu et d'une voix douce.

Nous nous retirâmes à part, en un lieu ouvert, lumineux et haut, de sorte que tous se pouvaient voir.

Là , devant moi , sur le vert émail , me furent montrés les grands esprits, et de leur vue encore en moimême je m'exalte.

Je vis Electre10, accompagnée de beaucoup d'autres , parmi lesquels je reconnus Hector, et Énée , et César, armé de ses yeux d'épervier.

Je vis Camille11 et Pentésilée 12 ; et de l'autre côté, le roi Latinus assis avec sa fille Lavinie.

Je vis ce Brutus qui chassa Tarquin, Lucrèce, Julia13, Marzia14 et Cornelia15, et seul à l'écart Saladin 16.

Puis ayant levé un peu plus les yeux, je vis le maître de ceux qui savent17, assis au milieu de la famille philosophique.

Tous l'admiraient, tous lui rendaient honneur. Là je vis Socrate et Platon, qui se tiennent plus près de lui que les autres.

46 Democrito , ' che '1 mondo a caso pone, Diogenes, Anassagora e Taie, Empedocles, Eraclito e Zenone.

47 E vidi il buono accoglitor del-quale, Dioscoriçle dico ; e vidi Orfeo, Tullio e Lino e Seneca morale :

48 Euclide geométra e Tolommeo, Ippocrate , Avicenna e Galieno , Averrois, che il gran comento feo.

49 lo non posso ritrar di tutti appieno, Perocchè si mi caccia il lungo tema, Che moite volte al fatto il dir vien meno.

50 L'a sesta compagnia in duo si scema : Per altra via mi mena il savio Duca , Fuor délia quêta nell' aura che tréma ;

E vengo in parte, ove non è che luca.

Démocrite, qui soumit l'univers au hasard; Diogène, Anaxagore et Thaïes; Empédocle, Heraclite et Zenon ;

Et je vis celui qui si bien décrivit les vertus des plantes , je veux dire Dioscoride ; je vis Orphée , Tullius et Livius 18, et Sénèque le philosophe moral ;

Euclide le géomètre, Ptolomée19, Hippocrate, Avicenne20 et Galien, Averroès21 qui fit le grand Commentaire.

Je ne saurais les nommer tous, car tellement me presse mon long sujet, que maintes fois le dire reste en arrière des choses.

La troupe des six en deux se sépara : le sage guide, par une autre route, me conduisit, hors de l'air tranquille , dans l'air qui frémit.

Et je vins en un lieu où rien ne luit.

CÀNTO OUINTO

1 Cosi discesi del cerchio primaio

Giù nel secondo , che men loco cinghia , E tanto più dolor, che p ugne a guaio.

2 St-avvi Minos orribilmente , e ringhia : Esamina le colpe nell' entrât a ,

Giudica e manda, secondo che avvinghia.

Dico, che quando l'anima mal nata Li vien dinanzi . tutta si confessa ; E quel conoscitor délie peccata

Vede quai loco d' inferno è da essa :

Gignesi colla coda tante volte, Quatunque gradi vuol che giù sia messa.

Sempre dinanzi a lui ne stanno moite : Yanno a vicenda ciascuna al giudizio; Dicono, e odono, e poi son giù volte.

Ainsi descendis-je du premier cercle dans le second, qui enserre moins d'espace et plus de douleur, et telle que ses pointes arrachent des cris.

Là siège Minos, d'horrible aspect et grinçant des dents : il examine les fautes à l'entrée, juge et envoie au lieu qu'il désigne en se ceignant.

Je dis que quand l'àme mal née vient en sa présence, pleinement elle se confesse; et ce juge des péchés

Y oit quel lieu de l'enfer lui est destiné : il se ceint de sa queue autant de fois qu'il veut qu'elle descende de degrés.

Toujours devant lui il en est beaucoup : chacune à son tour va au jugement : elles parlent, elles écoutent, puis sont poussées en bas.

56 CANTO QUIXTO.

6 0 tu, che vieni al doloroso ospizio,

Gridô Minos a me, quand o mi vide.

Lasciando V atto di eotanto uffizio ,

7 Guarda corn' entri , e di cui tu ti fide : Non t' inganni Y ampiezza dell' entrare. E il Duca mio a lui : Perché pur giïde ?

Non impedir lo suo fatale andare :

Yuolsi cosi cola , dove si puote

Ciô che si vuole , e più non dimandare.

9 Ora incomincian le dolenti note A farmisi sentire : or son venuto Là dove molto pianto mi percote.

10 F.venni in loco d' ogni luce muto.

Che mugghia corne fa mar per tempesta . Se da contrari venti è combattuto.

11 La bufera infernal , che mai non resta . Mena gli spirti con la sua raphia, Voltando e percotendo li molesta.

12 Quando giungon davanti alla ruina, Quivi le strida, il compianto e il lamento. Bestemmian quivi la virtù divina.

13 Intesi che a cosi fatto tormento Eran dannati i peccator carnali, Che la ragion sommettono al talento.

Suspendant, lorsqu'il me vit, l'exercice de sa haute fonction : 0 toi, me dit Minos, qui viens en la demeure douloureuse,

Regarde bien comment tu entres, et à qui tu te fies : que ne t'abuse point l'ampleur de l'entrée. Et mon guide à lui : Pourquoi grondes-tu?

Ne t'oppose point à son aller fatal : ainsi est voulu là où se peut ce qui se veut. N'en demande pas davantage.

Lors commençai-je d'entendre les accents plaintifs; lors de grands pleurs frappèrent mon oreille.

Je viens en un lieu muet de toute lumière 4, qui mugit comme la mer pendant la tempête, lorsqu'elle est battue des vents contraires.

L'infernal ouragan, qui jamais ne s'arrête, emporte les esprits dans sa course rapide , et , les roulant , les froissant , les meurtrit.

Lorsqu'ils arrivent au bord escarpé, là les cris, et les gémissements, et les hurlements; là ils blasphèment la puissance divine.

J'entendis qu'à ce tourment étaient condamnés les pécheurs charnels , qui soumettent la raison à la convoitise.

58 GANTO QUINTO.

14 E corne gli stornei ne portan 1' ali ,

Nel freddo tempo , a schiera larga e piena ; Cosi quel fiato gli spiriti mali :

15 Di qua, di là, di su gli mena; Nulla speranza gli conforta mai, Non che di posa, ma di minor pena.

16 E corne i gru van cantando lor lai , Facendo in aer di se lunga riga ; Cosi vid'io venir traendo guai,

17 Ombre portate dalla detta briga :

Perch'io dissi : Maestro, chi son quelle Genti, cbe F aer nero si gastiga?

18 La- prima di color, di cui novelle

Tu vuoi saper, mi disse quegli allotta , Fu impératrice di moite favelle.

19 A vizio di lussuria fu si rotta, Che libito fe licito in sua legge ,

Per torre il biasmo, in che era condotta.

20 Ell'è Semiramis, di cui si legge,

Che succedette a Nino, e fu sua sposa ; Tenue la terra, che '1 Soldan corregge.

21 L' altra è colei, che s' ancise amorosa, E ruppe fede al cener di Sicheo ;

Poi è Gleopatràs lussuriosa.

Et comme , dans la froide saison , le vol des étourneaux les emporte en bandes épaisses et larges , ainsi ce souffle emporte les esprits mauvais.

D'ici , de là , en haut , en bas , jamais ne les conforte aucune espérance, non-seulement de repos, mais d'une moindre peine.

Et comme les grues vont chantant leur lai, se formant dans l'air en une longue ligne; ainsi vis-je venir, poussant des cris ,

Les ombres emportées par ce tourbillon. Ce pourquoi je dis : — Maître, quelles sont ces âmes qu'ainsi châtie l'air noir?

— La première de celles dont tu t'enquiers, me dit-il alors, fut reine de beaucoup de langues2.

Dans le vice de luxure elle fut si plongée, que, par sa loi , ce qui plaît elle le fit licite, pour échapper à l'infamie où elle était conduite.

C'est Sémiramis, de qui on lit qu'elle fut épouse de Ninus et lui succéda; elle possédait la terre que régit le Soudan.

L'autre est celle qui, infidèle aux cendres de Sichée, se tua par amour3; puis vient la lascive Cléopâtre.

60 CANTO QUTNTO.

22 Elena vedr, -per cui tanto reo

Tempo si volse, e vedi il grande Achille , Che con a more al fine combatteo.

23 Vedi Paris, Tristano... e più di mille Ombre mostrommi, e nominolle, a dito, Ch' amor di nostra vita dipartille.

24 Poscia ch' i' ebbi il mio Dottore udito Nomar le donne antiche e i cavalieri, Pietà mi vinse, e fui quasi smarrito.

25 F cominciai : Poeta , volentieri Parlerei a que' duo, che insieme vanno, E paion si al vento esser leggieri.

26 Ed. egli a me : Vedrai quando saranno Più presso a noi ; e tu allor li prega

Per quelF amor che i mena ; e quei verranno;

27 Si tosto corne il vento a noi li piega -, Mossi la voce : 0 anime affannate, Venite a noi parlar, s' altri noi niega.

28 Quali colombe dal disio chiamate, Con Tali aperte e ferme, al doce nido Volan, per Faer dal voler portate ;

29 Cotali uscir délia schiera ov' è Dido, A noi venendo per F aer maligno , Si forte fu Taffettuoso grido.

Je vis Hélène , cause de tant de maux , et je vis le grand Achille qui par l'amour enfin périt.

Je vis Paris , Tristan k ; et plus de mille ombres il me nomma et me montra du doigt, qu'amour fit sortir de notre vie.

Lorsque j'eus ouï mon maître nommer les femmes autiques et les cavaliers , je fus pris cle pitié et comme éperdu.

Je commençai : — Poète, volontiers parlerais- je à ces deux qui vont ensemble5 et paraissent si légers au vent.

Et lui à moi : — Attends un peu qu'ils soient plus près de nous; prie-les alors par cet amour qui les emporte 6, et ils viendront.

Sitôt que le vent les amène vers nous, j'élève la voix: — 0 âmes en peine, venez nous parler, si un autre ne le défend !

Comme les colombes que le désir appelle , les ailes déployées, et d'un vol ferme traversant les airs, viennent au doux nid ;

Ainsi ces deux âmes sortent de la troupe où est Didon, et viennent à nous par l'air malin; si fort fut le cri affectueux :

30 0 animal grazioso e benigno, Che visitando vai per l' aer perso

Noi che tignemmo il mondo sanguigno ;

31 Se fosse amico il Re dell' universo , Noi pregheremmo lui per la tua pace, Poi c'hai pietà del nostro mal perverso.

32 Di quel che udire e parlar ti piace Noi udiremo e parleremo a vui , Mentre che'l vento, corne fa, si tace.

33 Siede la terra, dove nata fui , Sulla marina dove il Po discende Per aver pace co' seguaci sui.

3A Â-mor, che al cor gentil ratto s'apprende/ Presse costui délia bella persona Che mi fu tolta, e'1 modo ancor m' offende.

35 Amor, ch' a nullo amato amar perdona , Mi prese del costui piacer si forte,

Che, corne vedi, ancor non m'abbandona.

36 Amor con dusse noi ad una morte :

Caina attende chi in vita ci spense.

Queste parole da lor ci fur porte.

37 Da che io intesi quelle anime offense, Chinai il viso, e tanto il tenni basso, Finchè'l Poeta mi disse : Che pense?

— 0 gracieux et bon , toi qui , à travers l'air noirâtre , viens nous visiter, nous qui teignîmes le monde de sang !

Si nous était ami le Roi de l'univers , nous le prierions de te faire paix , à toi qui as pitié de notre triste sort.

Nous écouterons ce que vous voulez dire, et vous dirons ce qu'il vous plaît d'entendre, tandis que le vent se tait.

La terre où je naquis borde la mer où descend le Pô , pour s'y reposer avec son cortège 7.

L'amour qui si vite s'empare d'un cœur tendre, éprit celui- ci du beau corps qui m'a été enlevé; et la manière m'est encore amère.

L'amour qui ne permet point à l'aimé de ne pas aimer, m' éprit pour celui-ci d'une passion si forte, que maintenant même, comme tu le vois, elle ne m'abandonne point.

L'amour nous conduisit à une même mort : Caïna8 attend celui qui éteignit notre vie. D'eux nous furent portées ces paroles.

Lorsque j'ouïs ces âmes blessées, je baissai la tête , et la tins baissée jusqu'à ce que le poëte me dit : — Que penses-tu?

CANTO OUINTO,

38 Quanclo risposi , cominciai : 0 lasso , Quanti dolci pensier, quanto disio Mené costoro al doloroso passo !

39 Poi mi rivolsi a loro, e parla' io,

E cominciai : Francesca , i tuoi martiri A lagrimar mi fanno tristo e pio.

40 Ma dimmi : al tempo de' dolci sospiri , A che e corne concedette Amore,

Ghe conosceste i dubbiosi desiri?

41 FA eila a me : Nessun maggior dolore Ghe ricordarsi del tempo felice Nella miseria ; e cio sa '1 tuo Dottore,

42 Ma se a conoscer la prima radice

Del nostro amor tu liai cotanto affetto , Faro corne colui che piange e dice.

43 Noi leggevamo un giorno per diletto Di Lancillotto, corne amor lo strinse : Soli eravamo e senz'alcun sospetto.

A4 Per più fiate gli occhi ci sospinse Quella lettura, e scolorocci il viso :

Ma solo un punto fu quel che ci vinse.

45 Quando leggemmo il disiato riso Esser baciato da cotanto amante, Questi , che mai da me non fia diviso ,

Je répondis : — Hélas ! que de doux pensers , quel ardent désir a mené ceux-ci au douloureux pas-

sage!

Puis me tournant vers eux, je parlai et dis : — Francesca , tes souffrances me touchent et m'attristent jusqu'aux larmes.

Mais dis- moi : Au temps des doux soupirs, à quoi et comment amour te fit- il connaître les douteux désirs?

Et elle à moi : — Nulle douleur plus grande que des temps heureux se ressouvenir dans la misère; et cela ton maître le sait 9.

Mais puisque tant tu désires connaître de notre amour la première racine , je le dirai , comme qui dit et pleure.

Un jour, par plaisir, nous lisions de Lancelot , comment l'amour l'enserra de ses liens ; nous étions seuls et sans aucune défiance.

Plusieurs fois cette lecture mut nos regards et décolora notre visage; mais un seul moment nous vainquit.

Quand nous lûmes comment les riantes lèvres désirées furent baisées par un tel amant, celui-ci, qui jamais de moi ne sera séparé ,

à6 La bocca mi baciô tutto tremante :

Galeotto fu '1 libro e chi lo scrisse : Quel giorno più non vi leggemmo avante.

47 Mentre che l'uno spirto questo disse, L'altro piangeva si, che di pietade F venni men cosi corn' io morisse ;

E caddi, corne corpo morto cade.

Tout tremblant me baisa la bouche : Galeotto10 pour nous fut le livre et qui l'écrivit; ce jour nous ne lûmes pas plus avant.

Pendant qu'ainsi parlait l'un des esprits, l'autre pleurait tellement, que de pitié je défaillis, comme si je me mourais.

Et je tombai comme tombe un corps mort.

1 Al tornar délia mente, che si chiuse Dinanzi alla pietà de' duo cognati, Che di tristizia tutto mi confuse,

2 Nuovi tormenti e nuovi tormentati

Mi veggio intorno, corne ch'i' mi mova, E corne ch'i' mi volga, e ch'i' mi guati.

s F sono al terzo cerchio délia piova Eterna, maledetta, fredda e grève :

Regola e qualità mai non Y è nova.

â Grandine grossa, e aqua tinta, e neve Per l'aer tenebrosa si riversa :

Pute la terra che questo riceve.

5 Cerbero, fiera crudele et di versa, Con tre gole caninamente latra Sovra la gente che quivi è sommersa.

Quand mon esprit, tout absorbé dans la pitié des deux cognats, et troublé de tristesse, revint à soi,

De nouveaux tourments et de nouveaux tourmentés je vis autour de moi, partout où j'allais, et me tournais, et regardais.

Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle , maudite , froide , pesante : toujours la même , toujours elle tombe également.

Des averses de forte grêle, et d'eau noire, et de neige, traversent l'air ténébreux; fétide est la terre qui les reçoit.

Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés 1.

6 Gli occhi ha vermigli, e la barba unta ed atra, E il ventre largo, e unghiate le mani; Graffia gli spirti, gli scuoia, ed isquatra.

7 Urlar gli fa la pioggia come cani : Dell' un de' lati fanno ail' altro schermo ; Yolgonsi spesso i miseri profani.

8 Quanto ci scorse Cerbero, il gran vermo, Le boeche aperse, e mostrocci le sanne : Non avea membro che tenesse fermo.

9 E '1 Duca mio, distese le sue spanne, Prese la terra, e con piene le pugna La gittô dentro aile bramose canne.

10 Quai è quel cane che abbaiando agugna, E si racqueta poi che '1 pasto morde, Chè solo a divorarlo intende e pugna;

11 Cotai si fecer quelle facce lorde Dello dimonio Cerbero che introna L'anime si ch' esser vorrebber sorde.

12 Noi passavam su per Y ombre che adona La grève pioggia, e ponevam le piante Sopra lor vanità che par persona.

13 Elle giacién per terra tutte quante, Fuor d'una cira seder si levô , ratto Gh' ella ci vide passarsi davante.

Il a les yeux rouges , la barbe grasse et noire , le ventre large , les mains armées de griffes : il déchire les esprits , et les écorche , et les dépèce.

La pluie les fait hurler comme des chiens : faisant d'un de leurs côtés un abri à l'autre 2, fréquemment se tournent les malheureux profanes 3.

Sitôt que Cerbère, le grand ver, nous aperçut, il ouvrit, ses gueules et nous montra ses crocs : pas un de ses membres qui ne frémît.

Mon guide étendit les mains, prit de la terre, et à pleines poignées la jeta dans les gosiers affamés.

Tel que le chien avide qui aboie, et s'apaise lorsqu'il mord la proie, ne songeant à combattre que pour la dévorer ;

Ainsi fut-il des sales mâchoires du démon Cerbère, qui étourdit tellement les âmes qu'elles voudraient être sourdes.

Nous passions sur les ombres qu'abat la pesante pluie, et nous posions les pieds sur leur vide apparence qui semble une personne.

Elles gisaient à terre pêle-mêle, hors une qui, se levant, s'assit, lorsqu'elle nous vit passer devant elle.

GANTO SESTO.

u O tu , che se' per questo Inferno tratto , Mi disse, riconoscimi, se sai :

Tu fosti, prima ch'io disfatto, fatto.

15 Ed io a lei : L'angoscia che tu bai Forse ti tira fuor délia mia mente Si, che non par ch'io ti vedessi mai.

16 Ma dimmi chi tu se', che 'n si dolente Luogo se' messa, ed a si fatta pena,

Che s' altra è maggio, nulla è si spaciente.

17 Ed egli a me : La tua città ch'è piena D'invidia si, che già trabocca il sacco, Seco mi tenue in la vita serena.

18 Voi cittadini mi chiamaste Ciacco :

Per la dannosa colpa délia gola , Corne tu vedi , alla pioggia mi fiacco ;

19 Ed io anima trista non son sola , Chè tutte queste a simil pena stanno Per simil colpa : e più non fe parola.

20 Io gli risposi : Ciacco, il tua affanno Mi pesa si, che a langrimar m'invita : Ma dimmi, se tu sai, a che verranno

21 Li cittadin délia città partita :

S' alcun v'è giusto : e dimmi la cagione, Per che l'ha tanta discordia assalita.

— 0 toi qui traverses cette région de l'Enfer, me dit-elle, reconnais- moi , si tu le peux! tu naquis avant que je mourusse 4.

Et moi à elle : — L'angoisse que tu ressens t'ôte peut-être de ma mémoire , de sorte qu'il ne me semble pas t' avoir vu jamais.

Mais dis-moi qui tu es, ce qui t'a plongé clans ce lieu de douleur, et clans une peine telle que, s'il en est de plus grande , il n'en est point de plus dégoûtante.

Et lui à moi : — Ta ville, qui est si pleine d'envie que déjà la mesure déborde , fut ma demeure durant la vie sereine.

Vous, ses citoyens, m'appeliez Ciacco 5 : à cause de la griève coulpe de gourmandise, je suis, comme tu le vois, brisé sous la pluie.

Et moi , triste âme , je ne suis pas seule ; toutes ces autres, pour la même faute, subissent la même peine. Et il n'ajouta pas une parole.

Je lui répondis : — Ciacco , ta souffrance me touche tant, qu'elle me tire des larmes ; mais dis-moi , si tu le sais , où en viendront

Les citoyens de la ville divisée : s'il en est aucun de juste : et dis-moi pourquoi tant de discordes Font assaillie.

22 Ed egli a me : Dopo lunga tenzone Verranno al sangue, e la parte selvaggia Gaccerà l'altra con molta offensione.

23 Poi appresso convien che questa caggia Infra tre Soli , e che F altra sormonti Con la forza di tal che testé piaggia.

24 Alto terra lungo tempo le fronti , Tenendo F altra sotto gravi pesi , Corne che di ciô pianga, e che n'.adonti.

25 Giusti son duo, ma non vi sono intesi : Superbia, invidia ed avarizia sono

Le tre faville c' hanno i cori accesi.

26 Qui pose fine al laerimabil suono.

Ed io a lui : Ancor vo' che m' insegni , E che di più parlar mi facci dono.

27 Farinata e il Tegghiaio , che fur si degni , Jacopo Rusticucci, Arrigo e il Mosca,

E gli altri che a ben far poser gF ingegni ,

28 Dimmi ove sono, e fa ch' io li conosca ; Chè gran desio mi spinge di sapere,

Se '1 ciel gli addolcia o lo 'nferno gli attosca.

29 E quegli : Ei son tra le anime più nere; Diversa colpa giù gli grava al fondo : Se tanto scendi, gli potrai vedere.

Et lui à moi : — ■ Après de longs débats ils en viendront au sang, et le parti sauvage6 chassera l'autre avec beaucoup d'offense.

Puis il faut que celui-là tombe, et que l'autre, après trois soleils7, l'emporte par la force de celui8 qui maintenant flatte 9.

11 tiendra longtemps le front haut, tenant l'autre sous un lourd poids, quoiqu'il en pleure et s'en indigne.

Il y a deux justes, mais on ne les écoute point. La superbe, l'envie et l'avarice sont les trois étincelles qui ont embrasé les cœurs.

Ici prit fin son dire lamentable. Et moi à lui : — Je veux que tu m'instruises encore, et que, déplus, de paroles tu me fasses don.

Farinata et le Tegghiaio, qui furent si dignes, Jacopo Rusticucci, Arrigo et le Mosca10, et les autres qui appliquèrent leur esprit à bien faire.

Dis-moi où ils sont, et fais que je les reconnaisse, car un vif désir me presse de savoir s'ils ont en partage les douceurs du ciel , ou les poisons de l'enfer.

Et lui : — Ils sont parmi les âmes les plus noires ; le poids de fautes diverses les entraîne au fond. Si jusque-là tu descends, tu pourras les voir.

30 Ma quando tu sarai nel dolce mondo , Pregoti ch'alla mente altrui mi rechi : Più non ti dico, e più non ti rispondo.

31 Gli diritti occhi torse allora in biechi : Guardommi un poco; e poi chiné la testa Cadde con essa a par clegli âltri ciechi.

32 E '1 Duca disse a me : Più non si desta Di qua dal suon dell'angelica tromba.

Quando verra la nimica podesta,

33 Giascun ritroverà la trista tomba , Ripiglierà sua carne e sua figura, Udirà quel che in eterno rimbomba.

u Si trapassammo per sozza mistura

Dell' ombre e délia pioggia, a passi lenti . Toccando un poco la vita futur a :

35 Perch'io dissi Maestro esti tormenti Crescerann' ei dopo la gran sentenza , 0 tien minori, o saran si cocenti?

36 Ed egli a me : Ritorna a tua scienza , Che vuol, quanto la cosa è più perfetta, Più senta '1 bene, et cosi la dogiienza.

37 Tuttochè questa gente maledetta

In vera perfezion giammai non vada, Di là, più che di qua, essere aspetta.

Mais quand tu seras clans le doux monde , je te prie de me rappeler au souvenir d' autrui11. Plus ne te dis et plus ne te réponds.

Lors , de travers tournant les yeux , il me regarda un peu , puis baissa la tête , et tomba parmi les autres aveugles.

Et le guide à moi : — Plus ne se réveillera -t-il avant le son de la trompette de Fange, quand lui apparaîtra la puissance ennemie.

Chacun reverra la triste tombe, reprendra sa chair et sa figure, entendra ce qui retentit dans l'éternité.

Ainsi traversâmes- nous, à pas lents, le sale mélange des ombres et de la pluie, conversant de la vie future.

— Maître, clis-je, ces tourments croîtront- ils après la grande sentence, ou reviendront- ils moindres, ou seront -ils également cuisants?

Et lui à moi : — Retourne à ta doctrine12, qui veut que plus l'être est parfait, plus il sente le bien, et aussi la douleur.

Bien que jamais ces maudits ne doivent atteindre la vraie perfection, plus parfaits néanmoins s'attendent-ils à être après qu' avant 13.

38 Noi aggirammo a tondo quella strada , Parlando più assai ch' f non ridico :

Venimmo al punto dove si digrada :

Quivi trovammo Pluto il gran nemico.

Nous suivîmes cette route circulaire, parlant de bien plus de choses que je n'en redis. Nous vînmes au point où elle descend :

Là nous trouvâmes Pluton , le grand ennemi.

CAKTO SETTIMO

1 Pape Satan, pape Satan aleppe, Comincio Pluto colla voce chioccia ; E quel Savio gentil, che tutto seppe,

2 D'isse per confortarmi : Non ti noccia La tua paura, chè, pocler ch'egli abbia, Non ti torrà lo scender questa roccia.

3 Poi si rivolse a quelF enfîata labbia , E disse : Taci, maledetto lupo :

Consuma dentro te con la tua rabbia.

Non è senza cagion l' anclare al cupo Vuolsi neir alto là dove Michèle Fe la vendetta del superbo strupo.

5 Quali dal vento le gonfiate vêle

Caggiono avvolte, poichè l'alber fiacca Tal cadde a terra la fiera crudele.

— Pape satan! Pape satan, Aleppe1! cria Pluton d'une voix rauque ; et ce Sage affable qui sait tout,

Dit pour m' encourager : — Prends garde que ta peur ne te soit à dommage. Quelque pouvoir qu'ait celui-ci, il ne t'empêchera point de descendre cette ravine.

Puis, vers cette lèvre enflée il se tourna, et dit : — Tais-toi, méchant loup! consume ta rage au dedans de toi.

Non sans cause celui-ci va-t-il au fond du gouffre. Ainsi est-il voulu là-haut, où Michel vengea le superbe adultère 2.

Gomme les voiles gonflées parle vent tombent pêlemêle lorsque le mât se brise , ainsi à terre tomba la bête cruelle.

GANTO SETTIMO.

6 Cosi scendêmmo nella quarta lacca, Prendendo più délia dolente ripa, Che il mal delP universo tutto insacca.

7 Ahi giustizia di Dio , tante chi stipa Nuove travaglie e pêne, quante io viddi? E perché nostra colpa si ne scipa ?

8 Corne fa Y onda là sovr'a Gariddi ,

Che si frange con quella in cui s' intoppa; Cosi convien che qui la gente riddi.

9 Qui vid'io gente più che altrove troppa, E d'una parte e d' altra, con grand'urli Voltando pesi.per forza di poppa.

10 Percotevansi incontro , e poscia pur li Si rivolgea ciascun, voltando a rétro, Gridando : Perché tieni? e perché burli?

11 Cosi tornavan per lo cerchio tetro , Da ogni mano all'opposito punto, Gridando sempre in loro ontoso métro.

12 Poi si volgea ciascun, quand' era giunto, Por lo suo mezzo cerchio , ail' altra giostra. Ed io eh' avea lo cor quasi compunto ,

13 Dissi : Maestro mio , or mi dimostra Che gente è questa, e se tutti fur cherci Questi chercuti alla sinistra nostra.

Nous descendîmes dans le quatrième gouffre, pénétrant de plus en plus dans la lugubre enceinte qui enserre le mal de tout l'univers.

Ah ! justice de Dieu, que de peines nouvelles et de tourments je vis ! et que grièvement notre coulpe est châtiée !

Comme l'onde qui, au-dessus de Charybde, se brise contre l'onde qu'elle heurte, ainsi faut-il qu'ici3 les damnés mènent leur ronde.

Ici sont-ils plus nombreux qu'ailleurs; séparés en deux bandes, ils poussaient en hurlant des fardeaux avec la poitrine.

Ils se heurtaient à leur rencontre, puis retournaient en arrière, criant : — Pourquoi amasses -tu? — et pourquoi dissipes- tu4?

Ainsi des deux côtés, par le sombre cercle, retournaient-ils au point opposé, se jetant leur honteux refrain.

Et , arrivée au milieu de son cercle , chaque bande revenait à une nouvelle joute. Moi qui avais le cœur comme brisé,

Je dis : — Maître, apprends-moi qui sont ceux-là, et si furent clercs tous ces tonsurés que je vois à notre gauche.

84 CANTO SETTIMO.

u Ed egli a me : Tutti quanti fur guerci Si délia mente in la vita primaia, Che con misura nullo spendio ferci.

15 Assai la voce lor chiaro Fabbaia, Quanclo vengono a' duo punti del cerchio , Ove colpa contraria li dispaia.

16 Questi fur cherci , che non han coperchio Piloso al capo , e papi e cardinal! ,

In cui usa avarizia il suo soperchio.

17 Ed io : Maestro, tra questi cotali Dovre'io ben riconoscere alcuni, Che furo immondi di cotesti mali.

18 Ed egli a me : Vano pensiero aduni : La sconoscente vita , che i fe sozzi , Ad ogni conoscenza or li fa bruni.

19 In eterno verranno agli due cozzi ; Questi risurgeranno del sepulcro

Col pugno chiuso, e questi co' crin mozzi.

20 Mal dare e mal tener lo monclo pulcro Ha tolto loro , e posti a questa zuffa : Que ella sia, parole non ci appulcro.

21 Or puoi, figliuol, veder la corta binTa De' ben , che son commessi alla Fortuna , Per che l'umana gente si rabbuffa.

Et lui à moi : — Tous furent si aveugles d'esprit pendant la vie première, qu'avec mesure aucun ne dépensa.

Assez clairement l'aboie leur bouche, lorsqu'ils viennent aux deux points du cercle , où les sépare une faute contraire.

Ceux-ci , dont le tête est nue de cheveux , furent clercs, et Papes, et Cardinaux, en qui souverainement domina l'avarice.

Et moi : — Maître , parmi eux je devrais bien reconnaître quelques-uns de ceux qui furent atteints de ce mal immonde.

Et lui à moi : — Une vaine pensée t'abuse. La vie obscure qui les souilla, maintenant les dérobe à la connaissance.

Éternellement ils viendront se heurter de la sorte. Les uns , en sortant du sépulcre, ressusciteront la main fermée, et les autres , la tête rase.

Mal donner et mal retenir leur a ravi le beau monde 5 et les a conduits à cette rixe : ce qu'elle est , je le dis sans l'orner de paroles.

Maintenant, mon fils, tu peux voir si la courte moquerie des biens commis à la fortune vaut que tant les hommes s'en tourmentent.

86 CANTO SETTIMO.

22 Ghè tutto F oro , ch' è sotto la luna ,

E che già fa, di queste anime stanche Non poterebbe farne posar una.

23 Maestro, dissi lui, or mi di anche : Questa Fortuna , di che tu mi tocche , Che è, che i ben del mondo ha si ira branche?

24 E quegli a me : 0 créature sciocche, Quanta ignoranza è quella che v'offende! Or vo' che tu mia sentenza ne imbocche.

25 Golui, lo cui saver tutto trascende, Fece li cieli , e diè lor chi conduce ,

Si che ogni parte ad ogni parte splende ,

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