‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 70 sur 131 · Distribuendo ugualmente la luce · texte numérisé non relu

Distribuendo ugualmente la luce

Similemente agli splendor mondani Ordinô gênerai ministra e duce,

27 Che permutasse a tempo Ji ben vani ,

Di gente in gente e d' uno in altro sangue, Oltre la difension de' senni umani :

28 Perché una gente impera, ed altra langue, Seguendo lo giudicio di costei,

Che è occulto, corne in erba Tangue.

29 Vostro saver non ha contrasto a lei : Ella provvede, gindica, e persegue Suo regno, come il loro gli altri Dei.

CHxVNT SEPTIEME. 87

Tout l'or qui est et fut jamais sous le ciel ne pourrait , à une seule de ces âmes fatiguées , procurer de repos.

— Maître , lui clis-je, dis-moi aussi : cette fortune que tu viens de nommer, qu'est -elle, que dans ses mains elle ait ainsi tous les biens du monde?

Et lui à moi : — 0 créatures stupides ! que profonde est votre ignorance ! Je veux que de moi tu apprennes ceci6 :

Celui dont la science s'élève au-dessus de tout, a fait les cieux et leur a donné qui les conduise, de sorte que sur chaque partie resplendisse chaque partie 7,

Distribuant également la lumière. Pareillement, aux splendeurs mondaines, il a préposé un chef et ministre général ,

Pour transférer de temps en temps les biens fragiles de nation à nation, d'une race à l'autre, quoique puisse faire pour s'y opposer l'industrie humaine.

C'est pourquoi une nation domine , et une autre languit, selon le jugement de celle-ci8, lequel est caché comme le serpent sous l'herbe.

Votre savoir ne peut rien contre elle : elle prévoit , juge, et poursuit son règne comme les autres Dieux9, le leur.

CANTO SETTIMO,

30 Le sue permutazion non hanno triegue : Nécessita la fa esser veloce ;

Si spesso vien chi vicenda consegue.

31 Quesf è colei , ch' è tanto posta in croce Pur da color, che le dovrian dar Iode. Dandole biasmo a torto e raala voce.

32 Ma ella s'è beata, e ciô non ode : Con l'altre prime créature lieta Volve sua spera , e beata si gode.

33 Or discendiamo ornai a maggior piéta. Già ogni Stella cade, che saliva Quando mi mossi, e'1 troppo star si vieta.

u 3$ oi ricidemmo il cerchio ail' altra riva Sovra una fonte, che bolle, e riversa Per un fossato che da lei diriva.

35 L'acqua era buia molto più che persa : E noi in compagnia dell'onde bige Entrammo giù per una via diversa.

36 Una palude fa, c'ha nome Stige, Questo tristo ruscel, quand' è disceso Appiè délie maligne piagge grige.

37 Ed io, ch'a rimirar mi stava inteso . Vidi genti fangose in quel pantano. Ignude tutte e con semblante offeso.

Nulle trêve à ses changements : la nécessité hâte sa course, d'où vient que si fréquentes sont les vicissitudes.

C'est là celle que tant mettent en croix 10, qui lui devraient des louanges, et qui à tort la blâment et la maudissent.

Mais elle subsiste , heureuse , et n'entend rien de cela; avec les autres créatures premières11, joyeuse elle roule sa sphère, et jouit en soi de sa félicité.

Maintenant nous descendons là où s'émeut une plus grande pitié. Déjà les étoiles qui montaient quand je partis s'abaissent, et défendent de trop s'arrêter.

Nous passâmes à l'autre bord du cercle, près d'une fontaine qui bouillonne et se dégorge par un fossé dérivé d'elle.

L'eau était d'une teinte plutôt sombre que noire; et nous, en suivant les brunes ondes, nous entrâmes par un autre chemin dans ces basses régions 12.

Descendu au pied de ces malignes pentes grises, ce triste ruisseau y engendre un marais nommé Styx.

Et moi qui regardais, attentif, je vis dans ce bourbier des gens tout nus, couverts de fange, le visage courroucé.

90 CANTO SETTDIO.

38 Questi si percotean, non pur con mano, Ma con la testa e col petto e co'piedi, Troncandosi coi denti a brano a brano.

39 Lo buon Maestro disse : Figlio , or vedi L'anime di color cui vinse Tira :

Ed anche vo' che tu per certo credi',

40 Che sotto F acqua ha gente che sospira , E fanno pullular quest' acqua al sommo ,

Corne Focchio ti dice u' che s'aggira.

41 Fitti nel limo dicon : Tristi fummo NelFaer dolce che del Sol s'allegra, Portando deritro accidioso fummo :

42 Qr ci attristiam nella belletta negra. Quest' inno si gorgoglian nella strozza, Ghè dir nol posson con parola intégra.

43 Cosi girammo délia lorda pozza Grand' arco, tra la ripa secca e'1 mezzo , Con gli occhi volti a chi del fango ingozza

Venimmo appiè d' una torre al dassezzo.

Non pas seulement avec la main , mais avec la tête, avec la poitrine et les pieds, ils se frappaient, et en lambeaux se déchiraient avec les dents.

Le bon Maître dit : — Tu vois les âmes de ceux que vainquit la colère, et je veux aussi que pour certain tu tiennes

Qu'il en est, sous l'eau, dont les soupirs produisent ces bulles à la surface, comme l'œil te le montre, où qu'il se tourne.

Enfoncés dans le limon , ils disent : « Malheureux fûmes-nous dans le doux air que réjouit le soleil, ayant au dedans de nous une fumée pesante !

Maintenant nous nous attristons au fond de la bourbe noire. » Dans leur gosier ils murmurent cet hymne, dont ils ne peuvent prononcer une parole entière.

Ainsi nous parcourûmes, entre la rive sèche et le milieu, un grand arc du sale marais, les yeux tournés vers ceux qui engloutissent la fange.

Au pied d'une tour nous vînmes enfin.

CANTO OTTÀVO

1 lo dico seguitando, ch' assai prima Che noi fussimo al piè dell' alta torre, Gli occhi nostri n' andar suso alla cima,

2 Per due fiammette che i vedemmo paire, Ë un'altra da lungi render cenno Tanto, che appena il potea Y occhio torre.

3 Ed io rivolto al mar di tutto il senno Dissi : Questo che dice? e che risponde QuelF altro foco? e chi son quei che '1 feimo?

4 Ed egli a me : Su per le sucide onde Già scorgere puoi quello che s'aspetta, Se il fummo del pantan nol ti nasconde.

Corda non pinse mai da se saetta , Che si corresse via per l'aere snella, Gom' io vidi una nave piccioletta

Continuant, je dis que longtemps avant que nous fussions au pied de la tour, nos yeux se dirigèrent vers le sommet ,

Attirés par deux petites flammes que nous y vîmes poser; et à ce signal répondit une autre tour si lointaine, qu'à peine le regard pouvait la discerner.

Et moi, vers la merde tout savoir1 me tournant, je dis : — Que veut dire ce feu? et que répond l'autre? et qui sont ceux qui font ce signal ?

Et lui à moi : — Sur les ordes ondes, déjà tu peux découvrir ce qu'on attend, si point ne te le cachent les vapeurs du bourbier.

Jamais corde ne lança , à travers les airs , de flèche aussi rapide qu'une petite nacelle

94 CANTO OTTAVO.

6 Venir per l'acqua verso noi in quella, Sotto il governo d'un sol galeoto ,

Che gridava : Or se' giunta, anima fella!

7 Flegiàs, Flegiàs, tu gridi a vuoto, Disse lo mio Signore, a questa volta : Più non ci avrai, se non passando il loto.

8 Quale colui che grande inganno ascolta Che gli sia fatto, e poi se ne rammarca, Tal si fe Flegiàs nell' ira accolta.

9 Lo Duca mio discese nella barca, E poi mi fece entra re appresso lui ,

E sol, quand' i' fui dentro, parve carca.

10 Tôsto che '1 Duca ed io nel legno fui , Secando se ne va Y antica prora

Dell' acqua più che non suol con altrui.

11 Mentre noi correvam la morta gora, Dinanzi mi si fece un pien di fango, E disse : Chi se' tu che vieni anzi ora?

12 Ed io a lui : S' i' vegno, non rimango ; Ma tu chi se', che si sei fatto brutto? Rispose : Yedi che son un che piango.

13 Ed io a lui : Con piangere e con lutto, Spirito maledetto, ti rimani,

Gh'io ti conosco, ancor sie lorclo tutto.

Que je vis venir vers nous sur cette eau , conduite par un seul nautonier, qui criait : — Te voilà donc arrivée, âme félonne?

— Phlégias, Phlégias2, tu cries en vain cette fois , dit mon Seigneur ; tu ne nous auras que le temps de passer le marais.

Comme celui qui reconnaît avoir été déçu , et qui s'en chagrine, tel devint Phlégias tout gonflé de colère.

Mon guide descendit dans la barque, puis m'y fit entrer après lui , et lorsque je fus dedans , alors seulement elle parut chargée 3.

Dès que le Guide et moi nous fûmes clans la nef, l'antique proue va sillonnant l'eau plus profondément qu'elle ne le fait avec les autres.

Tandis que nous traversions le lac stagnant, devant moi se leva un damné tout couvert de fange , lequel dit : — Qui es-tu , toi qui viens avant l'heure4?

Et moi à lui : — Si je viens , je ne reste point. Mais toi, qui es-tu, qui t'es ainsi souillé? Il répondit : — Tu le vois , je suis un qui pleure.

Et moi à lui : — Avec tes pleurs et avec ton deuil , esprit maudit , demeure ; je te reconnais , si bourbeux que tu sois.

96 GANTO OTTAVO.

14 Allora stese al legno ambe le mani : Per che '1 Maestro accorto lo sospinse, Dicendo : Yia costà con gli altri cani.

15 Lo collo poi con le braccia mi cinse, Baciommi il vo-lto, e disse : Aima sdegnosa, Benedetta colei che in te s' incinse.

16 Qui fu al mondo persona orgogliosa; Bontà non è che sua memoria fregi :

Gosi è l'ombra sua qui furiosa.

17 Quanti si tengon or lassù gran régi, Che qui staranno corne porci in brago, Di se lasciando orribili dispregi !

18 Ecl io : Maestro, molto sarei va go Di verdelo attuffare in questa broda, Prima che noi uscissimo del lago.

49 Ed egli a me : Avanti che la proda Ti si lasci veder, tu sarai sazio :

Di tal disio converrà che tu goda.

20 Dopo ciô poco, vidi quello strazio Far di costui aile fangose genti,

Che Dio ancor ne lodo e ne ringrazio.

21 Tutti gridavano : A Filippo Argenti. Lo fiorentino spirito bizzarro

In se medesmo si volgea co' denti.

Alors il étendit ses deux mains vers la barque; ce pourquoi le maître prudent le repoussa , disant : — Va là avec les autres chiens.

Puis, de ses bras me ceignant le col, il baisa mon visage, et dit : — Ame noble, bénie soit celle dont le sein te porta.

Celui-ci fut dans le monde plein d'orgueil; rien de bon n'orne sa mémoire : aussi son ombre est-elle ici furieuse.

Combien là -haut s'estiment de grands rois, qui seront ici comme des porcs dans la bourbe, laissant de soi d'horribles mépris.

Et moi: — Maître, très- désireux serais-je de le voir plonger dans cette boue , avant que nous ne sortions du lac.

Et lui à moi : — Tu ne verras point le rivage, que tu ne sois satisfait ; il convient que tu jouisses de ce désir.

Peu après je vis la gent fangeuse se ruer sur lui de telle furie, que j'en loue encore et en remercie Dieu.

Tous criaient : « A Philippe Argenti ! 5 » et cet esprit florentin, dans sa rage, se déchirait lui-même avec les dents.

98 CANTO OTTAVO.

22 Quivi'l lasciammo, chè più non ne narro : Me negli orecchi mi percosse un duolo, Perch' io avanti intento Y occhio sbarro.

23 Lo buon Maestro disse : Ornai, figliuolo, S'appressa la città c' ha nome Dite,

Co' gravi cittadin , col grande stuolo.

24 Ed io : Maestro, già le sue meschite Là entro certo nella valle cerno Yermiglie, corne se di fuoco uscite

25 Fossero. Ecl ei mi disse : Il foco eterno, Ch' entro le affoca, le dimostra rosse, Corne tu vedi in questo basso inferno.

26 Noi pur giugnemmo dentro ail' alte fosse, Ghe vallan quella terra sconsolata :

Le mura mi parea che ferro fosse.

27 Non senza prima far grande aggirata, Yenimmo in parte, dove il nocchier, forte, Uscite, ci gridô, qui è l'entrata.

28 Io vidi più di mille in sulle porte Dal ciel piovuti, che stizzosamente Dicean : Chi è costui, che senza morte

29 Va per lo regno délia morta gente?

E il savio mio Maestro fece segno Di voler lor parlar segretamente.

Là nous le laissâmes, et plus n'en parlerai. Mais des cris douloureux frappant mon oreille, je portai en avant un regard attentif.

Et le bon maître dit : — Maintenant, mon fils, s'approche la cité nommée Dite, avec ses coupables citoyens entassés en foule.

Et moi : — Maître, déjà clairement je vois dans la vallée leurs mosquées rouges comme si elles sortaient du feu.

Et lui me dit : — Le feu éternel qui les embrase au dedans, les fait paraître rouges, comme tu le vois dans ce bas enfer.

Nous arrivâmes clans les fossés profonds qui entourent cette ville désolée. Les murs me semblaient de fer.

Non sans de grands détours, nous vînmes en un endroit où le dur nocher nous cria : « Sortez, voici l'entrée! »

Je vis sur les portes plus de mille de ceux que le ciel fit pleuvoir6, lesquels avec colère disaient : « Qui est celui-ci, qui, sans être mort,

Va dans le royaume des morts? » Et mon sage maître fit signe de vouloir leur parler secrètement.

100 CANTO OTTAVO.

30 Allor chiusëro un poco il gran disdegno, E disser : Yien tu solo, e quei sen vada, Che si ardito entrô per questo regno :

31 Sol si ritorni per la folle strada : Provi, se sa; chè tu qui rimarrai, Che scorto F liai per si buia contrada.

32 Pensa, Lettor, s'i' mi disconfortai Nel suon délie parole maledette ; Gh'i' non credetti ritornarci mai.

33 0 caro Duca mio, che più di sette Yolte m' hai sicurtà renduta, e tratto D' alto periglio che incontra mi stette,

34 Non mi lasciar, diss' io, cosi disfatto ; E se F andar più oltre c' è negato, Ritroviam F orme nostre insieme ratto.

35 E quel Signor, che li m' avea menato, Mi disse : Non temer, che il nostro passo Non ci puô torre alcun : da tal n' è dato.

36 Ma qui m'attendi; e lo spirito lasso Conforta e ciba di speranza buona, Ch' i' non ti lascerô nel mondo basso.

37 Cosi sen va, e quivi m'abbandona

Lo dolce padre, ed io rimango in forse; Chè il no e il si nel capo mi tenzona.

Alors un peu se calma leur grand courroux, et ils dirent : « Viens seul , et que s'en aille celui-là , qui fut si hardi que d'entrer dans ce royaume.

Seul qu'il s'en retourne par la folle route7, qu'il essaie s'il pourra : toi qui, à travers cette contrée obscure, l'as accompagné, tu demeureras ici. »

Pense, Lecteur, si je me déconfortai au son de ces paroles maudites, croyant ne m'en retourner jamais.

— 0 mon cher Guide, qui plus de sept fois m'as rendu la sécurité, et tiré d'autres périls menaçants,

Ne me laisse point, dis -je, en cette détresse; et si l'aller plus avant m'est dénié, revenons vite ensemble sur nos pas.

Et ce Seigneur qui m'avait conduit, me dit : — Ne crains point : nul ne peut nous fermer le passage que nous a ouvert un si grand 8.

Mais attends-moi ici, et conforte et nourris d'une bonne espérance ton esprit abattu ; je ne te laisserai pas dans le monde bas.

Ainsi s'en va, et là m'abandonne le doux père; et moi je demeure en suspens, le oui et le non se combattant dans ma tête.

102 CANTO OTTAYO.

38 Udir non pote' quello ch' a lor porse : Ma ei non stette là con essi guari, Che ciascun dentro a pmova si ricorse.

39 Chiuser le porte que' nostri avversari

Nel petto al raio Signor, che fuor rimase, E rivolsesi a me con passi rari.

40 Gli occhi alla terra, e le ciglia avea rase D'ogni baldanza, e dicea ne' sospiri :

Chi m' ha negate le dolenti case?

âl Ed a me disse : Ta, perch'io m' adiri, Non sbigottir, ch'io vincero la pruova, Quai ch'alla difension dentro s'aggiri.

^2 Questa lor tracotanza non è nuova, Chè già F usaro a men segreta porta, La quai senza serrame ancor si trova.

43 Sovr'essa vedestù la scritta morta : E già di qua da lei discende F erta , Passando per li cerchi senza scorta,

Tal, che per lui ne fia la terra aperta.

Je ne pus ouïr ce qu'il leur dit; mais il n'eut guère été avec eux , que tous coururent préparer la défense au dedans.

Nos adversaires fermèrent les portes devant mon Seigneur qui resta dehors, et revint vers moi à pas lents.

Les yeux à terre et le front morne, soupirant il disait : — Qui m'a refusé l'entrée des demeures douloureuses?

Et il me dit : — Quoique je me courrouce, ne t'effraie point : je vaincrai dans ce combat, quelle que soit au dedans la défense.

Cette arrogance ne leur est pas nouvelle; ils la montrèrent jadis à une porte moins secrète 9, dont la serrure est encore brisée.

Au-dessus, tu as vu l'inscription de mort; et déjà de l'autre côté, descend la pente, passant sans escorte à travers les cercles,

Tel qui par la ville s'ouvrira.

1 Quel color che viltà di fuor mi pinse, Veggendo'l Duca mio tornare in volta, Più tosto dentro il suo nuovo ristrinse.

2 Àttento si fermô com' uom che ascolta ; Chè l'occhio nol potea menare a lunga Per l'aer nero e per la nebbia folta.

3 Pur a noi converrà vincer la punga , Cominciô ei : se non... tal ne s'offerse. Oh quanto tarda a me ch' altri qui giunga !

à Io vidi ben si com'ei ricoperse

Lo cominciar con l' altro che poi venne , i Che fur parole aile prime diverse.

5 Ma nondimen paura il suo dîr dienne , Perch' io traeva la paroi a tronca Forse a peggior sentenzia ch'ei non tenue.

Cette couleur, dont le découragement au dehors me peignit1, lorsque je vis mon guide revenir, fit qu'il se hâta de renfermer en soi ses émotions nouvelles.

Attentif, il s'arrêta comme un homme qui écoute, l'œil ne pouvant atteindre au loin, à cause de l'air obscur et du brouillard épais.

— Il nous faudra vaincre dans ce combat, dit-il, sinon... Tel à nous s'est offert. Oh! qu'il me tarde que l'autre arrive ici 2 !

Je vis bien que la suite amendait le commencement, les paroles différant des premières.

Cependant son dire m'inspira de la peur, parce que peut-être tirais-je le discours tronqué à un sens pire que son sens véritable.

106 GANTO NONO.

6 In questo fondo délia trista conca Discende mai alcun del primo grado, Che. sol per pena ha la speranza cionca?

7 Questa question fec' io. E quei : Di rado Incontra, mi rispose, che di nui

Faccia il cammino alcun per quale io vado.

8 Ver è ch'altra fiata quaggiù fui Congiurato da quella Eriton cruda, Che richiamava l'ombre a'corpi sui.

9 Di poco era di me la carne nuda, Ch'eïla mi fece entrai* dentro a quel muro, Per trarne un spirto del cerchio di Giuda.

10 Qdeir è il più basso loco e il più oscuro , E il più lontan dal ciel che tutto gira : Ben so il cammin , per 6 ti fa securo.

11 Questa palude, che il gran puzzo spira, Cinge d'intorno la città dolente,

U' non potemo intrare omai senz' ira.

12 Ed altro disse , ma non Y ho a mente ; Perocchè l'occhio m' avea tutto tratto Ver l'alta torre alla cima rovente,

13 Ove in un punto furon dritte ratto Tre furie infernal di sangue tinte , Che membra femminili avieno ed atto ;

— En ce fond de la triste conque , aucun descend-il jamais du premier degré , où la seule peine est le manque d'espérance?

Demandai-je. Et lui répondit : — Rarement arrivet- il qu'un de nous parcoure le chemin par où je vais.

Une autre fois je fus , il est vrai , forcé de descendre ici -bas par les conjurations de la dure Érichtone , qui rappelait les ombres en leurs corps 3.

J'étais depuis peu dépouillé de ma chair, lorsqu'elle me fit entrer au dedans de ces murs, pour tirer un esprit du cercle de Judas.

Ce lieu est le plus bas et le plus sombre, et le plus loin du ciel qui entoure et meut tout4. Je connais bien la route ; ainsi tranquillise -toi.

Ce marais, d'où s'exhale une vapeur fétide, ceint la cité de douleur, où désormais nous ne pouvons entrer sans ire 5.

D'autres choses il dit ; mais je n'en ai pas le souvenir, parce que mes yeux m'avaient attiré tout entier vers la haute tour au sommet ardent ,

Où, tout d'un coup, je vis debout trois furies infernales teintes de sang, qui avaient des membres et un port de femme ,

14 E con idre verdissime eran cinte :

Serpentelli e céraste avean per crine , Onde le fiere tempie erano avvinte.

15 E quei, che ben conobbe le meschine Délia regina dell' eterno pianto , Guarda, rai disse, le feroci Erine.

16 Questa è Megera dal sinistro canto : Quella , che piange dal destro , è Aletto : Tesifone è nel mezzo : e tacque a tanto.

17 Coir unghie si fendea ciascuna il petto ; Batteansi a palme, e gridavan si alto.

Ch'i'mi strinsi al Poeta per sospetto.

18 Venga Médusa, si il farem di smalto (Gridavan tutte riguardando in giuso) ; Mal non vengiammo in Teseo l'assalto.

19 Yolgiti indietro, e tien lo viso chiuso ; Che se il Gorgon si mostra , e tu 1 vedessi Nulla sarebbe del tornar mai suso

20 Cosi disse il Maestro ; ed egli stessi

Mi volse, e non si tenne aile mie mani, Che con le sue ancor non mi chiudessi.

21 0 voi , ch' avete gl' intelletti sani , Mirate la dottrina che s' asconde Sotto il vêla me degli versi strani.

Des ceintures d'hydres vertes, et pour cheveux des cérastes et des serpents, dont leurs tempes affreuses étaient liées.

Et lui qui bien reconnut les servantes de la reine des pleurs éternels6 : — Regarde, me dit-il, les féroces Érynnis.

Celle-ci à gauche est Mégère; celle qui se lamente à droite est Alecto ; Tisiphone est au milieu. Et cela dit , il se tut.

Chacune d'elles se déchirait la poitrine avec les ongles ; elles se frappaient des mains , et jetaient de si hauts cris , que de crainte je me serrai contre le poëte.

« Viens, Méduse, nous le ferons de pierre7 », criaient -elles toutes, regardant en bas; « mal nous vengeâmes l'attaque de Thésée8. »

— Tourne- toi en arrière, et ferme les yeux; car si la Gorgone se montrait et que tu la visses, jamais d'ici tu ne remonterais.

Ainsi dit le Maître; et lui-même me tourna, et ne se fiant point à mes mains, des siennes encore il me couvrit les yeux.

0 vous qui avez l'intelligence saine , contemplez la doctrine cachée sous le voile des vers étranges 9.

22 E già venia su per le torbicT onde

Un fracasso d' un suon pien di spavento , Per cui tremavano ambedue le sponde ;

23 Non altrimenti fatto che d' un vento Impetuoso per gli avversi ardori ,

Che fier la selva , e. senza alcun rattento

24 Li rami schianta , abatte e porta fori , Dinanzi polveroso va superbo ,

E fa fuggir le fi ère e li pastori.

25 Gli occhi mi sciolse, e disse : Or drizza il nerbo Del viso su per quella schiuma antica ,

Per indi ove quel fummo è più acerbo.

26 Gome le rane innanzi alla nimica Biscia per l' acqua si dileguan tutte , Fin che alla terra ciascuna s' abbica ;

27 Yid'io più cli mille distrutte

Fuggir cosi dinanzi acl un, che al passo Passa va Stige colle piante asciutte.

28 Dal volto rimovea quell' aer grasso , Menando la sinistra innanzi spesso ; E sol di quell'angoscia parea lasso.

29 Ben m' accorsi ch'egli era del ciel messo, E volsimi al Maestro : e quei fe segno , Ch' io stessi cheto , ed inchinassi ad esso.

Déjà sur les ondes troubles venait avec fracas un son plein d'épouvante , dont tremblaient les deux rives.

Il ressemblait au vent impétueux qui, durant les ardeurs pernicieuses, secoue la forêt, et, sans que rien l'arrête,

Brise, abat les rameaux, et les emporte au loin. Poudreux et superbe il s'avance, et fait fuir les animaux et les pasteurs.

Il 10 me rouvrit les yeux et dit : — Dirige maintenant ta vue sur cette antique écume , là où plus acre est la fumée.

Comme les grenouilles, devant la couleuvre ennemie, fuient à travers l'eau jusqu'à terre, où chacune d'elles se ramasse en soi ;

Ainsi vis-je plus de mille âmes ruinées fuir devant un qui, marchant , passait le Styx à pieds secs.

Il éloignait de son visage cet air épais , portant souvent sa main gauche en avant , et de cette seule gêne paraissait fatigué.

Bien m'aperçus-je qu'il était envoyé du ciel, et je me tournai vers le maître , et il me fit signe de garder le silence, et de m'incliner devant lui.

30 Ahi quanto mi parea pien di disdegn: : Giunse alla porta , e cou una verghetta Lr aperse, chè non v'ebbe alcun ritegno.

31 0 cacciati del ciel . gente dispetta , Gominciô egli in su F orribil soglia , Ond' esta oltracotanza in voi s* alletta ?

32 Perché ricalcitrate a quella voglia.

À cui non puote il fin mai esser mozzo. E che più volte v'ha cresciuta doglial

33 Che giova nelle fata dar di cozzo?

Cerbero vostro , se ben vi ricorda ,

Ne porta ancor pelato il mento e il gozzo.

34 Poi si rivolse per la strada lorda,

E oon fe motto a noi : ma fe semblante D'uomo, cui altra cura stringa e morda.

35 Che quella di colui che gli è davante. E noi movemmo i piedi in ver la terra . Sicuri appresso le parole saute.

36 Dentro v' entrammo senza alcuna guerra : Ed io, ch'avea di riguardar di--

La condizion che'tal fortezza serra.

37 Com'io fui dentro. Tocchio intorno hivio; E veggio ad ogni m an grande camp a gn a Piena di duolo e di tormento rio.

Ah ! qu'il me semblait plein de courroux ! Il vint à la porte et l'ouvrit avec une petite verge, sans que rien la retînt :

— 0 chassés du ciel, bande abjecte! commençat — il sur l'horrible seuil, d'où tant d'audace en vous?

Pourquoi regimbez- vous contre cette volonté qui ne saurait jamais ne pas atteindre sa fin , et a plusieurs fois accru vos angoisses?

Que sert de se heurter contre les destins? Votre Cerbère, si bien vous en souvient, en a encore le menton et ta gorge pelés 1J.

Puis il s'en retourna par la route bourbeuse, et ne nous dit pas un mot; mais il ressemblait à un homme qu'aiguillonne et presse un autre souci

Que de ce qui est devant lui : et nous, tranquilles après les paroles saintes, nous nous acheminâmes vers la ville.

Nous y entrâmes sans nul conflit, et moi qui désirais voir ce que renferme une telle forteresse12,

Quand je fus dedans, je jetai mes regards alentour, et je vis, de tous côtés, une vaste campagne pleine de deuil et d' affreux tourments.

114 GANTO NONO.

âS Si corne ad Arli, ove'l Rodano stagna. Si corne a Pola presso del Quarnaro.

Che Italia chiude e i suoi termini bagna

39 Fanno i sepolcri tutto il loco varo ; Cosi facevan quivi d'ogni parte.

Salvo che '1 modo v' era più amaro ;

40 Chè tra gli avelli fiarome erano sparte. Per le quali eran si del tutto accesi. Che ferro più non chiede venin' arte,

àï Tutti gli lor coperchi eran sospesi. E fuor n' uscivan si duri lamenti .

Che ben parean di miseri e d' offesi.

42 Ed io : Maestro , quai son quelle genti . Che seppellite dentro da quell' arche Si fan sentir con gli sospir dolenti?

hl Ed egli a me : Qui son gli eresiarche Co' lor seguaci d'ogni setta, e molto Più che non credi, son le tombe carche.

kk Simile qui non simile è sepolto, Ei i monimenti son più, e men caldi.

E poi ch'alla man destra siju volto.

Passammo tra i martiri e gli alti spaldi.

Comme près d'Arles, où le Rhône devient stagnant, comme à Pola13, près du Quarnarou, qui ferme l'Italie et en baigne les limites,

La plaine est toute bosselée de tombes; ainsi en était-il ici, mais d'une façon plus triste,

Entre elles des flammes étant éparses, qui les embrasaient tellement qu'aucun art n'exige que le fer le soit plus.

Tous leurs couvercles étaient soulevés, et d'au dedans sortaient des cris si lamentables, que beaucoup paraissaient-ils de malheureux dans les tourments.

Et moi : — Maître, qui sont ceux-là qui, du fond des sépulcres , font entendre ces douloureux soupirs ?

Et lui à moi : — Ici sont les hérésiarques avec leurs disciples de toute secte, et les tombes en sont bien plus combles que tu ne crois.

Ici le semblable est enseveli avec le semblable : les tombeaux sont plus ou moins brûlants. Et, après après avoir tourné à main droite,

Nous passâmes entre les tourmentés et les hautes murailles.

1 Ora sen va per uno stretto calle Tra'l muro délia terra e li martiri Lo mio Maestro, et io dopo le spalle.

2 0 virtù somma, che per gli empi giri Mi volvi , cominciai , corn' a te piace, Parlarmi, e soddisfammi a' miei desiri.

3 La gente, che per li sepolcri giace, Potrebbesi veder? già son levati

Tutti i coperchi, e nessun guardia face.

Ed egli a me : Tutti saran serrati, Quando di Josaffà qui ton nu i i Coi corpi che lassù hanno lasciati.

5 Suo cimitero da questa parte hanno Gon Epicuro tutti i suoi seguaci, Che l'anima col corpo morta fanno.

Maintenant, par un étroit sentier, entre le mur de la ville et les tourmentés, va mon Maître et moi derrière lui.

— 0 vertu suprême1, dis-je, qui, comme il te plaît, me conduis par les tristes circuits, parle-moi et satisfais mes désirs.

La gent qui gît dans les sépulcres, la pourrait-on voir? Tous les couvercles sont levés, et nul ne fait garde.

Et lui à moi : — Tous seront scellés, quand de Josaphat ils reviendront ici avec les corps qu'ils ont laissés là -haut.

De ce côté ont leur cimetière, avec Ëpicure, tous ces sectateurs, qui veulent que l'âme meure avec le corps.

6 Perô alla dimanda che mi faci Quinc' entro soddisfatto sarai tosto, E al disio ancor che ta mi taci.

Ed io : Buon Duca, non tegno nascosto A te mio cor, se non per dicer poco ; E tu m' liai non pur mo a ciô disposto.

0 Tosco, che per la città del foco Vivo ten vai cosi parlando onesto, Piacciati di ristare in questo loco.

9 La tua loquela ti fa manifesta Di quella nobil patria natio,

Alla quai forse fui troppo molesta.

10 Subitamente questo suono uscio

D' una dell' arche : pero m' accostai , Temendo, un poco più al Duca mio.

11 Ed ei mi disse : Volgiti : che fai? Vedi là Farinata che s' è dritto :

Dalla cintola in su tutto il vedrai.

12 Io avea già il mio viso nel suo fitto ; Ed ei s'ergea col petto e colla fronte, Corn' avesse lo Inferno in gran dispitto

13 E le animose man del Duca e pronte Mi pinser tra le sepolture a lui , Dicenclo : La parole tue sien conte.

Au reste, de là dedans on satisfera bientôt ta demande, et aussi le désir que tu me tais.

Et moi : — Bon maître, si je ne te découvre pas tout mon cœui% c'est pour être bref comme déjà auparavant tu m'y as induit.

« 0 Toscan , qui t'en vas vivant par la cité du feu ainsi sagement parlant, qu'il te plaise t' arrêter en ce lieu.

« Ton langage montre que tu es né clans cette noble patrie2 à laquelle peut-être fus -je trop rude. »

Subitement, cette voix sortit d'une des tombes : de quoi effrayé , je me rapprochai un peu de mon Guide.

Et lui me dit : — Que fais-tu? Tourne -toi. Vois là Farinata qui s'est levé : tu le verras tout entier de la ceinture en haut.

J'avais déjà mes yeux fixés sur les siens, et lui de la poitrine et du front se dressait , comme s'il eût eu l'enfer à grand mépris.

Les mains promptes et hardies du Maître me poussèrent vers lui à travers les sépulcres , disant : — Que tes paroles soient nettes3.

CANTO DECDIO.

14 Tosto ch'al piè délia sua tomba fui, Guardommi un poco, e poi quasi sdegnoso Mi dimandô : Chi fur li maggior tui?

15 fo, ch'era d' obedir disideroso,

Non gliel celai , ma tutto gliel' apersi : Ond' ei levô le ciglia un poco in soso ;

16 Poi disse : Fieramente furo avversi A me e a' miei primi e a mia parte, Si che per duo fiate gli dispersi.

17 S'ei fur cacciati, ei tornar d' ogni parte. Risposi lui, e l'una e l'altra fiata;

Ma i vostri non appreser ben quell' arte.

18 Allor surse alla vista scoperchiata

Un' ombra lungo questa infmo al mento : Credo che s'era inginocchion leva ta.

19 Dintorno mi guardô, corne talento Avesse di veder s' altri era meco ;

Me poi che il sospicar fu tutto spento,

20 Piangendo disse : Se per questo cieco Carcere vai per altezza d' ingegno, Mio figlio ov'è? o perché non è teco?

21 Ed io a lui : Da me stesso non vegno : Colui, che attende là, per qui mi mena, Forse cui Guido vostro ebbe a disdegno.

Et quand je fus au pied de sa tombe, il me regarda un peu, puis d'un air hautain me demanda : — Qui furent tes ancêtres?

Moi qui d'obéir étais désireux, je ne les lui celai point, mais je les nommai tous : sur quoi il éleva un peu les sourcils;

Puis dit : — Cruellement ils furent ennemis de moi, et de mes aïeux , et de mon parti ; aussi les chassai -je deux fois.

— S'ils furent chassés, répondis- je , de toutes parts ils revinrent et l'une et l'autre fois; mais les vôtres n'apprirent jamais cet art.

Lors , se montrant à découvert , surgit une ombre , qui seulement au menton de l'autre atteignait ; elle s'était, je crois, levée sur les genoux.

Elle regarda autour, comme désirant voir si un autre était avec moi; et après qu'en elle l'espérer fut entièrement éteint ,

Pleurant, elle dit : — Si, à travers cette sombre prison, tu vas par grandeur d'âme, mon fils où est -il? pourquoi pas avec toi?

Et moi à lui : — Je ne viens pas de moi-même ; me conduit en ces lieux celui qui attend là , et que votre Guido eut peut-être à dédain 4.

m CANTO DECIMO.

22 Le sue parole e il modo délia pena M'avevan di costui già letto il nome : Perô fu la risposta cosi piena.

23 Di subito drizzato gridô : Corne Dicesti egli ebbe? non viv'egli ancora?

Non fiere gli occhi suoi lo dolce lome?

24 Quando s'accorse d'alcuna dimora Gh'io faceva dinanzi alla risposta, Supin ricadde, e più non parve fuora.

25 Ma quell'altro magnanimo, a cui posta Restato m'era, non muto aspetto,

Ne mosse collo, ne piego sua costa.

26 E se, continuando al primo detto,

Egli han quell'arte, disse, maie appresa, Cio mi tormenta più che questo letto.

27 Ma non cinquanta volte fia raccesa La faccia délia donna che qui regge, Che tu saprai quanto quell'arte pesa.

2S E se tu mai nel dolce mondo regge, Dimmi, perché quel popolo è si empio Incontro a' miei in ciascuna sua legge?

29 Ond'io a lui : Lo strazioe'l grande scempio, Che fece l'Arbia colorata in rosso, Taie orazion fa far nel nostro tempio.

Ses paroles et le genre de la peine m'avaient déjà de celui-ci appris le nom : ce pourquoi la réponse fut si pleine.

Soudain se dressant, il s'écria : — N'as- tu pas dit : // eut? Ne vit-il plus? 'La douce lumière ne frappet-elle plus ses yeux?

Voyant qu'un peu je tardais à répondre, à la renverse il retomba, et ne parut plus au dehors.

Mais cet autre magnanime, à la demande de qui je m'étais arrêté, ne changea point de visage : sa tête, son corps restèrent immobiles.

Et continuant le premier discours : — Qu'ils aient mal appris cet art, dit- il, cela me tourmente plus que cette couche.

Mais de la Dame qui règne ici 5 le flambeau ne se sera pas rallumé cinquante fois , que tu sauras ce que coûte cet art.

Et si jamais tu retournes dans le doux monde 6, dismoi pourquoi ce peuple , en toutes ses lois , est si cruel contre les miens?

Et moi à lui : — Le massacre et le carnage qui rougit l'Arbia 7 fait faire une telle oraison dans notre temple 8.

30 Poi ch' ebbe sospirando il capo scosso, A ciô non fu'io sol, disse, ne certo Senza cagion sarei con gli altri mosso :

31 Ma fu'io sol, cola, dove sofferto

Fu per ciascuno di tor via Fiorenza, Colui che la difese a viso aperto.

32 Deh , se riposi mai vostra semenza, Prega' io lui , solvetemi quel nodo, Che qui ha 'nviluppata mia sentenza.

33 E' par che voi veggiate, se ben odo, Dinanzi quel che '1 tempo seco adduce, E nel présente tenete a-ltro modo.

34 Noi veggiam , corne quei c' ha mala luce. Le cose, disse, che ne son lontano :

Cotanto ancor ne splende il sommo Duce t

35 Quando s' appressano , o son, tutto è vano Nostro intelletto ; e, s' altri nol ci apporta, Nulla sapem di vostro stato umano.

36 Perô comprender poi, che tutta morta Fia nostra conoscenza da quel punto, Che del futuro fia chiusa la porta.

37 Allor corne di mia colpa compunto, Dissi : Or direte dunque a quel caduto, Che '1 suo nato è co' vivi ancor congiunto.

Après avoir en soupirant secoué la tête : — A cela , dit-il, je ne fus pas seul, et ce n'eût pas certes été sans cause qu'avec les autres je m'y fusse porté.

Mais quand tous consentaient à détruire Florence, seul en face je la défendis.

— Ah ! si jamais les vôtres recouvrent le repos, lui dis-je, levez, je vous prie, le voile dont vous avez enveloppé ma sentence 9 ;

Car, si je l'entends bien, il semble que, le présent vous étant caché , vous voyez au delà ce que le temps amène avec lui.

— Nous voyons, dit-il, comme on voit avec une mauvaise vue, les choses qui sont loin, autant que les éclaire le souverain Maître.

Quand elles s'approchent, ou sont déjà, toute notre intelligence s'évanouit ; et si quelque autre ne vient ici nous en instruire, nous ne savons rien de votre état humain.

Ainsi , tu peux comprendre que pour nous mourra toute connaissance , de ce moment où sera fermée la porte de l'avenir10.

Alors, comme contrit de ma faute : — Maintenant, dis-je, vous direz à ce tombé L1 que son fils est encore parmi les vivants.

126 CANTO DECDIO.

38 E s'io fui dianzi alla risposta muto, Fate i saper che '1 fei , perché pensava Già ïiell' error che ma vête soluto.

39 E già '1 Maestro mio mi richiamava : Perch'io pregai lo spirito più avaccio, Che mi dicesse chi con lui si stava.

40 Dissemi : Qui con più di mille giaccio : Qua entro è lo secondo Federico,

E '1 Cardinale, e degli altri mi taccio.

41 Indi s'ascose : ed io in ver Pantico Poeta volsi i passi, ripensando

A quel parlar che mi parea nimico.

42 Egli si mosse; e poi cosi andando, Mi disse : Perche sei tu si smarrito?

E io li socldisfeci al suo dimando.

43 La mente tua conservi quel che udito Hai contra te, mi comanclô quel Saggio, E ora attendi qui : e drizzô '1 dito.

44 Quando sarai dinanzi al dolce raggio Di quella, il cui belFocchio tutto vede, Da lei saprai di tua vita il viaggio.

45 Appresso volse a man sinistra il piede ; Lasciammo il muro, e gimmo in ver lo mezzo Per un sentier che ad una valle fiede,

Che 'nfin lassù facea spiacer suo lezzo.

Et si, tardant de répondre, je demeurai muet, faites -lui savoir que ce fut parce que j'étais encore dans l'erreur dont vous m'avez tiré12.

Déjà mon maître me rappelait, ce pourquoi je priai l'esprit ae se hâter de me dire qui était avec lui.

Il me dit : — Ici je gis avec plus de mille ; la- dessous est le second Frédéric, et le cardinal13 : je me tais des autres.

Puis il s'enfonça : et moi vers l'antique poëte je tournai mes pas , repensant aux paroles qui me semblaient menaçantes.

Lui se mut, et ainsi allant, il me dit : — Pourquoi es -tu si troublé? Et moi je satisfis à sa demande.

— Que ta mémoire conserve ce que tu as entendu contre toi , me commanda ce Sage ; maintenant regarde ici. Et il leva le doigt14.

— Quand tu seras devant le doux rayon de celle dont le bel œil voit tout15, par elle tu connaîtras le voyage de ta vie.

Il tourna ensuite à main gauche : nous laissâmes le mur, et vînmes vers le milieu par un sentier qui aboutit à une vallée

Dont, jusque d'en haut, l'on sentait la puanteur.

CANTO DECIMOPRIMO

1 In su Y estremità d' un' alta ripa ,

Che facevan gran piètre rotte in cerchio, Yenimmo sopra più crudele stipa :

2 E* quivi per F orribile soperchio

Del puzzo, che il profondo abisso gitta, Ci raccostammo dietro ad un coperchio

3 D'an grande avello, ov'io vidi una scritta Che diceva : Ânastasio papa guardo,

ho quai trasse Fotin délia via dritta.

à Lo nostro scender convien esser tardo, Si che s' ausi prima un poco il senso Al tristo fiato; e poi non fia riguardo.

5 Cosi '1 Maestro ; ed io : Alcun compense) , Dissi lui, trova, che '1 tempo non passi Perduto : ed egli : Vedi che a ciô penso.

Sur le bord d'une haute rive, que forme un cercle de pierres brisées, nous \înmes au-dessus d'un amas de tourments plus cruels.

Et à cause de l'horrible puanteur qu'exhale le profond abîme , nous nous retirâmes derrière le couvercle

D'un grand tombeau, où je vis une inscription qui disait : « Je garde le pape Anastase, que Photin1 détourna de la vraie voie. »

— 11 convient de retarder notre descente , afin qu'accoutumés un peu à l'infecte vapeur, elle nous soit ensuite moins pénible.

Ainsi le Maître. Et moi : — Trouve, lui dis- je, quelque compensation , pour que le temps ne soit pas perdu. Et lui : — Tu vois que j'y pense.

130 CANTO DECIMOPRIMO.

6 Figliuol mio, dentro da cotesti sassi, Cominciô poi a dir, son tre cerchietti Di grado in grado, come quei che lassi.

7 Tutti son pien di spirti maledetti : Ma perché poi ti basti pur la vista, Intendi come e perche son costretti.

8 D' ogni malizia ch' odio in cielo acquista , Ingiuria è il fine, ed ogni fin cotale

O con forza o con frode altrui contrista.

9 Ma perché frode è delPuom proprio maie, Più spiace a Dio ; e perô stan di sutto

Gli frodolenti, e più dolor gli assale.

10 Di violenti il primo cerchio è tutto ; Ma perché si fa forza a tre persone, In tre gironi è distinto e costrutto.

11 A Dio, a se, al prossimo si puone Far forza ; dico in loro ed in lor cose , Corn' udirai con aperta ragione.

12 Morte per forza e ferute dogliose

Nel prossimo si danno , e nel suo avère Ruine, incendj e collette dannose;

13 Onde omicide e ciascun che mal fiere, Guastatori e predon , tutti tormenta Lo giron primo per diverse schiere.

Mon fils, dit -il, au dedans de ces rocs sont trois petits cercles , de degré en degré , comme ceux que tu quittes.

Tous sont remplis d'esprits maudits : mais, pour qu'ensuite la vue te suffise, entends comment et pourquoi ils sont dans la gêne.

De toute malice qui attire la haine du ciel , la fin est l'injure; et toute pareille fin offense autrui ou par la force , ou par la fraude.

Mais, parce que la fraude est le mal propre de l'homme, elle déplaît davantage à Dieu : c'est pourquoi les artisans de fraude gisent plus bas , et plus de douleur les point.

Tout le premier cercle est des violents ; mais parce qu'on fait violence à trois sortes de personnes, sa construction le divise en trois enceintes distinctes.

A Dieu , à soi , au prochain on peut faire violence ; je dis aux personnes et aux biens , comme tu vas l'entendre clairement.

La violence donne la mort au prochain, et le blesse ; elle l'atteint dans son bien par les rapines , les incendies , les exactions.

Dans la première enceinte sont donc tourmentés les homicides, ceux qui frappent à tort, les ravageurs et tous les voleurs , par bandes séparées.

132 CANTO DECIMOPRIMO.

14 Puote uomo avère in se man violenta E ne'suoi béni : e perô nel secondo Giron convien ebe senza pro si penta

15 Qualunque priva se del vostro mondo , Biscazza e fonde la sua facultade ,

E piange là dov' esser dee giocondo.

16 Puossi far forza nella Deitade,

Col cor negando e bestemmiando quel la , E spregiando natura e sua bontade :

17 E perô lo minor giron suggella Del segno-suo e Sodoma e Caorsa

E chi, spregiando Dio, col cor favella.

1S La frode , ond' ogni coscienza è morsa , Puô l' uomo usare in colui che si fida , En in quello che fidanza non imborsa.

19 Questo modo di rétro par che uccida Pur lo vincol d' amor che fa natura :

Onde nel cerchio secondo s'annida

20 Ipocrisia, lusinghe e chi affattura, Falsità , ladroneccio e simonia , Ruffian, baratti, e simile lordura.

21 Per l'altro modo quell' amor s'obblia Che fa natura, e quel ch'è poi aggiunto , Di che la fede spezial si cria :

L'homme peut porter une main violente sur soi et sur ses biens : ainsi, dans la seconde enceinte, il convient que sans fruit se repente

Quiconque se prive de votre monde2, joue et dissipe son bien, et se crée une peine de ce qui devait être sa joie.

On peut faire violence à la Divinité en la niant au dedans de soi et la blasphémant, en méprisant la nature et sa bonté 3.

Ainsi la plus étroite enceinte â marque de son signe et Sodoine et Cahors5, et qui, discourant en son cœur, méprise Dieu.

La fraude, qui toujours blesse la conscience6, on peut en user contre qui a fiance, et contre qui ne l'a pas.

Cette dernière sorte de fraude détruit seulement le lien d'amour formé par la nature ; d'où, dans le second cercle , ont leur nid

L'hypocrisie, la flatterie, la sorcellerie, la fourberie, le larcin, la simonie, les commerces infâmes, la baraterie , et pareilles ordures.

Par l'autre sorte de fraude s'oublie l'amour que forme la nature, et celui qui s'y surajoute et crée la foi spéciale 7.

134 CANTO DECIMOPRIMO.

22 Onde nel cerchio minore, ov' è '1 punto Dell' Universo , in su che Dite siede, Qualunque trade in eterno è consunto.

23 E io : Maestro, assai chiaro procède La tua ragione, e assai ben distingue Questo baratro e il popol che possiede.

24 Ma dimmi : quei délia palude pingue

Che mena il vento e che batte la pioggia , E che s' in contran con si aspre lingue ,

25 Perché non dentro délia città roggia Son ei puniti, se Dio gli ha in ira?

E se non gli ha, perché sono tal foggia?

26 Ed egli a me : Perché tanto délira , Disse, lo 'ngegno tuo da quel ch'ei suole? Ovver la mente tua altrove mira?

27 Non ti rimembra di quelle parole , Con le quai la tua Etica pertratta

Le tre disposizion, che il Ciel non vuole,

28 Incontinenza, malizia, e la matta Bestialitade ? e come incontinenza

Men Dio offende e men biasimo accatta?

29 Se tu riguardi ben questa sentenza, E rechiti alla mente chi son quelli, Che su di fuor sostengon penitenza ,

Ce pourquoi , dans le plus petit cercle , là où est le centre de l'univers, au-dessus duquel sise est Dite, éternellement le traître est consumé.

Et moi : — Maître, très -clairement procède ton discours, et bien distingue-t-il ce gouffre et le peuple qui l'habite.

Mais , dis -moi : ceux du marais fangeux que le vent emporte et que bat la pluie , et qui se heurtent avec des paroles si âpres ,

Pourquoi dans la cité du feu ne sont- ils pas punis, si Dieu les en a ire? Et si en ire il ne les a pas, pourquoi sont-ils en telle angoisse?

Et lui à moi : — Doù vient, dit- il , que ton esprit s'égare ainsi contre sa coutume, ou qu'ailleurs regarde ta mémoire?

Ne te souviens -tu point de ce que dit ton éthique 8, traitant des trois dispositions que le ciel réprouve :

L'incontinence, la malice, l'aveugle bestialité? Et comment l'incontinence offense moins Dieu, et s'attire moins de blâme?

Si tu considères bien cette sentence , et te rappelles quels sont ceux qui , hors d'ici , plus haut , subissent leur peine9,

136 CANTO DECIMOPRIMO.

30 Tu vedrai ben perché da questi felli Sien dipartiti , e perché men crucciata La divina giustizia gli martelli.

31 0 Sol che sani ogni vista turbata , Tu mi contenti si quando tu solvi ,

Che , non men che saver, dubbiar m' aggrata.

32 Ancora un poco indietro ti rivolvi, Diss'io, là dove di, che usura offende La divina boutade, e il groppo svolvi.

33 Filosofia, mi disse, a chi la intende, Nota non pure in una sola parte, Corne natura lo suo corso prende

34 Dal divino intelletto e da su' arte : E se tu ben la tua Fisica note,

Tu troverai, non dopo moite carte,

35 Che F arte vostra quella , quanto puote , Segue, corne il maestro fa '1 discente, Si che vostr'arte a Dio quasi è nipote.

36 Da queste due , se tu ti rechi a mente Lo Genesi dal principio, conviene Prender sua vita, ed avanzar la gente.

37 E perché l' usurière altra via tiene , Per se natura, e per la sua seguace Dispregia , poichè in altro pon la spene,

Tu verras aisément pourquoi ils sont séparés de ces félons, et pourquoi avec moins de courroux la divine justice les martelle?

— 0 soleil , qui guéris toute vue troublée , tu me satisfais tellement, lui dis -je, quand tu dénoues les difficultés, que non moins que savoir, douter m'est agréable.

Retourne encore un peu en arrière, à ce que tu as dit de l'usure, qu'elle blesse la divine bonté , et délie ce nœud.

— La philosophie, à qui l'écoute, enseigne, me dit-il , en plus d'un endroit, comment la Nature, dans son cours , procède

De la divine intelligence et de son art propre 10 ; et si tu lis bien la physique11, tu trouveras, dès les premières pages,

Que votre art suit, autant qu'il peut, celui-là, comme le disciple suit le maître, de sorte que votre art est, pour ainsi parler, petit -fils de Dieu.

De ces deux 12, si tu te rappelles le commencement de la Genèse , il convient que l'homme tire sa vie et son progrès.

Et parce que l'usurier tient une autre voie, il méprise la Nature, et en soi, et dans l'art qui la suit, puisqu'en autre chose il met son espérance13.

138 CANTO DECIMOPRIMO.

38 Ma seguimi oramai , chè il gir mi piace; Chè i Pesci guizzan su per Y orizzonta , E il Garro tutto sovra '1 Goro giace ;

E il balzo via là oltre si dismonta.

Mais suis -moi : l'aller m'agrée, maintenant que les Poissons glissent à l'horizon, que le Chariot se montre au-dessus du Coro u.

Et que là, plus loin, le rocher devient moins abrupt.

CANTO DECIMOSECONDO

1 Era lo loco, ove a scender la riva Venimmo, alpestro, e, per quel ch'ivi er' anco, Tal , ch'ogni vista ne sarebbe schiva.

2 Quai è quella ruina, che nel fianco Di qua da Trente Y Adice percosse

O per tremoto o per sostegno manco ;

3 Che da cima del monte, onde si mosse, Al piano, è si la roccia discoscesa,

Gh' alcuna via darebbe a chi su fosse ;

4 Cotai di quel burrato era la scesa : E in su la punta délia rotta lacca L'infamia di Creti era distesa,

5 Che fu concetta nella falsa vacca :

E quando vide noi, se stesso morse Si corne quei, cui Tira dentro fiacca.

Si âpre était le lieu où nous vînmes pour descendre la rive1, qu'à cause de celui que nous y trouvâmes, il n'est point de vue qu'il ne rebutât.

Telle qu'au-dessous de Trente, cette ruine qui frappa de flanc l'Adige lorsque , par un tremblement de terre ou le manque d'appui, elle s'écroula,

Forme, du sommet de la montagne jusque dans la plaine où elle roula , un talus de roches , lesquelles ouvrent un chemin à qui serait en haut :

Telle était la descente de ce précipice ; et , sur la pointe abrupte du gouffre , gisait l'infamie des Cretois,

Qui fut conçue dans la fausse vache2. Lorsqu'il nous vit, il se mordit lui-même comme dévoré de colère au dedans.

142 CAXTO DECIMOSECONDO.

6 Lo Savio mio in ver lui grido : Forse Tu credi che qui sia '1 duca d'Atene.

Che su nel mondo 1a morte ti porse?

7 Partit! . bestia, che questi non viene Ammaestrato dalla tua sorella,

Ma vassi per veder le vostre pêne.

s Quai è quel toro che si slaccia in quella G'ha ricevuto già '1 eolpo mortale.

Che gir non sa. ma qua e là saltella:

9 Tid'io lo Minotauro far cotale.

E quegli accorto grido : Corri al varco; Mentre ch'è in fur-ia, è buon che tu ti cale.

10 Cosï prendemmo via giù per lo scarco Di quelle piètre, che spesso moviensi Sotto i miei piedi per lo nuovo carco.

11 lo gïa pensando ; e quei disse : Tu pensi Forse a questa rovina, ch'è guardata

Da quell'ira bestial ch'io ora spensi.

12 Or vo' che sappi . che l' altra fiata

Clv i'discesi quaggiù nel basso inferno.

Questa roccia non era ancor cascata.

13 Ma certo. poco pria, se ben discerne. Che venisse Celui . che la gran preda Le vu a Dite del cerchio superno.

Mon sage Guide lui cria : — Crois- tu peut-être qu'ici soit le roi d'Athènes 3, qui là-haut dans le monde te mit à mort?

Va- t'en, bête brute ! celui-ci ne vient pas instruit par ta sœur ; il vient pour voir vos peines.

Comme le taureau qui rompt ses liens au moment où il vient de recevoir le coup mortel , aller ne sait , mais çà et là sautille ,

Ainsi faire vis -je le Minotaure. Et le Maître prudent cria : — Cours au passage ; il est bon que tu descendes pendant sa furie.

Et descendant, nous prîmes notre route par cet éboulement de pierres, qui souvent roulaient sous nos pieds , à cause du poids nouveau u.

Je m'en allais pensif, et lui me dit : — Tu penses peut-être à ces ruines que garde la colère bestiale que je viens de réprimer.

Or, je veux que tu saches que, lorsque, l'autre fois, je descendis dans le bas enfer, cette roche n'était pas encore écroulée.

Mais, si je juge bien, peu avant la venue de celui qui enleva à Dite la grande proie du cercle supérieur 5,

144 CANTO DECIMOSECONDO.

u Da tutte parti l'alta valle feda

Tremô si, ch'io pensai che l'Universo Sentisse amor, per lo quale è chi creda

15 Più volte il mondo in caos con verso : E in quel punto questa vecchia roccia Qui ed altrove tal fece riverso.

16 Ma ficca gli occbi a valle; chè s'approecia La riviera del sangue, il la quai bolle Quai che per violenza in altrui noccia.

17 0 cieca cupidigia, o ira folle, Che si ci sproni nella vita corta ,

E nell' eterna poi si mal c' immolle !

18 F vidi un' ampia fossa in arco torta, Corne quella che tutto il piano abbraccia, Secondo ch'avea detto la mia scorta :

19 E tra'l piè délia ripa ed essa, in traecia Correan Centauri armati di saette, Corne solean nel mondo andare a caccia.

20 Vedendoci calar, ciascun ristette, E délia schiera tre si clispartiro

Con archi ed asticciuole prima elette :

21 E l'un gridô da lungi : A quai martiro Venite voi , che scendete la costa ?

Ditel costinci; se non, l'arco tiro.

De toutes parts la profonde et sale vallée trembla tellement, que je pensai que l'univers sentait l'Amour par lequel il en est qui croient

Que plusieurs fois le monde fut ramené dans le chaos6; et, à ce moment, cette vieille roche, ici, et ailleurs encore plus, s'écroula.

Mais lixe tes regards sur la vallée; nous approchons du lac de sang7 où bouillent ceux qui , par violence , ont nui à autrui.

0 aveugle cupidité , ô folle colère , qui tant nous incite pendant la courte vie, et ensuite, durant l'éternelle , nous plonge en un si affreux bain !

Je vis une large fosse qui, comprenant toute la partie plane, se contournait en arc, comme l'avait dit mon Guide.

Entre elle et le pied de la ravine couraient à la file des Centaures armés de flèches, comme ils avaient coutume d'aller à la chasse dans le monde.

Nous voyant descendre, chacun d'eux s'arrêta, et de la bande trois se détachèrent, avec des arcs et de petits dards premièrement éprouvés.

Et l'un d'eux cria de loin : « À quel supplice venezvous, vous qui descendez la côte? Parlez d'où vous êtes, sinon je tire l'arc. »

146 CANTO DECIMOSECONDO.

22 Lo mio Maestro disse : La riposta Farem noi a Chiron costà di presso :

Ma fu la voglia tua sempre si tosta.

23 Poi mi tentô, e disse : Quegli è Nesso, Che mori per la bella Deianira,

E fe di se la vendetta egii stesso.

24 E quel di mezzo, che al petto si mira,

È il gran Chirone, il quai nudri Achille : Quell'altro è Folo, che fu si pien d' ira.

25 Dintorno al fosso vanno a mille a mille. Saettando quai' anima si svelle

Del sangue più, che sua colpa sortille.

26 Noi ci appressammo a quelle fiere snelle : Chiron prese uno strale, e con la cocca Fece la barba indietro aile mascelle.

27 Quanclo s'ebbe scoperta la gran bocca, Disse ai compagni : Siete voi accorti , Che quel di rétro move ciô che'e' tocca?

28 Cosi non soglion fare i piè de' morti.

E '1 mio buon Duca, che già gli era al petto, Ove le duo nature son consorti ,

29 Rispose : Ben : è vivo, e si soletto Mostrargli mi convien la valle buia :

Nécessita 'l c' induce, e non diletto.

Mon Maître dit : — Nous répondrons là de près à Chiron ; à ton dam ton vouloir fut toujours trop prompt.

Puis, me touchant, il dit : —Celui-ci estNessus, qui mourut pour la belle Déjanire , et se vengea luimême 8.

Et celui du milieu , qui regarde sa poitrine ? est le grand Chiron , le nourricier d'Achille ; cet autre est Pholas , qui fut si plein de colère.

Autour de l'étang par milliers ils vont, lançant des flèches contre toute ombre qui se soulève , au-dessus du sang, plus que ne le permet sa coulpe.

Nous nous approchâmes de ces animaux agiles; Chiron prit un trait, et avec la coche il repoussa sa barbe des mâchoires.

Lorsqu'il eut découvert sa large bouche, il dit à ses compagnons : « Remarquez -vous que celui d'arrière meut ce qu'il touche?

« Ainsi n'ont pas coutume de faire les pieds des morts. » Et le bon Maître, qui déjà était près de sa poitrine , où se joignent les deux formes9,

Répondit : — Bien est-il vivant, et ainsi seul je dois lui montrer la sombre vallée : la nécessité l'y conduit , non le plaisir.

148 CANTO DECIMOSECONDO.

30 Tal si parti cla cantare alléluia, Che mi commise quest' ufficio nuovo ; Non è ladron, ne io anima fuia.

31 Ma per quella virtù, per cui io muovo Li passi miei per si selvaggia strada, Danneun de' tuoi , a cui noi siamo a pruovo,

32 Che ne dimostri là ove si guada, E che porti costui in su la groppa, Che non è spirto che per l'aer vada.

33 Chiron si volse in sulla destra poppa, E disse a Nesso : Torna, e si li guida, E fa cansar, s'altra schiera v'intoppa.

34 Noi ci movemmo colla scorta fida Lungo la proda del bollor vermiglio, Ove i bolliti facean alte strida.

35 F vidi gente sotto infino al cigiio :

E '1 gran Centaure disse : E' son tiranni , Che clier nel sangue e nell' aver di piglio.

36 Quivi si piangon li spietati danni : Quivi è Alessandro, e Dionisio fero, Che fe Gicilia aver dolorosi anni :

37 E quella fronte c'ha'l pel cosi riero, È Azzolino; e queU'altro, cb'è biondo, È Obizzo da Esti , il quai per vero

Telle10 suspendit ses chants d' alléluia, pour venir me commettre cet office nouveau; il n'est point un larron , ni moi une âme noire.

Mais , par cette vertu par qui mes pieds se meuvent sur une route si âpre , donne -nous un des tiens, qui, nous accompagnant ,

Nous montre le gué, et porte en croupe celui-ci, qui n'est pas un esprit qui aille par les airs.

Ghiron , se tournant à droite, dit à Nessus : « Retourne, et guide -les, et si une autre bande vous arrête, écarte -la ! »

Lors, avec l'escorte fidèle, nous suivîmes les bords de la rouge fosse bouillante , où les brûlés, poussaient de grands cris.

J'en vis d'enfoncés jusqu'aux sourcils, et le grand Centaure dit : « Ce sont les tyrans qui s'assouvirent de pillage et de sang.

« Ici se pleurent les ravages accomplis sans "pitié ; ici sont Alexandre et le cruel Denys, à qui dut la Sicile des années douloureuses.

« Et ce front au poil si noir est Azzolino 41, et cet autre blond est Obizzo d'Esti12, qui vraiment13 fut

■130 CANTO DECIMOSECONDO.

38 Fu spento dal figliastro su nel mondo. Àllor mi volsi al Poeta ; e quei disse : Questi ti sia or primo, ed io secondo.

39 Poco più oltre il Centauro s' affisse Sovra una gente che 'nfino alla gol Parea che di quel bulicame uscisse

40 Mostrocci un' ombra dall' un canto sola, Dicendo : Golui fesse in grembo a Dio Lo cor che 'n sul Tamigi ancor si cola.

LoJ

41 Poi vidi gente che di fuor del rio Tenean la testa ed ancor tutto '1 casso : E di costoro assai riconobb'io.

42 Cosi a più a più si facea basso

Quel sangue si, che copria pur li piedi : E quivi fu del fosso il nostro passo.

43 Siccome tu da questa parte vedi Lo bulicame che sempre si scema, Disse il Centauro, voglio che tu credi ,

44 Che da quest' altra a più a più giù prema Lo fondo suo, infm ch' ei si raggiunge Ove la tirannia convien che gema.

45 La divina giustizia di qua punge Quell' Attila che fu flagello in terra, E Pirro, e Sesto ; ed in eterno munge

« Là-haut, dans le monde, tué par son fils. » Alors je me tournai vers le Poëte, qui dit : — Que celui-ci maintenant te soit le premier, et moi le second14.

Un peu plus loin le Centaure fixa ses regards sur quelques-uns qui, jusqu'à la gorge, paraissaient sortir de ce sang bouillant.

Il nous montra une ombre, seule à l'écart, disant : u Celui-ci15, dans le sein même de Dieu, perça le cœur que sur la Tamise on honore encore. »

Puis j'en vis qui, au -dessus de l'étang , levaient la tète, et d'autres tout le buste : et de ceux-ci j'en reconnus beaucoup.

Ainsi de plus en plus baissait ce sang, jusqu'à ne couvrir que les pieds ; et ce fut là que nous passâmes le lac.

« Comme de ce côté tu as vu le sang diminuer toujours , dit le Centaure , je veux que tu croies

« Que de cet autre côté le fond se creuse de plus en plus, pour rejoindre l'endroit où il convient que la tyrannie gémisse.

«De ce côté16, la divine justice point cet Attila qui fut le fléau de la terre, et Pyrrhus, et Sextus17, et trait éternellement

152 CANTO DECIMOSECONDO.

46 Le lacrime, che col bollor disserra A Rimer cla Corneto, a Rinier Pazzo-, Che fecero aile stracle tanta guerra.

Poi si rivolse, e ripassossi il guazzo.

« Les larmes , qu'éternellement renouvelle la brûlante douleur en Régnier de Corneto et Régnier Pazzo ls, qui tant infestèrent les chemins. »

Puis, se retournant, il repassa le gué.

CANTO DECIMOTERZO

1 Non era ancor di là Nesso arrivato, Quando noi ci mettemmo per un bosco , Ghe da nessun sentiero era segnato.

Non frondi verdi, ma di color fosco, Non rami schietti, ma nodosi e involti, Non pomi v'eran, ma stecchi con tosco.

Non han si aspri sterpi ne si folti Quelle fiere selvagge, che in odio hanno Tra Cecina e Gorneto i luoghi colti.

Quivi le brutte Arpie lor nido fanno ,

Ghe cacciar délie Strofade i Troiani

Gon tristo annunzio di futuro danno.

5 Aie hanno late, e colli e visi umani, Piè con artigli , e pennuto il gran ventre Fanno lamenti in su gli alberi strani.

Nessus n'avait pas encore regagné l'autre bord, lorsque nous entrâmes dans un bois où nul sentier n'était tracé.

Point de feuillage vert, mais de couleur sombre; point de rameaux unis, mais noueux et tortus; point de fruits, mais sur des épines des poisons.

N'ont point de halliers si âpres et si épais ces bêtes sauvages qui entre Gecina et Corneto 1 haïssent les lieux cultivés.

Là font leurs nids les hideuses Harpies , qui chassèrent des Strophades2 les Troyens, avec la triste annonce du futur désastre.

Elles ont de vastes ailes , et des cols et des visages humains , et des pieds armés de griffes , et des plumes à leur large ventre ; elles se lamentent sur les arbres étranges.

156 CANTO DECIMOTERZO.

6 E'ibuon Maestro : Prima che più entre Sappi che se' nel secondo giron e , Mi cominciô a dire, e sarai, mentre

Che tu verrai nell'orribil sabbione.

Perô riguarda bene, e si vedrai Cose che davan fede al mio sermone,

lo sentia d'ogni parte tragger guai, E non vedea persona che '1 facesse ; Perch' io tutto smarrito m' arrestai.

9 F credo ch' ei credette ch' io credesse , Che tante voci uscisser tra que' bronchi Da gente che per noi si nascondesse.

10 Perô, disse il Maestro, se tu tronchi Qualche fraschetta d'una d'esté pian te, Li pensier c' liai si faran tutti monchi

11 Allor porsi la mano un poco avante,

E colsi un ramoscel da un gran pruno : E '1 tronco suo grido : Perché mi schiante?

12 Da che fatto fu poi di sangue bruno, Ricominciô a. gridar : Perché mi scerpi? Non liai tu spirto di pietate alcuno?

13 Uomini fummo ; ed or sem fatti sterpi ; Ben dovrebb' esser la tua man più pia, Se state fossim' anime di serpi.

Et le bon Maître : — Avant de pénétrer plus loin, sache , me dit-il, que tu es dans la seconde enceinte 3, et y seras

Tant que tu chemineras dans l'horrible sablon. Regarde bien , et tu verras des choses qui rendront mes paroles croyables 4.

Déjà, de toutes parts, j'entendais pousser des gémissements, et ne voyais personne; de sorte que, troublé, je m'arrêtai.

Je crois qu'il crut que je croyais 5 que cette foule de voix , sortant d'entre les troncs, venait de gens qui se cachaient de nous.

Ce pourquoi le Maître dit : — Si tu romps quelque branche d'un de ces arbres, rompues aussi seront les pensées que tu as6.

Lors, avançant un peu la main , je cueillis un petit rameau d'un épais buisson , et le tronc cria : « Pourquoi me mutiles-tu? »

Puis, devenu tout noir de sang, il cria de nouveau : « Pourquoi me brises -tu? N'as- tu aucun sentiment de pitié ?

« Hommes nous fûmes, et maintenant sommes buissons. Ta main devrait être plus pieuse, eussions-nous eu des âmes de serpents. »

158 CÀNTO DECIMOTERZO.

14 Gome d'un stizzo vèrde, ch'arso sia- Dall'un de'capi, che dall'altro geme, E cigola per vento che va via ;

15 Gosi di que! la scheggia usciva insieme Parole e sangue : ond'io lasciai la rima Cadere. e stetti corne F nom che terne.

10 S' egli avesse potuto creder prima.

Rispose il Savio mio . anima lésa , Cio c'ha veduto, pur colla mia rima.

17 Non averebbe in te la man clistesa ; Ma la cosa incredibile mi fece Indurlo ad ovra, cira me stesso pesa.

iv Ma dilii chi tu fosti. si che. in veee D'alcuna ammenda. tua fama rinfreschi Nel monde su . dove tornar gii lece.

19 E "1 tronco : Si col dolce dir m'adeschi, Ch' io non posso tacere ; e voi non gravi Perch'io un poco a ragionar m'inveschi.

20 I'sod colui, che tenni ambo le chiavi Del cor di Federico . e che le volsi Serrando e disserrando si soavi .

21 Che dal segreto suo quasi ogni nom tolsi Fede portai al glorioso ufizio ,

Tanto ch'io ne perdei le vene e i polsi.

Comme le bois vert allumé par un bout, gémit de l'autre, l'air sortant en sifflant;

Ainsi, de ce tronc, sortaient ensemble des paroles et du sang; sur quoi je laissai tomber le rameau, et demeurai comme un homme qui craint.

— Ame blessée, répondit mon sage Guide, si auparavant il avait pu croire ce qu'il a vu seulement dans mes vers ,

11 n'aurait pas sur toi porté la main. Mais ce que la chose a d'incroyable m'a fait le pousser à un acte dont je m'afflige moi-même.

Mais dis-lui qui tu fus, afin qu'en guise d'amende, il rafraîchisse ta mémoire dans le monde où il lui est permis de retourner.

Et le tronc : « Tant me séduit ton doux parler que je ne puis me taire, et souffrez qu'un peu m'alentisse le charme de discourir.

« Je suis celui qui tint les deux clefs du cœur de Frédéric7, et ouvrant et fermant, si souèvement je les tournais,

« Que de son secret j'éloignai tout autre. Tant fus-je fidèle au glorieux office, que j'en perdis le pouls et le sommeil.

160 CANTO DECDIOTERZO.

22 La meretrice, che mai dall'ospizio Di Gesare non torse gli occhi putti , Morte comune , e délie corti vizio ,

23 Infiammo contra me gli animi tutti ,

E gl' infiammati infiammar si Augusto , Che i lieti onor tornaro in tristi lutti.

24 V animo mio , per disdegnoso gusto , Gredenclo col morir fuggir disdegno , Ingiusto fece me contra me giusto.

25 Per le nuove radici d'esto legno

Yi giuro che giammai non ruppi fede Al mio signor, che fu d'onor si degno.

26 E se di voi alcun nel mondo riede, Gonforti la memoria mia, che giace Ancor del colpo che invidia le diede.

27 Un poco attese , e poi : Da ch' ei si tace , Disse il Poeta a me , non perder Y ora ; Ma parla e chiedi a lui se più ti piace.

28 Ond'io a lui : Dimanclal tu ancora

Di quel che credi che a me soddisfaccia ; Gh'io non potrei : tanta pietà m'accora.

29 Pero ricomincio : Se l'uom ti faccia Liberamente ciô che'ltuo clir prega , Spirito incarcerato , ancor ti piaccia

« La courtisane8 qui du palais de César jamais ne détourna ses yeux effrontés, perte de tous, et des cours le vice ,

« Enflamma contre moi toutes les âmes , et ceux qu'elle enflammait enflammèrent tellement Auguste, que les joyeux honneurs se changèrent en un triste deuil.

« Mon âme indignée , croyant en mourant fuir le mépris, me rendit injuste contre moi juste.

« Par les nouvelles racines de ce bois, je vous jure que jamais je ne violai la foi à mon seigneur, qui d'honneur fut si digne.

« Et si l'un de vous retourne clans le monde, qu'il relève ma mémoire, encore abattue du coup que lui porta l'envie. »

Il se tut, et le Poëte attendit un peu, puis il me dit : — Ne perds pas le temps, mais parle et interroge-le, si plus tu désires savoir.

Et moi à lui : — Demande -lui encore ce que tu croiras devoir m' agréer; je ne le pourrais moi-même, tant mon cœur est ému de pitié.

Il recommença donc : — Si celui-ci libéralement t'accorde ta prière, esprit emprisonné, qu'il te plaise aussi

162 CANTO DECIMOTERZO.

30 Di dirne corne Y anima si lega

In questi nocchi ; e dinne , se tu puoi , S'alcuna mai da tai membra si spiega.

31 Allor soffio lo tronco forte , e poi

Si converti quel vento in cotai voce : Brevemente sarà risposto a voi.

32 Quanclo si parte l'anima féroce

Dal corpo ond' ella stessa s' è disvelta , Minos la manda alla settima foce.

33 Cade in la selva, e non le è parte scelta; Ma là dove fortuna la balestra ,

Quivi germoglia corne gran di spelta ;

34 Surge in vermena ed in pianta silvestra : Le Arpie, pascendo poi délie sue foglie, Fanno dolore, ed al dolor finestra.

35 Corne Paître, verrem per nostre spoglie, Ma non perô ch' alcuna sen rivesta :

Chè non è giusto aver cio ch' uom si togiie.

36 Qui le strascineremo , e per la mesta Selva saranno i nostri corpi appesi.

Ciascuno al prun dell' ombra sua molesta.

37 Noi eravamo ancora al tronco attesi , Credendo ch' altro ne volesse dire ; Quando noi fummo d'un rumor sorpresi,

De nous dire comment l'âme est. liée à ces arbres

noueux; et, si tu le peux, dis- nous si quelqu'un jamais se dégage de tels membres.

Alors fortement souffla le tronc, puis le souffle se

changea en cette voix : « Brièvement il vous sera répondu.

« Lorsque l'âme féroce quitte le corps dont elle s'est elle-même arrachée, Minos l'envoie à la septième bouche ;

« Elle tombe dans la forêt, non en un lieu choisi , mais où le hasard la jette : là elle germe comme un grain d'épeautre;

«S'élevant, elle devient une tige et un arbre silvestre. Les Harpies, se repaissant de ses feuilles, ouvrent un passage à la douleur qu'elles lui font ressentir 9.

« Comme les autres nous viendrons rechercher nos dépouilles, mais cependant aucun ne les revêtira; car il n'est pas juste que l'homme recouvre ce que luimême il s'est ravi.

«Ici nous les traînerons, et dans la lugubre forêt nos corps seront suspendus, chacun au tronc de sa triste ombre. »

Nous demeurions attentifs, croyant qu'il voulait dire encore autre chose, quand nous surprit un bruit

164 CANTO DECIMOTERZO.

38 Similemente a col ai, che venire

Sente il porco e la caccia alla sua posta , Gh' ode le bestie e le frasche stormire.

39 Ed ecco duo dalla sinistra costa , Nudi e graffiati fuggendo si forte, Che délia sel va rompiéno ogni rosta.

à0 Quel dinanzi : Ora accorri, accorri , morte. E l'altro a cui pareva tardar troppo, Gridava : Lano, si non furo accorte

41 Le gambe tue aile giostre del Toppo. E poichè forse gli fallia la lena,

Di se e d'un cespuglio fece un groppo.

42 Diretro a loro era la selva piena Di nere cagne bramose e correnti, Gome veltri ch'uscisser di catena.

43 In quel che s' appiatto miser li denti , E quel dilaceraro a brano a brano , Poi sen portar quelle membra dolenti.

kU Presemi allor la mia Scorta per mano , E menommi al cespuglio che piangea Per le rotture sanguinenti , invano.

45 0 Jacopo, dicea, da Sant' Andréa, Che t'è giovato di me fare schermo?

Che colpa ho io délia tua vita rea?

Semblable au fracas des bêtes et des branches, qu'entend celui qui voit venir le sanglier et la meute qui le suit.

Et voilà , vers la gauche , deux damnés nus et déchirés, fuyant de telle vitesse, qu'à travers la forêt ils brisaient tout obstacle.

Celui de devant : «Accours, accours, ô Mort! » Et l'autre, à qui trop il paraissait tarder, criait : « Lappo, si prudentes ne furent pas

« Tes jambes aux joutes cle Toppo10. » Et puis, l'haleine lui manquant peut-être, de soi et d'un buisson il fit un seul groupe.

Derrière eux la forêt était pleine de chiennes noires, affamées et courant comme des lévriers qu'on vient de détacher.

Dans celui qui s'était tapi elles enfoncèrent les dents, et le déchirèrent pièce à pièce, puis emportèrent ces lambeaux palpitants.

Alors mon guide me prit par la main et me conduisit au buisson , qui , à cause des blessures sanglantes, en vain pleurait :

a 0 Jacopo de Sant' Andréa11, disait-il, que t'a servi cle te faire de moi une défense? En quoi suis-je coupable de ta méchante vie ? »

166 CANTO DECIMOTERZO.

â6 Quando '1 Maestro fu sovr' esso fermo , Disse : Chi fusti , che per tante punte Soffi col sangue doloroso sermo ?

kl E quegli a noi : 0 anime , che giunte Siete a veder lo strazio disonesto, G' ha le mie froncli si da me disgiunte,

48 Raccoglietele al piè del tristo cesto : F fui délia città che nel Batista

Cangiô '1 primo padrone : ond' ei per questo

49 Sempre con l! arte sua la farà trista.

E se non fosse che in sul passo d'Arno Rimane ancor di lui alcuna vista;

50 Quei cittadiiï, che poi la rifondarno Sovra '1 cener che d'Attila rimase, Avrebber fatto lavorare indarno.

Io fei gibetto a me délie mie case.

Quand le Maître près de lui se fut arrêté : — Qui fus-tu, dit-il, toi qui, par tant de plaies, souffles avec le sang des paroles douloureuses?

Et lui à nous : « 0 âmes qui êtes venues pour voir l'indigne saccage qui m'a ainsi dépouillé de mes feuilles,

« Recueillez-les au pied de la tige. Je fus de la cité qui substitua Baptiste à son premier patron 12 ; ce pourquoi celui-ci

«Avec son art l'affligera toujours13 : et n'était qu'au passage de PÀrno; de lui se voient encore quelques restes u,

« Ces citoyens, qui de nouveau la fondèrent sur les cendres laissées par Attila, auraient vainement fait travailler.

« De ma maison je me fis un gibet 15. »

CANTO DECIMOOUARTO

1 Poichè la carità ciel natio loco

Mi strinse, raunai le fronde sparte, E rende' le a colui ch' era già fioco.

2 Ihdi venimmo al fine, ove si parte Lo seconde- giron dal terzo, e dove Si vede di giustizia orribil'arte.

3 A ben raanifestar le cose nuove, Dico che arrivammo ad una landa, Che clal suo letto ogni pianta rimuove.

4 La dolorosa selva le è ghirlancla ïntorno, come il fosso tristo ad essa : Quivi fermammo i piecli a randa a randa,

5 Lo spazzo era un'arena arida e spessa. Non d' altra foggia fatta che colei , Che fu da'piedi di Caton soppressa.

Ému de l'amour du lieu natal, je recueillis les feuilles éparses, et les rendis à celui dont la voix déjà

s éteignait.

De là nous vînmes là où se sépare la seconde enceinte de la troisième , et où de la justice se voit un horrible art.

Pour bien représenter ces choses nouvelles , je dis que nous arrivâmes dans une plaine qui de soi rejette toute plante.

La forêt douloureuse forme autour une guirlande, comme autour de celle-là le triste fossé! Sur la lisière nous affermîmes nos pieds.

Le sol était un sable aride et pressé, pareil à celui que foulèrent les pieds de Caton.

170 CANTO DECIMOQUÂRTO.

6 0 vendetta di Dio, quanto tu dei Esser temuta da ciascun che legge Ciô che fu manifesto agli occhi miei!

7 D' anime nude vidi moite gregge, Che piangean tutte assai miseramente; E parea posta lor diversa legge.

8 Supin giaceva in terra alcuna gente; Alcuna si sedea tutta raccolta,

Ed altra andava continuamente.

9 Quella che giva intorno era più molta, E quella men, che giaceva al tormento, Ma più al duolo avea la lingua sciolta.

10 Sovra tutto '1 sabbion d'un cader lento Piovean di fuoco dilatate falde* Corne di neve in alpe senza vento.

11 Quali Alessandro in quelle parti calde D'India vide sovra lo suo stuolo Fiamme cadere infmo a terra salcle ;

12 Perch' ei provvide a scalpitar lo suolo Con le sue schiere, perciocchè '1 vapore Me' si stingueva mentre ch' era solo :

13 Taie scendeva Y eternale ardore, Onde l'arena s'accendea, com'esca Sotto il focile, a doppiar lo dolore.

0 vengeance de Dieu, combien doit te craindre quiconque lit ce que virent mes yeux !

Je vis de grands troupeaux d'ombres nues, qui toutes gémissaient misérablement, et une loi diverse paraissait leur être imposée.

Quelques-unes sur le dos gisaient à terre ; d'autres, ramassées en soi, étaient assises, et d'autres marchaient continuellement.

Plus nombreuses étaient celles qui marchaient, et moins, celles qui gisaient sous le tourment ; mais leur langue à la plainte était plus déliée.

Partout, sur le sable, lentement pleuvaient de larges flocons de feu , comme d'un temps calme , la neige sur les Alpes.

Telles que les mèches de flamme que , dans les chaudes contrées de l'Inde, Alexandre vit tomber sur son armée ,

Ce pourquoi par ses troupes il fit fouler le sol, parce que mieux s'éteignait la vapeur lorsqu'elle était seule 2 ;

Telle descendait l'éternelle ardeur; et, comme l'amadou sous le briquet, le sable s'embrasait pour doubler la douleur.

472 CANTO DECIMOQUARTO.

14 Senza riposo mai era la tresca

Délie misère mani, or quindi or quinci Iscotendo cla se 1- arsura fresca.

15 Io cominciai : Maestro, tu che vinci Tutte le cose, fuor che i Dimon duri, Che all'entrar délia porta incontro uscinci,

16 Chi è quel grande che non par che cuiï L'incendio, et giace dispettoso e torto

Si che la pioggia non par che '1 marturi ?

17 E quel medesmo, che si fue accorto Ch'io dimandava il mio Duca di lui, Gridô : Quai i' fui vivo, ta! son morto.

18 Se Giove stanchi il suo fabbro, da cui Crucciato prese la folgore acuta, Onde F ultimo di percosso fui ;

19 0 s'egli stanchi gli altri a muta a muta In Mongibello alla fucina negra, Gridando : Buon Yulcano, aiuta aiuta :

20 Si corn' ei fece pugna di Flegra, E me saetti cli tutta sua forza,

Non ne potrebbe aver vendetta allegra.

21 Allora il Duca mio parlé di forza Tanto, ch'io non l'avea si forte udito : 0 Gapaneo, in ciô che non s' ammorza

Sans repos était le mouvement des misérables mains, d'ici, delà, secouant la flamme nouvelle.

Je commençai : — Maître , toi qui vaincs toutes choses, hors les farouches démons qui sortirent contre nous à l'entrée de la porte,

Quel est ce grand, qui semble n'avoir souci du brasier, et gît si fier et si dédaigneux, que la pluie ne paraît pas l'amollir?

Celui-là même, s'étant aperçu que de lui j'interrogeais mon guide, cria : « Quel je fus vivant, tel je suis mort,

« Quand Jupiter fatiguerait encore son forgeron3, de qui , dans son courroux , il prit le foudre aigu dont il me frappa le dernier jour;

« Et quand tour à tour il fatiguerait les autres4 dans la noire forge du mont Gibel 5, criant : Vulcain, à l'aide, à l'aide!

« Gomme il fit au combat de Phlégra6, et que contre moi il rassemblerait et tous ses traits et toute sa force, il n'aurait pas la joie de la vengeance. »

Alors mon Guide, avec plus de force que je ne l'avais encore entendu s'écrier : — 0 Gapanée7, ta superbe qui ne fléchit point,

174 CANTO DECIMOQUARTO.

22 La tua superbia, se' tu più punito : Nullo martirio, fuer cbe la tua rabbia, Sarebbe al tuo furor clolor compito.

23 Poi si rivolse a me con miglior labbia. Dicenclo : Quel fu l'un de' sette régi

Gh' assiser Tebe; ecl ebbe, e par eh' egli abbia

24 Dio in disdegno, e poco par che '1 pregi : Ma, com'io dissi lui. li suoi dispetti Sono al suo petto assai debiti fregi.

25 Or mi vien dietro, e guarda che non metti Àncor li piedi nell'arena arsiccia;

Ma sempre al bosco li ritieni stretti.

26 Tacendo divenimmo là 'ye spiccia Fuor délia selva un picciol fiumicello.

Lo cui rossore ancor mi raceaprieeia.

27 Quale del Bulicame esce il ruseello. Che parton poi ira lor le peccatrici, Ta! per l'arena giù sen giva quello.

28 Lo fondo suo ed ambo le pendici Fatt' eran pietra, e i margini da lato ; Perch' io nfaccorsi che'l passo era lici.

29 Tra tutto l'altro Gh'io t" ho dimostrato. Posciachè noi entrammo per la porta.

Lo cui sogliare a nessuno è negato,

Accroît ton supplice ; aucun tourment ne serait , sans ta rage , un complet châtiment de ta fureur.

Puis se tournant vers moi, d'une lèvre moins irritée il dit : — Celui-ci fut un des sept rois qui assiégèrent Thèbes ; il eut et paraît encore avoir

Dieu à dédain , et semble le priser peu ; mais , comme à lui je l'ai dit, ses outrages ont dans son sein même leur digne prix.

Maintenant suis-moi, et garde-toi de poser les pieds sur l'arène brûlante; mais tiens-les toujours près du bois.

Silencieux nous vînmes là où, de la forêt, sourd un petit fleuve , dont la rougeur me fait encore frissonner.

Comme du Bulicame sort le ruisseau, qu'entre elles ensuite partagent les pécheresses 8, ainsi à travers le sable coulait celui-là.

Le fond, les deux pentes, et de chaque côté les bords étaient de pierre, d'où j'avisai que là était le passage.

De tout ce que je t'ai montré, depuis que nous entrâmes par la porte dont le seuil à nul n'est dénié 9,

176 CANTO DECIMOQUARTO.

30 Gosa non fu dagli tuoi occhi scorta Notabile, corn' è '1 présente rio,

Che sopra se tutte fiammelle amraorta.

31 Queste parole fur del Duca mio :

Perché '1 pregai , che mi largisse il pasto, Di cui largito m'aveva il disio.

33 In raezzo '1 mar siede un paese guasto, Diss' egïi allora, che s'appella Creta, Sotto '1 cui rege fu già '1 mondo casto.

33 Un a mont'agna v' è, che già fu lieta D'acque e di fronde, che si chiama Ida ; Ora è diserta corne cosa vieta.

34 *Rea la scelse già per cuna ficla

Del suo figliuolo, e, per celarlo megiio Quando piangea, vi facea far le g rida.

35 Dentro dal monte sta dritto un gran veglio Che tien volte le spalle in ver Damiata,

E Roma guarda si corne suo speglio.

36 La tua testa è cli fin'oro formata,

E puro argento son le braccia e '1 petto, Poi è di rame infino alla forcata :

37 Da indi in giuso è tutto ferro eletto, Salvo che '1 destro piede è terra cotta,

E sta in su quel, più che 'n su l'altro, eretto.

Tes yeux n'ont rien vu de si notable que ce fleuve sur lequel s'éteignent toutes les flammes. .

Ainsi parla mon Guide; sur quoi je le priai de m'accorder la pâture dont il m'avait donné le désir.

— Au milieu de la mer, dit -il alors, est un pays dévasté qu'on appelle la Crète, sous le roi duquel, autrefois, le monde vécut dans l'innocence.

Là s'élève une montagne nommée Ida, jadis riante et d'eaux et de verdure, et maintenant abandonnée comme une chose usée.

Rhéa 10 la choisit, pour être le sûr berceau de son fils ; et afin de le mieux cacher lorsqu'il pleurait, elle y faisait faire des clameurs11.

Au dedans du mont, debout, est un grand vieillard12, qui tourne le dos à Damiette, et regarde Rome comme son miroir13.

Sa tête est d'or fin14, ses bras et sa poitrine d'argent pur, puis, jusqu'à l'enfourchure, son corps est d'airain,

Et de là en bas, de fer choisi, hors le pied droit qui est de terre cuite, et sur ce pied plus que sur l'autre il se tient debout.

178 CANTO DEGIMOQUARTO.

38 Ciascuna parte, fuor che l'oro, è rotta D' una fessura che lagrime goccia,

Le quali accolte foran quella grotta.

39 Lor corso in questa valle si diroccia : Fanno Acheronte, Stige e Flegetonta ; Poi sen van giù per questa stretta doccia

40 Infin là ove più non si dismonta : Fanno Cocito; e quai sia quello stagno, Tu '1 vederai ; perô qui non si conta.

41 Ed io a lui : Se '1 presento rigagno Si dériva cosi dal nostro mondo, Perché ci appar pur a questo vivagno?

42 'Ed egli a me : Tu sai che il luogo è tondo, E tutto che tu sii venuto molto

Pur a sinistra giù calando al fondo,

43 Non se' ancor per tutto il cerchio volto ; Perche, se cosa n' apparisce nuova, Non dee addur maravigiia al tuo volto.

44 Ed io ancor : Maestro, ove si trova Flegetonte e Letè, chè dell' un taci , E l'altro di che si fa d'esta piova?

45 In tutte tue question certo mi piaci, Rispose ; ma il bollor delTacqua rossa Dovea ben solver Puna che tu faci.

Chaque partie, excepté celle d'or, est rompue, et par la fissure découlent des larmes, qui s' unissant ont percé la grotte.

Tombant de roche en roche, elles prennent leur cours dans cette vallée, où elles forment l'Achéron, le Styx et le Phlégéton; puis par cet étroit canal,

Se rendant là où finit la descente, elles engendrent le Cocyte. Quel est ce lac? tu le verras; par quoi n'en parlerons ici.

Et moi à lui : — Si ce ruisseau vient de notre monde, pourquoi nous apparaît-il seulement sur ces bords?

Et lui à moi : — Tu sais que ce lieu est rond15; et bien que déjà tu t'y sois avancé beaucoup, descendant de plus en plus à gauche vers le fond ,

Tu n'as pas encore parcouru tout le cercle. Si donc il t' apparaît quelque chose de nouveau, l'étonnement ne doit pas se montrer sur ton visage.

Et moi encore : — Maître, où se trouvent le Phlégéton et le Léthé? Tu te tais de l'un, et tu dis de l'autre qu'il est formé de cette pluie.

— Tu me plais, certes, en toutes tes questions, répondit-il; mais le bouillonnement de l'eau rouge devait bien résoudre l'une de celles que tu me fais16.

180 CANTO DEGIMOQUARTO.

A6 Letè vedrai, ma fuor di questa fossa. Là ove vanno l'anime a lavarsi, Quando la colpa pentuta è rimossa.

Poi disse : Ornai è tempo da scostarsi Dal bosco : fa che diretro a me vegne Li margini fan via, che non son arsi,

E sopra loro ogni vapor si spegne.

Tu verras, mais hors de ce gouffre, le Léthé, où les âmes vont se laver, lorsque après le repentir la coulpe a été remise.

Puis il dit : — Il est temps de s'éloigner du bois. Aie soin de venir droit après moi : une route offrent les bords, qui ne sont point embrasés,

Et sur lesquels toute vapeur s'éteint.

CANTO DECIMOOUINTO

1 Ora cen porta l' un de' duri margini ,

E il fummo del ruscel di sopra aduggia Si, che dal fuoco salva l'acqua e gli arginL

2 Quale i Fiaraminghi tra Guzzante e Bruggïa Temenclo'l fiotto che in ver lor s' avventa, Fanno lo schermo, perché '1 mar si fuggia ;

3 E quale i Padovan lungo la Brenta , Per difender lor ville e lor castelli , Anzi che Chiarentana il caldo senta;

A A taie imagin eran fatti quelli, Tuttochè ne si alti ne si grossi, Quai che si fosse , lo maestro felli.

5 Già eravam dalla sel va rimossi

Tanto, ch'io non avrei visto clov'era, Perch'io indietro rivolti mi fossi,

Maintenant nous porte Tune des deux berges solides, et la fumée du petit fleuve d'au-dessus, adombrant les levées et l'eau, les garantit du feu.

Comme, entre Gand et Bruges, les Flamands craignant le flot qui vers eux se précipite, construisent des digues pour repousser la mer ;

Et comme à la Brenta les Padouans en opposent, pour défendre leurs villes et leurs châteaux, avant que le Chiarentana1 sente la chaleur :

Ainsi, quoique ni si hautes ni si larges, étaient faites ces levées, quel que fût le maître qui les fit.

Déjà nous étions si loin de la forêt , que me tournant en arrière, je n'aurais pu voir où elle était;

184 CANTO DECIMOQUINTO.

6 Quando incontrammo d' anime una schiera. Ghe venia lungo Fargine, e ciascuna Ci riguardava, corne suol da sera

7 Guardar Y un l' altro sotto nuova lima E si ver noi aguzzavan le ciglia , Corne vecchio sartor fa nella crùna.

Cosi adocchiato da cotai famiglia ,

Fui conosciuto da un ? che mi prese

Per lo lembo, e grido : Quai maraviglia?

9 Ed io , quando '1 suo braccio a me distese, Ficcai gli occhi per lo cotto aspetto

Si, che '1 viso abbruciato non difese

10 La conoscenza sua al mio intelletto ; E chinando la mia alla sua faccia, Risposi : Sicte voi qui, ser Brunetto?

11 E quegli : 0 figliuol mio , non ti dispiaccia, Se Brunetto Latini un poco teco Ritorna indietro , e lascia andar la traccia,

12 lo dissi lui : Quanto posso ven preco; E se voleté che con voi m'asseggia, Farol, se piace a costui, chè vo seco.

13 0 figliuol, disse, quai di questa greggia S'arresta punto, giace poi cent' anni Senza arrostarsi quando '1 fuoco il feggia.

Lorsque nous rencontrâmes une troupe d'âmes venant le long de la digue, chacune desquelles nous regardait , comme le soir

On se regarde l'un l'autre à la nouvelle lune2; et vers nous elles tendaient les yeux, comme le vieux tailleur sur le chas de l'aiguille.

Ainsi regardé par cette bande, un d'eux me reconnut, et m' arrêtant par les bords de ma robe, il s'écria : « 0 merveille ! »

Lorsque vers moi il étendit le bras, sur cette face grillée par le feu je fixai tejlement mon regard , que le visage brûlé n'empêcha point

Mon entendement de le reconnaître; et vers sa face abaissant la main3, je répondis : — Ètes-vous ici, ser Brunetto?

Et lui : « 0 mon fils, ne te déplaise qu'un peu en arrière avec toi reste Brunetto Latini 4, et laisse aller la file. »

Je lui dis : — Autant que je peux , je vous en prie; et si vous souhaitez qu'avec vous je m'asseye, je le ferai, s'il plaît à celui-ci avec qui je vais.

« 0 mon fils, dit-il, qui de ce troupeau s'arrête un instant , gît ensuite cent années sans se mouvoir sous le feu qui le frappe.

186 CA>"TO DECIMOOUINTO.

i- Perô va oltre : i" ti yerrô a'panni. E poî rigiugnerà la mia masnada,

Che va piangendo i suoi eterni danni.

15 Io non osa va scender délia strada Per andar par di lui : ma '1 capo chino Tenea. com'uom che riverente vada.

1,3 Ei comincio : Quai fortune b destioo

Anzi l'ultime di quaggiù ti mena?

E obi è quesfci che mostra '1 carnmino?

17 Lassù di sopra in la vita serena.

Rispos' io lui. mi smam' in una valle, Âvanti che Petà mia fosse piena.

iS Par ier mattina e volsi le spalle :

Questi m' apparve, torDand' io in quella E riducemi a ca per questo calle.

19 Ed egli a me : Se tu segui tua Stella, Xon puei fallire a glorioso porto, Se bon m" accorsi nella vita bella.

'-' E s'io dod fossi si per tempo morto . Veggendo il cielo a te cosi bénigne.

DaM> l'ovroi ail' opéra conforto.

:1 Ma. quelP ingrate popolo oaaligno,

Che discese di Fiesole ab antico,

E tiene ancor del monte e del macigno.

«Va donc, et je t'accompagnerai, puis je rejoindrai ma bande, qui va pleurant son dam éternel. »

Je n'osais descendre de la berge pour marcher près de lui; mais je tenais ma tête baissée, comme un homme qui chemine humblement.

Il commença : « Quelle fortune ou quel destin t'amène ici-bas avant le dernier jour? et quel est celui qui te montre le chemin? »

— Là-haut, lui répondis-je, dans la vie sereine, je m'égarai en une vallée, avant que mon âge fût accompli 5.

Hier matin, je retournais en arrière : celui-ci m' apparut comme je redescendais , et il me reconduit dans le mien monde par ce sentier.

Et lui à moi : « Si tu suis ton étoile, tu ne peux manquer le glorieux port, autant que furent vraies mes prévisions durant la belle vie 6 :

« Et si ma mort n'avait pas été si hâtive , te voyant le ciel ainsi favorable, à l'œuvre je t'aurais encouragé.

« Mais ce peuple ingrat et méchant qui descendit de Fiesole7, et tient encore de la montagne et du rocher,

188 CANTO DECIMOQUINTO.

22 Ti si farà, per tuo ben far, nimico. Ed è ragion ; chè tra li lazzi sorbi Si disconvien fruttare il dolce fico.

23 Vecchia fa m a nel mondo li chiama orbi : G ente avara , invidiosa e superba ; Da' lor costumi fa cbe tu ti forbi.

2A La tua fortuna tanto onor ti serba , Che l'una parte e Paîtra avranno famé Di te : ma lungi fia dal becco l'erba.

25 Faccian le bestie Fiesolane strame

Di lor medesme , e non toccbin la pianta , S'alcuna surge ancor nel lor letame ,

26 In cui riviva la sementa santa

Di quei Roman , cbe vi rimaser, quando Fu fatto il nido di malizia tan ta.

27 Se fosse pieno tutto '1 mio dimando , Risposi lui , voi non sareste ancora Dell'umana natura posto in bando :

28 Chè in la mente m' è fitta , ed or m' accora , La cara e buona imagine paterna

Di voi, quando nel mondo ad ora ad ora

29 M'insegnavate corne l'uom s' eterna :

E quant' io l'abbo in grado, metr'io vivo, Gonvien che nella mia lingua si scerna.

« A cause de ton bien faire se fera ton ennemi : et c'est raison ; car, entre les âpres sorbiers, pas ne convient que fructifie le doux figuier.

« Une vieille renommée dans le monde les appelle aveugles 8 ; gent avare , envieuse , superbe : décrassetoi de leurs mœurs.

« La fortune te réserve tant d'honneur, que l'un et l'autre parti9 auront faim de toi; mais l'herbe sera loin de la bouche 10.

« Que les bêtes fiesolanes fassent fourrage d'ellesmêmes, et ne touchent point à la plante, s'il en surgit encore de telle dans leur fumier,

« En qui revive la semence sainte de ces Romains qui là demeurèrent, quand fut fait le nid de tant de malice 41. »

— Si , lui répondis-je , exaucée eût été ma demande, vous ne seriez point encore banni de la vie humaine ;

Car dans ma mémoire est gravée, et mon cœur conserve votre chère et bonne et paternelle image, alors que , dans le monde , souvent

Vous m'enseigniez comment l'homme s'éternise ; et combien j'en ai de gratitude, il convient que, pendant que je vis, ma langue le manifeste.

190 CANXO DECIMOQUINTO.

?0 Ciô che narrate di mio corso scrivo. E serbolo a cbiosar con altro testo A donna che '1 saprà, s'a lei arrivo.

31 Tanto vogl' io ehe vi sia manifesta . Pur che mia coscienza non mi garra, Ch' alla fortuna, come vuol, son presto.

32 Non è nuova agli orecçhi miei ta.Farra : Perô giri fortuna la sua rota

Come le piace, e il villan la sua marra,

33 Lo mio Maestro allora in sulla gota Destra si volse indietro , e riguardommi ; Poi disse : Bene aseolta chi la nota.

34 N'è per tanto di men parlando vommi Con ser Brunetto, e dimando chi sono Li suoi compagni più noti e più sommi.

35 Ed egli a me : Saper d' alcuno è buono ; Degii altri fia laudabile il tacerci, Chè'l tempo saria corto a tanto suono.

36 In somma sappi, che tutti fur cherci, E letterati grandi e di gran fama , D'un medesmo peccato al mondo lerci.

37 Priscian sen va con quella turba grama , E Francesco d'Accorso anco, e vedervi, S'avessi avuto di tal tigna brama,

Ce que de mes destins vous racontez , je t'écris et le réserve , pour que l'interprète , avec un autre texte12, une Dame qui le pourra, si jusqu'à elle j'arrive.

Sachez seulement ceci : pourvu qu'aucun reproche ne me fasse ma conscience , quoi que veuille la fortune , je suis prêt.

Un tel présage n'est pas nouveau à mes oreilles; mais qu'à son gré la fortune tourne sa roue, et le vilain manie son hoyau 13.

Mon Maître alors, se retournant à droite, me regarda , puis dit : — Bien écoute , qui bien note u.

Cependant je continue d'aller toujours parlant avec ser Brunetto, et lui demande quels de ses compagnons sont les plus notables et les plus éminents.

Et lui à moi : « Parler de quelques-uns est bon; des autres mieux vaut se taire : le temps serait trop court pour un si long récit.

« Sache, en somme, que tous furent clercs et grands lettrés , et de grande renommée , et tous dans le monde souillés du même péché.

« Avec cette troupe misérable Priscien 15 va, et aussi François d'Accorso16; et si d'une telle teigne17 tu avais été avide, tu aurais pu voir

192 CANTO DECIMOQUINTO.

38 Colui potei che dal Servo de' Servi Fu trasmutato d'Arno in Bacchiglione , Ove lascio li mal protesi nervi.

59 Di più direi; ma il venire e il sermone Più lungo esser non puô, perô ch' io veggio Là surger nuovo fummo dal sabbione.

à0 G ente vien con la quale esser non deggio : Sieti raccomandato il mio Tesoro , Nel quale io vivo ancora ; e più non cheggio.

âl Poi si rivolse, e parve di coloro Che corrono a "Verona il drappo verde Per la campagna ; e parve di costoro

Quegli che vince e non colui che perde.

« Celui 18 qui , par le Serviteur des serviteurs 19, fut transféré de l'Arno au Bacchiglione, où il laissa ses nerfs mal tendus.

« De plusieurs autres je parlerais, mais l'aller ni le discours ne peuvent être plus longs, car du sable je vois, là, s'élever une nouvelle fumée.

« Des gens viennent avec qui je ne dois pas être. Que te soit recommandé mon Trésor20, dans lequel encore je vis : rien de plus je ne demande. »

Puis il se retourna, et semblait être de ceux qui, dans la campagne, à Vérone, courent la bannière verte21, et de ceux-là il paraissait être

Celui qui vainc, et non celui qui perd22.

CANTO DECIMOSESTO

1 Già era in loco ove s'udia il rimbombo Dell'acqua che codea nell'altro giro, Simile a quel che 1' arnie fanno rombo ;

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