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Œuvres posthumes de F. Lamennais

On doit envier à qui pourra l'écrire une biographie comme celle de Lamennais. Tâche à peu près inaccessible aujourd'hui, ce sera, dans lous les temps, une œuvre ardue autant qu'honoralilc. Il y a là une rare et sublime intelligence à étudier; il y a une grande et noble passion à peindre; il y a un caractère remarquablement complexe à s'expliquer et à faire comprendre.

Pour résoudre ce triple problème, une critique érudite et supérieure à tout préjugé , une âme droite et fière, sympathique et généreuse, une puissante faculté d'analyse, me semblent indispensables. C'est peut-être demander beaucoup, et cependant , est-ce demander trop ?

Ce travail, au reste, devant être, fort probablement, précédé d'autres travaux dont il offrira le résumé complet , et qu'il vouera pour jamais à l'oubli, j'avais un moment espéré que je pourrais revendiquer, sans trop de présomption, le rôle modeste de l'ouvrier anonyme qui dégrossit le marbre , et le livre ensuite, imparfaite ébauche, au ciseau du maître. Mais, pour cela même, quelques conditions nécessaires ne se sont pas rencontrées.

Le jour où j'acceptai (non sans quelque hésitation) le mandat que Lamennais confiait à mon amitié, je lui demandai d'abord une note écrite où fussent consignées les instructions verbales qu'il me donnait relativement à la pubhcation de ses Œuvres posthumes. Je lui demandai ensuite , non certes un Mémoire biographique qu'il n'eût jamais voulu I. a

II NOTES ET SOUVENIRS

écrire, mais quelques renseignements précis, authentiques, sur les phases diverses de sa carrière ; quelques dates, quelques indications qu'il pouvait dicter en une ou deux matinées, et qui m'eussent suffi pour diriger mes recherches, pour en assurer le succès.

Ces deux écrits me furent expressément promis : « — Je m'en occuperai , me dit Lamennais, dès que le travail qui m'absorbe sera terminé. »

Il voulait parler de l'Introduction à la Divine comédie. Ceux f(ui ont lu ce beau travail, en tête de sa traduction complète du poème de Dante, savent qu'il ne lui a pas été donné de le terminer. Envisagée chaque jour, et souvent appelée par cette âme ardente que semblait attirer vers la tombe l'espoir d'un repos impossible ailleurs, la Mort n'en était pas moins venue <( comme un voleur», selon l'expression biblique, frapper à l'improviste, au milieu de ses préparatifs inachevés, le voyageur qui lui avait tant de fois demandé asile et tendu la main.

Du moment où j'étais irrévocablement privé des précieuses indications qui m'avaient été promises, il ne me restait, pour y suppléer, que le concours bienveillant de la famille Lamennais. Certain qu'il ne pouvait m'étre refusé par aucun motif à moi personnel, je crus pouvoir le réclamer.

Ln premier refus, émané du neveu de Lamennais, m'apprit que je n'avais à compter, de sa part, sur aucune aide. Ce refus portait l'empreinte d'une acrimonie singulière, d'un ressentiment que je ne m'expliquais point, que je ne saurais m'expliquer encore, ne connaissant guère de griefs qui ne se doivent oublier en face d'une tombe, de malveillance qui puisse franchir le seuil de la vie, et, par delà ses limites étroites, poursuivre une ombre, un souvenir; à plus forte raison le souvenir d'un ancien ami. En même temps, il est vrai, le neveu de Lamennais m'annonçait que « lui-même, il réunissait, en vue d'une publication future, les documents relatifs ti la biographie de son oncle, d Et, de fait, une partie de ces documents a paru depuis', sous une forme plus apologé-

1. Essai biographique sur M. F. de Lamennais, — Paris, Garuier frères.

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tique, et surtout plus respectueuse qu'on ne le pouvait espérer d'après l'étrange lettre à laquelle je viens de faire allusion'.

Chez le frère aîné de Lamennais, étranger, j'en étais sûr, à tout ressentiment personnel , à tout souvenir d'espérances déçues, à toute préoccupation de vanité jalouse, rien ne m'empêchait d'cspéror un meilleur vouloir. Ne dcvais-je donc pas, dès lors, renouveler ma demande? La réponse qui me fut faite contrastait avec celle que j'avais déjà reçue. C'était la plainte douloureuse d'un vieillard que la maladie abat, que de tristes souvenirs obsèdent, et qui repousse, comme une aggravation de souffrances, une pensée pénible. « ...Mon faible reste de vie n'y suffirait pas, » me disait M. l'abbé Jean, parlant des émotions que lui causerait nécessairement le retour sur le passé que je lui demandais de bien vouloir faire avec moi.

11 n'y avait qu'à s'incliner devant une détermination aussi solennellement motivée. Mon devoir était accompli. Je ne pouvais plus songer à ce que j'avais envisagé d'abord comme une des nécessités de ma mission.

Qu'on ne demande donc pas aux pages qui vont suivre l'enseignement, la suite et l'intérêt d'une biographie complète. Leur titre l'indique, elles ne renfermeront que quelques-uns des éléments dont ce travail définitif devra se composer. Je dirai simplement ce que j'ai recueilli, çà et là, dans les conversations ou dans les livres. J'interrogerai moins ceux-ci que mes souvenirs. Je donnerai quelques documents essentiels retrouvés parmi les papiers qui m'ont été légués. J'apporterai enfin mon témoignage, pour ce qu'il vaut, dans l'espèce d'enquête qui s'ouvre d'office parmi les contemporains, quand vient à disparaître un de ces hommes, en bien

1. Dans le procès qui m'a été intenté depuis lors, au nom de la nièce et légataire universelle de Lamennais, procès où le rôle principal s"est trouvé dévolu au neveu qu'il avait exclu de sa succession, un sentiment que chacun peut comprendre m'a fait écarter cette lettre du débat public. On ne s'étonnera doue pas que je m'abstienne de la reproduire ici. Celle de M. l'abbé Jean, datée de Ploermel, le 23 novembre 1854, me paraît également, par de tout autres raisons, devoir rester entre lui et moi.

IV NOTES ET SOUVENIRS

petit nombre, dont on pressent , dont on sait que la postérité voudra interroger la vie, et juger, en dernier ressort, les actes et les doctrines.

Quelques habitants de Saint-Malo avec lesquels le hasard m'avait, pour un temps, mis en rapport, m'ont donné de curieux détails sur plusieurs membres de la famille d'où Lamennais est issu. C'étaient , paraît-il , des caractères entiers, énergiques ; une race d'hommes résolus, tenaces, et qu'on a vus quelquefois poussés, par leur nature indomptable, à d'étranges extrémités. Ainsi m'en fut-il parlé, très-longuement. Mais quand bien même la parfaite exactitude des renseignements qui m'ont ainsi été fournis aurait pu être soumise à un contrôle rigoureux, je n'en userais certainement pas, et je ne rapporte ici que de simples propos. Je remarquerai seulement que cette première indication, une fois vérifiée, serait loin d'être indifférente pour quiconque croit à l'hérédité des tempéraments, à la transmission des instincts et des facultés.

Les lettres d'anoblissement conférées par Louis XVI , en mai 1788, à M. Pierre-Louis-Robert de la Mennais ' constatent que cet honorable négociant avait fait preuve, en plus d'une circonstance-, d'un vrai patriotisme, d'un grand dévouement civique ; elles constatent aussi , incidemment , l'importance de sa position commerciale. Mais cette position était, alors même, sur le point d'être ébranlée. Le puissant armateur venait à peine d'être anobli lorsque la Révolution emporta du même coup ses nouveaux privilèges et sa fortune dès longtemps acquise, fortune que la suite des événements ne lui rendit pas.

De ses trois enfants, le plus jeune. Félicité, avait sept ans en 1789. J'ignore sur quels témoignages plusieurs biographes

1. La Mennais est le nom d'une petite terre située dans la commune de Trigavoux (Côtes-du-Nord).

2. On peut lire ces lettres dans VE!<sai bior/raphiqtte , où elles sont textuellement citées en note.

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ont parlé de son enfance. Lui-même n'en disait jamais un mot. Son œil d'aigle était sans cesse ouvert sur l'avenir. A peine accordait-il un roijard au présent, et, plus rarement encore, aux souvenirs du passé. Cependant, une ou deux ibis au plus, il est revenu, devant moi, sur quelques épisodes de sa jeunesse. Je l'ai entendu décrire une promenade aventureuse qu'il fit en mer, sur une harciue furtivement détachée, et les émotions de ce périlleux défi jeté à l'onde perfide. Un autre jour, il parla longtemps d'un voyage qu'il avait fait à Paris, avec son père, à l'époque du Directoire. Ce souvenir lui était venu à propos de je ne sais quelle discussion sur la liberté plus ou moins compatible avec le bon ordre. Celle dont on jouissait à Paris, en 1796, lui avait laissé de vifs souvenirs. (( Jamais on n'en a revu de pareille, » disait-il, et il racontait la gaieté de ce peuple livré à lui-même, l'absence de toute contrainte et de toute police, au moins apparente, les opinions s'exprimant tout haut et partout, l'arène du journalisme ouverte h qui voulait y descendre : (( A telles enseignes, nous disait-il, que moi-même, à quatorze ans, je glissai quelques articles dans je ne sais quelle feuille obscure. » Que ne donneraient pas aujourd'lmi les curieux pour retrouver les traces de ce début littéraire! Il faudrait les chercher, fort probablement, dans les journaux qui servaient d'organe à la conspiration royaliste, dans le Thé, de Bertin d'Antilly, les Actes des Apôtres, de Barruel-Bauvert, le Miroir, de Souriguières et Beaulieu, le Messager du soir, d'Isidore Langlois, peut-être même l'Accusateur public, de Richer-Serisy. Là seulement pouvait écrire le jeune Breton, ruiné par la Révolution, élevé dans la haine des Jacobins, le culte du dogme proscrit, et qui, peu d'années auparavant, avait assisté à ces messes furtives, dites à minuit, dans une mansarde, au péril de la vie, — les messes vendéennes du temps de Carrier * .

1. Parfois, le soir, un prêtre non assermenté.... se glissait à la faveur d'un déguisement dans la maison paternelle. A minuit, la famille se réunissait dans une mansarde. Deux bougies brûlaient sur une table transformée en autel... Le prêtre bénissait les enfants et les vieillards, et se retirait avant le jour. — Essai biographique déjà cité.

NOTES ET SOUVENIRS

L'éducation du précoce journaliste s'était faite dans les conditions de cette époque troublée. Il n'avait pas eu d'autre maître qu'un de ses parents — l'oncle Robert des Saudrais, surnommé Tonton, — homme d'esprit, et lettré, traducteur d'Horace et du livre de Job. Un éclectique en littérature, bien évidemment. En politique et en philosophie, tout au contraire, un orthodoxe, un réactionnaire, ennemi juré des libres penseurs. Il avait écrit pour les combattre une œuvre satirique intitulée le Bon curé, annotée depuis par son illustre élève. Le malheur a voulu que cette ingénieuse diatribe n'ait jamais vu le jour, et la Profession de foi du vicaire savoyard, Candide, le Neveu de Rameau, se lisent encore, après tout.

Retiré, avec son frère, dans cette solitude ({u'il devait rendre illustre (la Chênaie, à la lisière des bois de Coetquen), Lamennais se plonge, avec toute l'ardeur de la jeunesse, toute celle de son caractère, dans l'étude des mots et celle des idées. Une vaste bibliothèque est à sa disposition ; c'est d'elle qu'il vit ; et, loin de tout ce qui pourrait la distraire, sa vigoureuse intelligence se développe librement, dans toutes les directions, jamais lasse, jamais rebutée. Fouillant les monceaux de papiers qui, par sa volonté, sont arrivés en mes mains, si j'examine ceux dont le papier bleuâtre et grossier, l'encre jaunie, indiquent la lointaine origine, je trouve les vestiges de ces études acharnées. Voici une traduction de VOEdipe roi; les marges sont couvertes de notes : — QodiW' — s'élancer sur un siège. Dix lignes sur QcdiK'^'.^i. Le cahier suivant, modèle de calligraphie, est un extrait du livre de Viger sur les principaux idiotismes de la langue grecque. Voici un ta))leau de conjugaisons. L'aoriste énergique, ou futur paragogique d'Erpenius, y figure à côté du futur apocope. Voici un projet de grammaire arabe. Il est daté : 12 août 1812. Un autre manuscrit est intitulé : Règles sur les changements de points dans les noms masculins; ces noms masculins sont des noms hébreux. Le suivant traite des Accents, d'après Buxtorf, l'accent

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tonique et l'aecent euphonique, Tc^ûtcvc? et le -afcÇûrovo; des Grecs que les Hébreux appelaient...

Je ni'anvte, et pour cause. Les Grecs, d'ailleurs, me remettent en nu-moire les lettres du professeur Gail à Lamennais. Ces lettres sont assez nombreuses, et renferment, en même temps que les assurances les plus amicales, des factures fort en règle. Gail, de sa chaire paraît avoir fait un comptoir, et de ses élèves des pratiques. Il s'en excuse auprès du jeune étudiant de la Chênaie :

« .Me pardonnerez-vous ces détails, monsieur et respectable ami, lui écrit-il, un peu cmbarrapsé de lui-même; au lieu du libraire, que ne puis-je montrer l'ami tout entier, l'ami seul? Au lieu de vous dire: « Votre livraison est de tant, » qu'il me serait bien plus doux d'envoyer à mon ami un gage d'amitié ; une ofTrande à l'un des hommes qui aiment le plus ma personne et estiment mes travaux!...

« Au printemps, enfin rétabli, revenez donc vers les Muses grecques. Vous êtes digne de les cultiver ' . «

Trois ans après, les mêmes rapports, affectueux et profitables des deux parts, subsistent encore.

« Vous avez pris part à mes longues douleurs de toute espèce. Vous vous réjouissez de ce qui m' arrive d'heureux. Vous êtes donc mon ami? Oui, monsieur, vous l'êtes... »

Et qu'est-il donc arrivé de si heureux à ce pauvre savant ? Nous allons le deviner sans peine, car la lettre est signée : (( J.-B. Gail, de l'Institut, chevalier de l'ordre de Saint-Wladimir de Russie, votre ami. » Et il y a un post-scriptum, ainsi conçu :

« Avant hier encore, l'envoyé de Russie m'a fait l'honneur de m'écrire et de m' adresser une belle plaque ! »

1. Lettre datée du 9 novembre 1806. Voici l'adresse : "A M. Fr. Meiinais tils, à ^^aintrMalo. -

Mil NOTEâ ET SOUVENIRS.

Les « Muses grecques » et les (( aoristes énergiques » n'absorbaient pas tout entier le jeune écrivain. L'entliousiasme catholique de son frère l'avait peu à peu gagné. Il songeait peut-être déjà au sacerdoce. Et, dans tous les cas, il se préoccupait déjà de cette grande cause, et difficile, dont il devait être plus tard l'avocat le plus éloquent, le plus dévoué.

Le premier écrit qu'il ait livré au public en est la preuve. Ce sont les Réflexions sur l'état de l'Église en France pendant le XVIII* siècle, et sur sa situation actuelle (1808)*. Ce livre parut justement à l'époque où Napoléon tendait le plus violemment tous les ressorts de sa despotique autorité, alors que le Tribunal aboli avait emporté la dernière ombre de liberté parlementaire, alors que la censure venait d'être rétablie, alors que huit prisons d'état allaient s'ouvrir, plus particulièrement destinées à recevoir les dissidents politiques, les rêveurs importuns, les idéologues et les moqueurs. M™^ de Staël et M""*" Récamier étaient ciiassées de Paris. On préparait le projet de code pénal où, sur quatre cent quatrevingts crimes ou délits énumérés, deux cent vingt étaient des attentats à la stabilité du régime politique. D'ailleurs, les démêlés de Napoléon et du Pape allaient s'envenimant de jour en jour, et le dévot fus de S. S. préméditait, organisait l'enlèvement, à main armée, de son très-saint-père. Un livre qui, de près ou de loin, touchait à ces rapports si délicats du pouvoir laïque et de l'autorité pontificale devait éveiller les susceptibilités de la police. Peut-être jugea-t-elle, sur le titre seul, que cet écrit, d'ailleurs anonyme, devait offrir plus ou moins de dangers. Il fut saisi malgré le tribut de reconnais-

1. L'abbé Manet, auteur d'une Bior/raphie des llalouins célèbres, et qui, j'en ai la preuve dans une lettre de sa main, était en relations avec les deux frères Lamennais, dit que tous deux ont travaillé à cet ouvrage, ce qui, du reste, est vraisemblable. Ce qui Test moins, c'est l'assertion d'un critique, d'ailleurs bienveillant, mais qui s'exprime ainsi : " Ce premier écrit de l'auteur, publié à l'époque du couronnement de Napoléon et à Voccasion du concordat... 1' Or, chacun sait que le concordat fut signé le 15 juillet 1801, et que le couronnement eut lieu le 2 décembre 1804.

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sancc que l'aulcur ou les auteurs avaient payé au « grand homme ' ».

Le livre intitulé Tradition de l'Eglise mr l'inslitution des Évêqucs par M. l'abbé L...^ auquel les deux frères avaient aussi collaboré, n'a jamais figuré dans les OEuvres complètes de Lamennais, éditées de son vivant. On doit supposer qu'il ne s'en regardait pas comme le j)rinci])al auteur.

S'exagérait-il le caractère criminel des doctrines ultramonlaines qui, sous l'Empire, passaient pour des idées libérales? En dehors des deux livres ([ue uous venons de nommer, — l'un publié, l'autre réédité en 1814, — s'était- il permis quelque attaque'plus directe contre le gouvernement impérial et l'honmie qui le personnifiait? C'est plus que je n'en saurais dire. Le 26 février 1815, il écrit à une de ses parentes:

« Les esprits continuent de fermenter à Rennes. C'est un centre très-actif de jacobinisme. On répandait dernièrement une nouvelle proclamation contre le roi, la famille royale, les p^obles, etc., avec invitation aux Français de se lever en masse, le 31 r;ars. Ils auraient, disait-on, C. à leur tète ; et voilà tous les espr'ts en quête pour deviner qui est ce C. Les uns nomment Ca^not, les autres Cambacérès. Moi, je ne nomme personne ; mais je dis que le gouvernement ou est bien fort, ou est bien faible, de s'en tenir au silence et au mépris.

« Ce qui fait ma joie au fond de nos bois, c'est d'être aussi loin que possible de toutes ces scènes tumultueuses. J'entends gronder au loin les passions humaines, et si ce bruit ne m'endort pas, au moins il ne me réveille jamais. Je vis avec les morts et je les

1. Ces mots se trouvent à la fin du court avertissement qui précède la première édition des Réflexions sur l'état de l'Eglise. Voici le passage entier : " Je me suis trouvé heureux, en défendant ma foi, d'avoir à établir les principes fondamentaux du gouvernement qu'un grand homme a rendu à la France pour son bonheur. •> C'est là ce que le biographe Barbier appelle " un éloge pompeux de Napoléon," retranché, dit-il, dans l'édition de 1819. Cette édition de 1819 est la troisième du livre, qui fut réimprimé eu 1814, immédiatement après la Restauration.

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