Paris, 1814. 3 vol- ia-8o, Adr. Leclère, éd
X NOTES ET SOUVENIRS
trouve, pour la plupart, de meilleure compagnie que les vivants. Ajoutez à cela la liberté, l'indépendance, et dites-moi si vous connaissez queUpie chose de mieux. Si quelquefois certaines privations me rappellent qu'un revenu de quatre ou cinq cents francs est un peu borné, je songe à tant d'autres qui se contentent de moins: je me représente tous les soucis, toute la gêne, tous les travaux auxquels il faudrait se soumettre pour acquérir davantage, et je me console, et je remercie la Providence de ce qu'elle me refuse autant que de ce qu'elle m'accorde. Voilà ma philosophie. Je n'ai jamais oublié ces deux vers d'un poëte anglais:
" Man wants but little liere below, Nor wants that very long i . "
Le h avril suivant, il écrit à la même personne :
« Ma santé, quoique faible, ne s'altère pas sensiblement; cela, joint au triste état de ma fortune, me décide à essayer de faire quelques affaires; et comme notre ville n'offre pas beaucoup de ressources sous ce rapport, je me suis décidé à passer aux colonies où j'ai l'espérance d'en trouver davantage. Je pars dans deux heures. »
Entre les deux lettres, le 20 mars était venu. Napoléon régnait de nouveau. Lamennais, menacé ou croyant l'être, se dérobait à la police impériale. C'est sans doute à dessein, et afin de lui donner le change, qu'il annonçait son départ pour les colonies. En réalité, il se réfugiait à Giiernesey,oîi il vécut plusieurs mois sous le nom de Patrick Robertson [Roberts'son, fils de Robert) .
L'historiette de M''* Jerningham, l'appelant auprès d'elle pour donner des leçons à ses enfants, et le rebutant pour sa minechétive, cette historiette, rapportée par quelques biographes, ne m'était pas absolument nouvelle, et je la crois vraie. Cette première impression, d'ailleurs, ne tarda point à s'effacer, et fit place chez la grande dame anglaise à une amitié dont les correspondances de Lamennais portent témoignage.