‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 10 sur 165 · L'abbé Carron · texte numérisé non relu

L'abbé Carron

NOTES ET SOUVENIRS. xxxiii

purent. Il on faut convenir. » En sorte, mon bon ami, qu'on vous rciiaicie connue le héros do l'Espagne et de rUni\orsité. .le doute, eependanl, que nos ministres vous préparent une entrée triomphale pour votre retour à Paris. (24 novembre 1823.)»

« Salut à vous, noble défenseur de la foi ! salut à vous, éloquent avocat des Vierges épouses de l'Agneau! nous avons lu ces brochures admirables : mille actions de grâces pour le don que vous nous en avez fait. Mon excellent ami, vous m'avez fait rougir en me démontrant l'odieux de cette loi contre les sacrilèges qui m'avait tout d'abord séduite. Ohl pauvrette (lue j'étais! elle est digne d'anathème, et je le répète d'après vous, avec vous. On vient de me dire que l'évèque d'iiermopolis était malade de chagrin. Je crois que ce devrait être de confusion. 11 veut, ajoute-t-on, donner sa démission. Voyez quel fracas vous occasionnez, petit homme des champs!...

« Tout ce qui respire l'air de la Cour vous condamne. Et je ne vous conseille pas de venir demander des pouvoirs à l'Archevêché. — Ces mauvaises lois, du reste, n'en passeront pas moins, en dépit de vous et de vos dents, ou plutôt de votre plume...

tt Voilà M. Feutrier prélat ! Son étoile n'a point pâli depuis la retraite de certain breton de ma connaissance '. On dit partout que vous serez nommé curé de la Madeleine ; que notre archevêque l'a ainsi décidé pour vous rapprocher de sa personne, et s'éclairer de vos lumières. Je pense qu'il pourrait faire quelque chose de moins adroit. Mais ne serait-ce pas aussi « se précipiter trop indiscrètement dans le bien '-? »

« Adieu, mon excellent ami, recevez l'assurance du bien tendre attachement que vous ont voué les deux solitaires, leurs deux filles, et le révérend abbé, leur chapelain. — Ninette. (6 février 1825.) »

« Ninette vous écrira ces jours-ci des drôleries. » J'extrais cette seule phrase d'une lettre de M"^ Angélique de Tremereuc, qui est, elle, toujours sérieuse dans son affection, ne se permet jamais rien qui puisse ressembler à une médisance, s'occupe peu de politique, déclare hautement son incompétence philosophique et littéraire, mais n'en admire pas moins, sur parole, le grand écrivain qui est, avant tout,

1. M. l'abbé Jean, que le» Feuillantines avaient baptisé : Son Importance.

2. Allusion à des expressions employées par rarchevéque lui-même pour caractériser l'action ijuissante de Lamennais,

xxxiv NOTES ET SOUVENIRS.

son ami. Ainsi fait M"*-' de \ illiei^s, dont les lettres sont encore plus rares, car sa vie entière est absorbée par les leuvres de charité, (t C'est vraiment une l)elle àme, '> dit M"'" de Lucinière en parlant d'elle. Du reste, aux Feuillantines, c'est un souvenir toujours présent que celui de l'ermite breton. Le Père Fauv(d, l'abbé Carissan, lui restent tidèles, quoi ([u'il arrive. Et jusqu'aux bons domestiques, — Lamennais ne les oul)lie iïuère dans ses lettres, — qui, lorsqu'arrivent à eux des bruits du dehors, fâcheux pour la renommée du « bon abl»é Féli, » s'indignent aussi, et, sans trop savoir de quoi il s'agit, se mêleraient volontiers de la querelle. Jeanne, Jeannette, Peggy, sont là-dessus parfaitement d'accord, et bien des années après qu'il eût pu se croire oublié de ces bonnes filles, vieillies loin de lui, Lamennais, doux aux petits, reconnaissant envers les humbles, retrouve en elles des amies.

« Savez-vous que la vieille Jeannette se mit, il y a quelque temps, dan? une horrible colère, en entendant la lecture d'un article de journal ou l'ou vous comparait au Vieux de Ja Montagne? — a Quils sont impertinents, ces vilaines gens-là ! s'éci ia-t-elle. M. l'abbé est encore un jeune homme -: et ils nont que faire, assurément, de le mépriser ainsi. 11 vaut mieux dans son petit doigt qu'eux dans toute leur personne... «

Voilà l'opinion de <( la vieille Jeannette, » et, sans transilion, M"'' de Lucinière ajoute ces lignes :

« Mon cher ami, savez-vous qu'un de mes amis est allé dernièrement à Pra... ' et que le bon vieux roi lui a beaucoup parlé de vous? — « Il a trop d'esprit et de génie, lui dit-il, pour rester dans l'opinion qu'il semble avoir embrassée. La foi, a-t-il ajouté, le retirera de cet abime! » Moi, j'ai répondu amen à cela, de tout mon coeur ^. N'allez pas vous fâcher contre votre pauvre amie ! Oh ! cher et si cher Féli, quand reviendrez-vous à nous ?...»

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