Lambruschini
i32 CORRESPONDANCE
non pas de corps, il est bien portant, — mais c'est l'esprit qui se matérialise, et cela fait peine. Quand l'âme plie, tout s'écroule. Chose admirable, que la vigueur de la conscience soit aussi la vigueur du génie ! Il y a une image de cela, même dans le mal. J'entends dire que la frénésie des plaisirs n'a jamais été portée si loin qu'elle l'est dans ce moment à Paris. Le fds d'un l)auquier hollandais nommé Hope, jeune homme de 25 ans, maladif, cacochyme, s'est mis dans la tête de dépenser 120,000 fr. dans une soirée. Si ce n'est pas là un crime nouveau, c'est au moins un crime rare.
J'oubliais de vous dire que le Nonce a déclaré qu'il n'assisterait à aucun spectacle ni à aucun bal de la cour. Son prédécesseur lui a fait là-dessus des représentations inutiles.
Adieu. J'espère recevoir l)ientôtdes nouvelles entièrement consolantes de la santé de la comtesse Louise.
Paris, 6 mars 1827.
Vous voyez dans les journaux ce qui se passe ici, les scènes représentatives, les discours des ministres, des députés, toutes ces incroyables extravagances. Je ne trouve personne qui n'en soit frappé, et dont la pensée ne se reporte tout droit à Charenton.
Le dégoût est au comble. En province, l'irritation succède à l'indifférence. Jamais, en aucun pays, le pouvoir n'a inspiré tant de haine et tant de mépris. Avec cela, je ne ne crois pas que la crise qu'on prévoit soit immédiate. Tout s'en va naturellement, sans conspiration proprement dite, par un mouvement de descente continu.
Le ministère reste en équilibre, et la royauté aussi, parce qu'on ne sait qui mettre à la place, et qu'il n'y a pas dix personnes qui s'entendent là-dessus. Il n'y a encore que des spectateurs de la révolution qui se prépare : on regarde ce que cela deviendra, on trouve que cela est un peu long, sans que personne, néanmoins, veuille se charger d'en finir. La
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nioiiairhio est condamnôe, lojuj^cmonl est rendu; mais l'on attend le bourreau.
La personne à la(|uelle vous j)renez intérêt' réussit à merveille; elle ne trompera, j'espère, ni vos vœux ni vos prévoyances. 11 y a des intentions si pures, que Dieu ne manque jamais de les bénir.
1). Antoine est ici depuis deux ou trois semaines, toujours bon. toujours aimable, lin. spirituel, toujours lui-même. Il racontait, l'autre jour, un entretien qu'il a eu avec le grand faiseur, ou défaiseur, ce qu'il traduisait, en lui parlant, par (( un grand ministre comme vous. » Là-dessus quelqu'un lui fit observer que ce mot-là, dans une bouche toute sincère, était aussi un peu fort. — Que roulez-vous, dit J). Antoine, ?m pauvre trappist", un pauvre moitié barbare 7i'est p)as obligé cVavoir le compas dans l'œil. Autre mot qui m'a paru plaisant : Il y a quelques mois, lorsque la Quotidienne était encore llottantcs je ne sais quel article s'y était glissé qui déplut beaucoup au ministère. Le lendemain, Piet rencontre Michaud, et, du plus loin qu'il l'aperçoit, levant ses longs bras : — ^/r' dit-il, vous voilà, grand coupable! — Pas si coupable, répond Michaud, que voîis êtes innocent.
Adieu, adieu; j'ai passé hier deux heures bien agréables avec la comtesse Potocka. Son fils aîné, quoique mieux, est toujours au régime du lait, et a bien de la peine à reprendre des forces.
Un petit journal, en rapportant la belle sentence de M. de la Boëssière : Je voterai tout ce qu'on me demandera, ajoutait : Et je mangerai tout ce qu'on me servira.
Je finis par mon vœu de tous les instants, c'est que Dieu vous délivre de T.- et nous éloigne encore davantage.