‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 99 sur 165 · Curé de Genève · texte numérisé non relu

Curé de Genève

2. L'ambassadeur d'Autriche, le comte Appony, avait donné ordre de ne pas annoncer chez lui, sous leur dénomination nobiliaire, les maréchaux de l'Empire investis de titres empruntés aux pays relevant de l'Autriche.

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vi'ilir y c'talcr sa siiiianv. Sans la diversion des lois discutées dans les Cliaml)res, rémotion eût ('h' encore plus profonde et plus forte. Je croirais imprudent et dangereux de la réveiller.

On croit que la loi sur la presse passera, avec des amendements, à la Chambre des députés. Il est probable qu'elle rencontrera une opposition plus vive à celle des pairs. Dans tous les cas, son seul eftet sera d'agiter, d'aigrir les esprits, de donner aux factions une nouvelle activité, et de préparer l'oppression de l'Église.

Le bruit avait couru d'une nouvelle création de pairs; je n'ai jamais pensé qu'elle eût lieu pendant la session. Voici, à ce sujet, une anecdote assez plaisante. Le maréchal Oudinot faisait derniènMiient sa cour au Château. Le roi lui dit : « Eh « bien, monsieur le maréchal, conunentvont les choses? Que (( dit-on dans le public? — Sire, des choses bien singulières, et <( que je n'oserais répéter à V. M. — Pourquoi donc? Dites, « dites toujours. — Sire, c'est impossible. (À'pendant, puisce que vous le voulez, je vous dirai donc ce qu'on dit, comme « on le dit, sans y mettre du mien. On dit que V. M. veut (( faire une fournée de pairs, qu'il y en aura cent, et, dans le « nombre, quarante-quatre calotins. — C'est faux, je n'y ai « jamais pensé. — V. M. m'autorise-t-elle à le dire? — Nonce seulement je vous y autorise, monsieur le maréchal, mais (( je vous l'ordonne. )>

Le foit est qu'on a beaucoup parlé de l'introduction d'un grand nombre d'évêques, de tous même, dans la Chambre haute. Plusieurs d'entre eux le désirent vivement et le demandent avec instance. Ils ne voient pas, j 'aime à le croire du moins, que ce serait, sous mille rapports, la plus grande des calamités pour la Religion. Le jour oii le corps épiscopal entrera comme tel dans le gouvernement, l'Église nationale sera constituée. Le pape n'a pas voulu recevoir la démission des évêques de Strasbourg et de Verdun. 11 est vrai qu'ils n'avaient pas même pris la peine de lui écrire. Le souverain Pontife a été prié par les bureaux de l'administration d'instituer les évêques nommés par le roi aux sièges vacants par

démission. On a fort à cœur, dans ce pays-ci, de ne pas fatiguer Sa Sainteté.

Autre petite anecdote qui n'est que drôle. Le prince de Talieyrand, rétabli de son soufflet', lisait la liste des personnes qui s'étaient écrites chez lui. 11 y voit que M. Delavau est venu le troisième jour ^^vh?, la scène de Saint-Denis. — (( Ah! dit-il, M. Delavau!.... Il n'est pas curieux..., pour un u préfet de police. »

Déraison, désordre, mécontentement, prévoyances sinistres, tel est notre état. Cependant je vous répète que je ne pense pas que la catastrophe soit immédiate. On dit : « Cela ne peut pas aller; » on se demande ce qu'il y aura après, et l'on attend avec une profonde indifférence la crise inévitable tôt ou tard. La société est en ce moment plus idiote que frénétique ; elle tient cela de son gouvernement , et c'est à peu près l'unique action qu'exerce ce dernier.

J'aurais mille choses plus graves à vous dire, mais dire est malheureusement le mot propre. Mille vœux, mille tendresses et mille respects.

Paris, 24 février 1S27.

Votre dernière lettre me tranquillise un peu sur la comtesse Louise, dont j'étais extrêmement inquiet.

Mon Dieu, que ces épreuves sont cruelles pour nous tous! Mais aussi que la récompense sera grande, si l'acceptation est entière, douce, résignée, parfaite; j'entends parfaite par le fond secret de la volonté, ce qui n'empêche certainement pas la nature de pàtir. Et c'est à cette pauvre nature que je me joins pour craindre, espérer, souffrir avec vous. Je suis malade aussi; mais qu'est-ce que cela? Je ne le compterais pour quelque chose que si cela pouvait être en diminution de votre part.

]. Le soufflet qu'il avait reçu de M. de Maubreuil, en sortant de la basilique de St-Denis.

DE LAMENNAIS. 'iif

Je vous ai écrit, il y a quelques jours, par la voie de Genève; car j'ai peur un[peu d'abuser de l'autre. Je vous parais de l'atiaire d'A-y'. Il n'en est plus ^urre (picstion maintenant, et si on ne la réveille pas nialadroilenient, ce sera chose à peu près finie. La révolution ne tient guère à ces titres /eof/rtw^, et la cour encore moins; mais il faudiait prendre garde de blesser, par des gaucheries, l'orgueil de la nation et celui de l'armée. C'est ce qui a eu lieu. Heureusement d'autres discussions ont foit à peu près oublier cellelà.

On parle diversement du voyage de M. Tharin. Les uns prétendent qu'il est parti brouillé avec le Dauphin; d'autres le nient très-expressément. Je crois que la vérité est entre les deux. Le fait est que le prélat ne veut plus à présent se démettre de son évéché, et j'ai bien de la peine à me persuader, surtout d'après des faits antérieurs, que sa santé soit la seule cause qui le fasse hésiter ù continuer ses fonctions à la cour. Dans le cas où il se retirerait, on nomme l'évéque de Beauvais pour son successeur. Cela ne vous étonnerait point, ni moi non plus. M. le Dauphin serait content, et le libéralisme aussi .

Je n'ai pas revu Mgr L.- depuis ma dernière lettre. 11 est dans tous les embarras d'un premier établissement, et je veux éviter jusqu'à l'apparence de l'indiscrétion. Il sait ([ue je suis à ses ordres ; cela suttit.

-M***** épouse demain une demoiselle de F*"^***** , dont la famille habite près de Laigle. Ce mariage s'est conclu assez brus(juement.

Comprenez-vous ce second oui prononcé au milieu de tant de souvenirs, et ce partage du cœur entre ce qui est là vivant et ce qui dort dans la tombe ? Oh ! l'étrange chose que l'homme!

A propos A'homme, je ne sais comment il me vient à l'esprit de vous parler de M. de Bonald ; la transition est brusque. On dit donc que le pauvre homme s'aftaiblil extrêmement, —

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